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finestra su parete gialla

Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Il y a quarante ans, le 13 juillet 1975, à Bologne, je quittais mon toit conjugal avec une lourde valise vide.
Dès lors, un de mes regrets récurrents a été celui de n’avoir pas accompli ce geste, aussi nécessaire que désastreux, un 14 juillet.
C’est pour cela que je me considère comme irréductible prérévolutionnaire, un rebelle à la Carlo Pisacane.
D’ailleurs, en dehors de la révolution napolitaine de 1799, de la République romaine de 1849 ainsi que d’une série d’actes d’héroïsme qui ont valu la médaille d’or à plusieurs villes italiennes, une véritable idée de révolution ni de changement positif n’a jamais eu la chance de s’installer dans l’ADN de cette extraordinaire nation, dont je me considère à plein titre l’héritier.
Faire une révolution à moitié, c’est-à-dire rompre un équilibre sans avoir la force ni l’envie d’en créer des nouveaux, cela veut dire arracher juste quelques bribes imparfaites de ce qu’on avait longuement désiré en échange d’une identité encore non aboutie, d’un bonheur constamment piégé, d’une action hésitante et contradictoire et d’un travail redoublé ou multiplié pour trois. D’ailleurs, les révolutions imparfaites sont aussi nécessaires ! On paiera le manque de patience et d’organisation, pendant des années durant. Cela n’empêche pas l’inévitabilité de certaines ruptures. Ensuite, on s’accoutume au paradoxes d’une vie de plus en plus capricieuse et compliquée, où l’on est forcés à mesurer la véritable importance de la solitude, de l’amitié, de l’ambition ainsi que de cette étrange nécessité d’adhérer à nous-mêmes… jusqu’à se rendre à l’idée, pas nécessairement dangereuse, d’une double existence tranquille…

intrico 180 - copie

Elle se vautre dans le rêve, cette vie vagabonde

Elle se vautre dans le rêve,
cette vie vagabonde du cœur égaré,
accablé par les caresses reçues
écrasé par les joies demandées.

Il n’il y a plus de terre sur mon costume.

Affligé, je m’envole, moi aussi
avant de me regarder
stupéfait et coupable
dans le miroir flou de deux voies.

Chacun de nous aurait deux vies
deux désirs opposés
qu’il ne saurait pas expliquer
deux femmes pareilles
qu’il trouverait différentes
deux femmes différentes
qu’il voudrait pareilles.

Une femme me dit adieu :
elle serait la mort, elle est la vie.
Une autre m’attend :
elle serait la vie, elle est la mort.

Giovanni Merloni

avalanche 003

Dans le rêve, il se sauve (1975)

Dans le rêve, sa vie se sauve, humble et secrète. Les yeux ouverts, il se dérobe à son existence marginale, aux peines de son cœur, oppressé par ses vaines quêtes, aux furies de son esprit, dérangé
par ses conquêtes faciles.
Désormais, il n’y a plus de terre sur son costume et, même accablé, il s’envole, se laisse conduire par ses pas, au hasard, jusqu’au bout de ses forces. Sur le pont, quand il se rencontre et qu’il se surprend coupable, il se regarde, incrédule, dans le miroir brisé de deux voies : « Chacun de nous dispose de deux vies opposées, de deux désirs antagonistes qu’on ne peut pas expliquer. Deux femmes égales qu’on trouve différentes ; deux femmes différentes qu’on prétend égales. »
Une d’elles lui dit au revoir. On dirait la mort, mais elle est la vie. Une autre l’attend. On dirait la vie, et pourtant elle est la mort.

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN