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(Synthèse des épisodes précédents. On est à Paris, le matin de mardi 15 avril 2008. Après deux journées qu’on ne pourrait imaginer plus intenses, la Bolonaise Anna Buonvino et le Napolitain Michele Calenda — colocataires du même appartement clair et calme avec balcon près de la rue de la Lune —, ont traversé une nuit blanche. Car le feu grand-père de Michele, Gaetano Calenda, leur a rendu une visite tout à fait extraordinaire. Le lendemain, la scène qui se déroule en bas de leur balcon — la reconstruction de l’enterrement du vieux député socialiste — fait déclencher une analyse amère, mais aussi, peut-être, quelques espoirs de salut.)

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

Les fouilles mortes (Clair et calme avec balcon XVII/XIX)

(Récit à la première personne d’Anna B.)
Il n’y eut que deux heures, entre cette aube aveuglante d’avril et l’heure prévue pour la mise en scène de l’enterrement de Gaetano Calenda.
Je ne sais pas si cela me suffit ou pas pour récupérer un peu de sommeil après notre nuit blanche. Certes, quand j’entendis l’alarme retentir sur mon chevet de nuit, je pensais m’être trompée au moment de le régler. Ensuite, en me levant, je me découvris étrangement tranquille et même heureuse. Heureuse de quoi ? Quel avait été mon rêve, ce rêve que je n’avais dû partager avec personne ? Oui, je m’en souviens, maintenant. Car l’enchantement se prolongeait au cours de mes lentes déambulations, pendant l’habituelle recherche de mes cailloux blancs : mes pantalons, pour ne pas sortir nue ; mon chandail pour ne pas souffrir le froid ; mes pantoufles pour sauver les pieds de quelques clous qui auraient pu ressortir du parquet mal entretenu ; ma serviette de douche ; mon téléphone portable ; mon premier verre d’eau de la journée ; ma cafetière déjà prête depuis la veille, mon indispensable tasse de café…
Ce matin-là, pendant ce trajet connu, je ne cessais de rêver… ou alors de répéter, comme dans un rituel magique, des gestes qui s’étaient figés en moi comme une soudaine nécessité…

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

Tout s’était écoulé nerveusement, à la hâte, nous obligeant à endurer, Michele et moi, un excès de suggestions, de peurs, de souvenirs, de présences. Rien qu’en vingt-quatre heures, j’avais traversé le désert d’une séance de peinture constellée de disputes acharnées tout autour des tableaux réels et irréels de nos deux vies. J’avais dû me projeter en des hypothèses de vies futures, où le passé avait pris une importance inquiétante… avec la responsabilité, pour moi, de la ressemblance avec cette femme inexistante… qui pourtant voltigeait au-dessus de nos têtes comme un phénomène assez réel, posant des questions à se tordre les mains… Notre séance devait servir surtout à cela, à tourner cette page, en faisant sortir des nuages et des limbes ce personnage, ni viande ni poisson, qui nous liait assez strictement… C’était le chagrin du souvenir doux et amer de Bologne ? Y avait-il quelque chose de non dit, de non vécu, encore à dire, encore à vivre… qui nous soudait dans une perspective commune ? Je ne sais pas. Certes, Michele et moi, nous partagions le même penchant et presque les mêmes attitudes d’amour envers cette inconnue. Cette Française timide et renonciataire, toujours prête à s’effacer pour ne pas troubler les vies d’autrui… Nous étions donc en pleine navigation, placidement détendus sur deux chaises longues sur le pont d’un bateau de plusieurs étages accoudé sur une mer prometteuse… lorsque ces deux revenants ont tout gâté ! Bien sûr, Vera et Mario n’étaient pas responsables des tortueuses vicissitudes de leur collègue et ami. Mais comment ne pas voir cette évidence d’un homme qui se dérobe petit à petit et, même de façon contradictoire, essaie de repartir ? Comment ne pas comprendre qu’il ne faut pas exiger une abnégation totale de quelqu’un qui déjà adopte le sacrifice comme moyen pour s’autoriser à la renonce, à l’effacement ? Oui… mon raisonnement m’avait amenée à une clé : Michele et la Française se ressemblaient beaucoup et même trop. Ils étaient tous les deux trop polis, trop gentils, trop respectueux… trop fatalistes ! Il y aurait fallu d’un miracle pour les faire rencontrer et pour les aider à forcer leur réciproque propension à la renonciation. Voilà, je me sentais concernée par cette abdication absurde, qui allait d’ailleurs miner à la base tout héroïsme, toute abnégation, tout exploit généreux.
Au cours des vingt-quatre heures qui venaient juste de s’écouler, j’avais donc frôlé une terrible vérité : l’âme prodigue de Michele et de sa bien-aimée. En même temps, j’avais pris conscience du fait qu’il suffit d’une seule personne, porteuse d’une pulsion négative ou tout simplement d’une initiative capable de tout arrêter et ramener en arrière… pour que tout espoir glisse, sans transition, dans la poubelle ! Ensuite, j’avais eu la déception affreuse vis-à-vis de l’abdication des Italiens qui avaient renoncé à s’autodéterminer, comme autant d’autruches faufilant la tête dans le sable. La visite de Gaetano Calenda m’avait fort impressionné, mais les mots de Michele avaient provoqué un sursaut très positif : oui, il n’aurait pas pu dire rien de mieux lorsqu’il avait parlé d’un « progrès à reculons »… C’était d’ailleurs un moment unique. Jamais il n’aurait eu une telle occasion de se confier à son grand-père chéri. Dans le petit laps de temps à disposition, il devait faire un choix courageux. Il avait choisi de tout concentrer dans une phrase : on va à reculons, on détruit les richesses cumulées, on renonce même à penser… Évidemment, il comprenait bien que le sacrifice d’un seul homme, d’une seule île, bien que généreux et parfois efficace, ne suffit pas. Tout héroïsme est vain s’il ne s’inscrit pas dans une conscience et dans une action collectives.
Voilà, ce matin de mardi 15 avril je me réveillais combative. J’avais compris combien c’est facile de lâcher prise, de renoncer à nos droits, à notre vie même. Il suffit d’un instant de distraction et c’est fini, nous devenons la proie succulente des autres. Si l’Histoire — en Italie comme partout dans la planète — va à reculons, si nous ne prenons aucune mesure contre l’analphabétisme de retour et que la barbarie monte, de quoi devrions-nous nous émerveiller si nos histoires personnelles aussi s’en vont à reculons, avec la queue entre les jambes ?
Mais, à propos de queue ! Je me souviens bien ce qui me donnait le sourire, ce matin-là.

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

« Pendant ce trajet connu », je cite moi-même entre guillemets, « ce matin-là je ne cessais de rêver… je répétais, comme dans un rituel magique, des gestes qui s’étaient figés en moi comme une soudaine nécessité… »
Oui, je répétais, comme si c’étaient de caresses reçues ou des baisers volés, les gestes qui avaient servi à me faire des tresses, à rassembler mes cheveux dans une queue de cheval longue jusqu’à la taille, à les regrouper sur la tête, à les laisser retomber, presque bruyamment. C’était le jeu que Michele me demandait pour donner vie à de différents personnages, rappelant ou pas d’époques révolues, de modèles fameux, évoquant ou pas des histoires liées à des tableaux célèbres, ou aussi à des tableaux insignifiants ou enfin à des tableaux détruits ou perdus. Pendant ce jeu je découvrais pour la première fois de ma vie la forme de ma tête, la lumière de mes cheveux, leur parfum anonyme et sauvage… Mais surtout, je découvrais ces gestes, rapides ou lents, qui accompagnaient mes successives coiffures. En même temps, j’enregistrais les réactions de mon portraitiste… Il n’était pas indifférent du tout à mes surprises, à mes grimaces timides, à mon embarras. Son insistance avec mon rôle de sosie ou de clone n’était qu’un misérable stratagème pour s’éloigner de moi, de mon corps, de mes vertus cachées. J’étais contente, bien sûr, de cet éloignement, car cela me donnait le temps de naviguer dans une lagune protégée, bien que trouble, tout en expérimentant un côté de moi-même que j’avais toujours refoulé dans de gestes de gêne. À présent, après tout ce que j’avais partagé de très intime dans ces fouilles à ciel ouvert dans son corps ainsi que dans son âme, ce décalage délibérément professionnel, cette distance m’ennuyait. Cependant, ce matin-là, un diablotin tout à fait insolite s’était installé dans mes jambes qui voulaient danser, dans ma poitrine qui haletait sans honte, dans ma bouche qui égrenait des mots en queue de cheval… et mes nouveaux gestes, tels des camarades indulgents, semblaient vouloir transformer mon éternelle attente dans une entente immédiate et tout à fait naturelle.
Étais-je déjà en train de sublimer un amour naissant pour ouvrir ma porte close à un amour déjà prêt à le remplacer ? Peut-être tout simplement je me mettais en jeu. Le jeu du modèle m’avait beaucoup servi à cela. Oui, sans pour autant renoncer à mes fouilles historiques, j’avais décidé dorénavant de jouer le jeu sans toujours me soucier de l’enjeu… Ce qu’on pourrait appeler la stratégie de l’attention…

