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sto fermo 72

Je ne bouge pas 

Je ne bouge pas.
Abandonné aux gestes admis
Je redessine les marquises blanches
le mosaïque de gueules de chaux
de ruisseaux célestes décolorés.

Vidé, je ne bouge pas,
sans plus mes armes de carton
la carapace de cuir
le heaume en plastique
le col de dentelle
sans plus
l’éblouissante péripétie
d’un labyrinthe
parmi les nuages de l’inconscience.

Je ne bouge pas,
je m’égare
sur une plage immobile
où le soleil couche et se lève
où tes yeux
surgissent comme des os blancs
de la mort vert bleu de la mer.

Je ne bouge pas
devant les deux cent films
de l’allégorie, du courage
du dénouement
des têtes à têtes
des bruits évoqués
des étreintes, des adieux.

Je ne bouge pas,
je demeure parmi les frères
notre corps blanc
le sinueux ennui
la très agréable angoisse
du vent, de Rome.

Je ne bouge pas
je me retrouve
fragile mais vivant.
L’envie de nouveaux gestes
me conduit tout près
de cette stupeur des glaces
de cette bagarre excitée
des paroles
et, même seul
par une drôle hardiesse
sans défense, heureux
je pourrai à nouveau
accéder au monde kitch
des sourires bienveillants
des rites, des conformismes
au monde gris et jaune
d’une lutte que le soleil
attise et entrave.

Sans futur dans la vie,
je ne bouge pas.

Giovanni Merloni

je ne bouge pas bis_19.01.2013

Giovanni Merloni, 1972_2013

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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