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J’arracherai ces haillons

J’arracherai ces haillons
dans le noir, juste avant l’aube.
Au plus profond de mon cœur
je verrouillerai ces maisons
ces quartiers déserts ;
dans ma poitrine, sans la froisser
je garderai la photo
le sourire mignon, les yeux fuyants
de la seule femme que j’aimai.

Je compte sur un matin froid
sur un vent brusque
secouant les rideaux métalliques.
Je m’attends à l’indifférence,
pourtant dans cet air muet
hostile, on entendra mes pas
foulant les trottoirs, imaginant,
derrière eux, de regards
surpris et vides. Dans ce vacarme
j’arracherai moi-même
une position quelconque
et, d’un coup, me dérobant
aux  ombres de la rue,
je fredonnerai librement
sans que personne n’empêche
mon chant faux.

Pourtant je me souviendrai
de mes amis, riant fort
deux ou trois, dans une chambre :
notre cri déchirant
tombera sur moi, serpentant
tout au long des poteaux gris.
Je serai alors seul,
comme aujourd’hui
(peut-être qu’un mot
un petit geste mal entendu
m’y aura forcé).

Seul, j’entamerai cette route
de terres arides et fleuves ;
et j’aurai peur si par hasard
au sommet des ponts
je croiserai moi-même
celui que j’étais, cet affreux désir
de revenir ou alors de disparaître.

Je partirai un jour
personne ne m’entendra
ni me verra arracher, furtif
mon corps amoureux
confondu dans le noir
juste avant l’aube.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome, 2000 2000 — ISBN 88-86600-77-1

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