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

Plus tard, quand l’heure approchait du faux enterrement, j’étais près de la porte-fenêtre ouverte sur le balcon avec l’esprit d’un gabier guettant le vent et les marées, quand Michele me surprit :
— Bonjour ! dit-il en me souriant, je suis un peintre qui n’a jamais fait le portrait d’une femme nue.
Rien qu’à le regarder dans les yeux, je compris que Michele interprétait les évènements des heures dernières comme un signal péremptoire : sans plus attendre, il devait retourner en Italie, du moins pour régler ses comptes avec soi-même. Par ailleurs, je voyais bien qu’il n’avait pas trop d’envie de renoncer à cette vie de Paris, où il avait trouvé en moi une véritable interlocutrice…
Ce fut à ce point que je me risquai dans une attitude tout à fait inédite pour moi, en levant mes cheveux au-dessus de la tête, sans les laisser tomber, pour voir s’il s’en apercevait : — alors, tu pars ? demandai-je. Tu vas rentrer à Naples ? Quand ?
— Demain dans l’après-midi. D’abord, j’irai à Milan. Jeudi soir je serai chez ma sœur.
— Tu penses rester là-bas ? dis-je, tout en entamant une petite tresse à côté de ma joue droite.
— Je ne sais pas Anna ! Il me faudra du temps… Je dois parler à quelqu’un, essayer de faire quelque chose pour que les gens s’éveillent… Les jeunes surtout… bien qu’à présent je demeure assez désenchanté. Vaincre le fatalisme, l’indifférence, ce n’est pas évident. Il faut trouver quelqu’un qui partage nos mêmes idées, nos mêmes soucis. Et cela est encore plus difficile. D’ailleurs, je ne suis plus jeune et je serais doublement présomptueux si j’avais la prétention de changer vraiment les choses. Personne ne peut le faire quand le contexte est réfractaire, et que la terre du potager n’est pas prête à accueillir les semences…
Inspirée par cette digression philosophique de Michele, j’entamai une deuxième tresse à côté de mon œil gauche : — est-ce que nous devons nous plaindre, dis-je calmement, parce qu’on va mourir dans l’esprit qu’il n’y a plus rien à faire et que tout s’écroule autour de nous ? Devons-nous rester opiniâtrement accrochés à cette idée délirante, puisque nous n’avons plus rien à perdre, que notre sacrifice servira à sauver le monde ? Ou alors devons-nous accepter fatalement la mort de toute espérance dans l’illusion, tout à fait égoïste, d’y pouvoir survivre ? C’est cela qui t’angoisse, Michele, je le sais…

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

— La vie en elle-même, c’est une chose merveilleuse. Même s’il arrive souvent que la vie ne soit qu’une pâle imitation de la mort.
— Oui, Michele, le quotidien nous offre toujours un avant-goût de la mort. Surtout si l’on regarde les gens qui souffrent dans la rue. Ici-bas, n’importe où l’on se dirige — vers la place de la République ; vers Saint-Denis ou vers le boulevard Magenta — il n’y a que le choix. On en rencontre partout… Donc, ce n’est pas nécessaire d’aller trop loin, de se prendre la peine d’aller jusqu’à Naples, pour trouver des personnes qui ont besoin de nous !
Michele ne pouvait me cacher rien. Il était de toute évidence en difficulté.
— De quoi dois-tu t’affranchir encore, Michele ?
— De moi-même, peut-être. J’ai toujours fait mon possible pour gagner l’estime des autres, en leur donnant confiance, sans trop me soucier de leurs sentiments envers moi. Je m’accrochais à la conviction que le temps est « galant homme » : mon engagement loyal devait forcément obtenir des reconnaissances.
— Cela arrive parfois, Michele, que les relations entre les humains soient basées, par accord unanime, sur des valeurs partagées. Mais cela est assez rare !
— Je suis et resterai un rêveur…
— Je t’aime bien pour ça.
— Tu…
— J’ai dit « je t’aime bien » ! Je n’ai pas dit « ti amo » !
— Voilà une différence importante entre les Français et les Italiens ! dit Michele en ouvrant grand les bras.
— Tu es comme une montagne pour moi. Je me sens petite, par rapport à toutes les débâcles que tu as sur le dos… des débâcles qui sont des victoires, si tu y penses…

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

D’un coup, nous entendîmes des bruits métalliques et des voix venant de la rue de la Lune. Nous nous accoudâmes au balcon : en bas, la troupe d’Olivier était en train de tourner la scène d’un enterrement laïque suivi par une foule de chapeaux et drapeaux rouges. Bien avant que moi, Michele reconnut Vera et Mario :
— Ces deux-là ne pouvaient pas manquer aux funérailles d’un Napolitain illustre…, dit Michele d’un ton débonnaire.
— Ils ne sont pas encore partis ! dis-je. C’est peut-être Olivier qui leur a demandé de rester un jour…
Michele semblait tout à fait indifférent à ce détail. Peut-être s’efforçait-il d’imaginer son grand-père — cet homme qu’il avait vu encore vivant et même frénétique, avec lequel il venait de converser longuement — en train de rentrer définitivement dans cette caisse assez spartiate, qu’un drapeau abîmé essayait d’embellir :

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

— On ne pouvait pas choisir mieux, dit-il. Rue de la Lune, c’est l’idéal pour un corbillard de bataille suivi par un cortège de gens sincèrement affligés… Cela me rappelle le cours principal, montant, d’un village à l’extrême sud de l’Italie dont je garde la carte postale que Gaetano avait adressée à ses petits fils… mes cousins aînés ! Bravo, Olivier, il a su faire revivre de façon très fidèle l’enterrement de Gaetano Calenda ! dit-il, la voix brisée
— Michele, celui-ci est l’enterrement politique de l’Italie… dis-je, tout en laissant tomber mes cheveux sur mes épaules.

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

— Oui, une circonstance dont l’Italie même ne se rend pas compte du tout ! dit-il en fixant mon visage changé. D’un coup, par mon attitude audacieuse je l’avais plongé dans une fouille encore plus difficile.
— Je pourrais être ta fille ! hurlai-je. Je sais que cela te dérange, mais enfin… laisse-moi de temps en temps exploiter mon naturel sans que cela doive provoquer une bagarre !
— Oui, tu as raison, Anna ! Une chose à la fois…
Il s’en suivit une longue pause, jusqu’au moment où le spectacle eut son terme : — Gaetano s’en va, définitivement, observa Michele.

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

— Dorénavant, Michele, ce sera l’Italie qui hantera nos cauchemars.
— Oui, c’est très douloureux ! Il était déjà tard pour espérer d’arrêter avec nos votes isolés l’hémorragie avant qu’elle devienne irréversible. Il fallait s’en occuper avant, de toutes ces fouilles historiques. Bien sûr, elles servent toujours ! Mais si on avait agi à temps, elles auraient mieux servi pour faire comprendre à nos compatriotes la monstruosité de tout ce qui s’était passé il y a soixante-dix ans.

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

— Oui, Michele ! Moi aussi j’ai l’impression d’avoir affaire à des fouilles mortes !
— Je m’arrête, Anna. Je ne veux pas trop fouiller non plus dans l’indifférence que j’ai rencontrée quand je dénonçais la sous-évaluation du danger. Je n’étais pas le seul, mais on était bien dispersés : des voix invoquant dans le désert !
— Là-bas, tu risques de retrouver la même indifférence qu’avant, et même pis ! Le monde ne change pas tout seul.
— Et pourtant, sous les cendres des ruines, il y a encore un besoin de justice et de solidarité qui n’est pas mort. D’ailleurs, les problèmes de nos sociétés sont encore les mêmes, depuis toujours. Rien ne démentit ce qu’ont dit des gens comme Antonio Gramsci…

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

Quand je vis le dernier figurant ou passant curieux tourner le coin et que je savais que le faux cortège allait être démonté, j’eus la sensation d’un fardeau insupportable sur mes épaules. Moi, une Bolonaise qui n’avait que très peu profité du tempérament jovial et perspicace de mes compatriotes ! Moi qui venais juste d’apprendre à me donner de l’importance avec d’envoûtantes coiffures… j’avais envie de pleurer, ou alors de m’installer à califourchon du parapet avant de me jeter la tête première. Mais cela ne dura qu’un instant. Je lis dans les yeux de Michele des sentiments très proches des miens. Il avait besoin de moi. Moi j’avais besoin de lui.
— Tu peux vivre encore beaucoup, Michele, à moins que tu n’aies pas envie de mourir à 66 ans, comme Jean Jacques Rousseau ! Tu peux bien arriver à l’âge de Victor Hugo, 83 ans, et même plus ! Quant à Gaetano, il suffit que l’année 2008 s’achève, et tu seras déjà plus âgé que lui !

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Ingmar Bergman, Les fraises sauvages, 1957

Giovanni Merloni