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Archives de Tag: Dessins et caricatures

« Grog » (Dessins et caricatures n. 24)

01 mercredi Juin 2022

Posted by biscarrosse2012 in claudia patuzzi écrits et dessins

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Mon chien loup « GROG », dessin fait au crayon, 2014 ( cliquer pour agrandir l’image )

Dans ma vie « humaine-et-animale » (1) j’ai eu des camarades inoubliables.
Le premier ce fut le canari « Trilli » que pendant les vacances j’avais confié avec d’infinies recommandations à ma tante Caterina… quitte à le retrouver raid mort à notre retour.
Le deuxième, c’était un poisson rouge que j’appelais « Sarah », qui se suicida à force de sauter dehors de la boule de cristal. Ce jour-là, elle avait resté agonisante par terre qui sait combien de temps, tandis qu’à la maison il n’y avait personne…
Le troisième ce fut une chatte grise nommée Domitilla. D’une rare beauté, fierté et longévité elle mourut à l’âge respectable de vingt ans.
Le quatrième était un chien loup des Abruzzes aux oreilles brisées par les coups d’un bâton et bon comme du pain. Ce fut une amie à me le confier dans une journée de pluie battante :
« Il y a un pauvre chien abandonné viale Trastevere, un loup mouillé et abîmé, pourquoi ne le prends-tu pas avec toi ? »
Sans dire un mot à mes parents, je pris une corde et montai sur ma Fiat500. Une demie heure depuis le chien – baigné jusqu’à la moelle et l’âme brisée — gisait déjà dans l’entrée de mon appartement, silencieux comme une sphinx.
« Sors-le, avant que je le vois ! » hurlait mon père. Le chien le dévisagea de ses yeux jaunes tout en lui offrant sa patte.
« Il m’a regardé comme s’il comprenait ! Pauvre bête, il m’a demandé de rester…» s’écria mon père tout en cherchant un bol pour l’eau.

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De lors Grog est devenu un membre indissoluble de la famille. En vrai loup, il allumait ses yeux phosphorescents pendant la nuit. Assez tôt Domitilla accepta de cohabiter avec lui, pelotonnée contre sa mantelure. Avec le temps, les deux complices organisèrent même des vols dans la cuisine, pas toujours avec un heureux dénouement. Au cours de l’été, dans la saison de l’amour, Grog disparaissait pendant une semaine avec les autres chiens, dans un chœur de longs hululements. Il revenait toujours éreinté, avec sa fiancée…
J’avais écrit une poésie sur lui que je viens de chercher inutilement. Peut-être l’ai-je perdue pendant le déménagement de Rome à Paris…
Ce dessin avec le crayon STAEDTLER HB made in Germany le représente en été, tandis qu’il est occupé à se débarbouiller sur le gravier du jardin de notre maison près de la mer…
Son nom ? (2) Devinez un peu… il vient d’un des Peanuts de Charles Schulz, le créateur de Snoopy et Charlie Brown…

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( cliquer pour agrandir l’image.)

Claudia Patuzzi

(1) Je ne tiens pas compte des petites tortues d’eau, défuntes le jour même de l’achat.

(2) GROG : étym. 1776 ◊ mot anglais, sobriquet de l’amiral Vernon, Old Grog (il était habillé de gros grain, grogram), qui obligea ses marins à étendre d’eau leur ration de rhum. Famille étymologique ⇨  grain.

« La couverture rose » (Dessins et caricatures n. 23)

31 mardi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Crucifix à l’encre de Chine, journal, 1965.

Lors de mes sept/huit ans, mes parents me donnèrent une Bible illustrée en couleurs criardes. Grâce à ces images exotiques, à ces éclairs de sang, à ces figures puissantes, enveloppées dans d’amples manteaux… j’ai savouré la danse décadente et voluptueuse de Salomé, l’ardeur des extases dans le désert, la saveur ambigüe du mal se cachant dans les câlineries rusées de ce diable terrestre.
Pourquoi l’enfance est-elle une éponge qui absorbe toutes choses ?
Pourquoi son pouvoir rayonnant nous illumine-t-il (ou alors nous obscurcit) pendant toute la vie ?
Quand j’étais petite, je jouais dans le rôle de Dieu, debout au centre d’une couverture rose étendue sur le sol : un enclos magique entouré par les enfers.
Dans la couverture, j’étais Dieu : bon, miséricordieux, miraculeux.
Hors de la couverture, j’étais un petit diable nommé « Tripes noires » : rusée, mesquin et taquin…

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Le diable « Tripes noires », dessin à encre et crayons.

Seulement à Dieu, avant de dormir, je demandais des miracles : le don de la beauté, de la vue, de l’amour. J’étais convaincue que j’étais une araignée aux lunettes dans un monde parfait. Un pauvre avorton. De combien de béquilles ou baguettes magiques avons-nous besoin pour devenir grands ?
Connaître pour changer…
Puis, comme vous le savez, je me suis rebellée…

P.-S. Je viens juste de m’apercevoir qu’à côté de l’inscription I.N.R.I., sur la droite, il y a un gribouillis, peut-être un point d’interrogation…

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Gustave Moreau, Salomé qui danse devant Herode.

 Claudia Patuzzi

Le départ du « dernier poète » (dessins et caricatures n. 22)

30 lundi Mai 2022

Posted by biscarrosse2012 in claudia patuzzi écrits et dessins

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Ce vieux dessin est né, peut-être, dans un moment de tristesse. Une maisonnette sous le bras et des patins aux pieds, un homme avec un chapeau assez bizarre fuit à la hâte de sa ville tout en jetant des fleurs sur son chemin. L’inscription qui le précède — « le dernier poète » — lui confère une expression romantique et triste. Derrière lui, on voit « les casernes », c’est-à-dire les quartiers populaires de la banlieue Rome (dans le premier à gauche quelqu’un tombe d’en haut d’un balcon)… des palais gris comblés d’antennes télévisées telles des perruques. Tout autour d’eux flottent des nuages semblables à des vieillards renfrognés et barbus… Derrière l’homme aux patins, on voit des voitures, tels des jouets à ressort… Une allusion au trafic de Rome ? À son Métro presque inexistant ?
Peut-être…
Mais, il est certain que ce dessin-ci peut me servir pour vous dire que je suis en train de partir. La maison de mes rêves sous le bras ne faisant qu’un avec mes paperasses… je pars à la mer, impatiente de me plonger dans ses tableaux vivants et d’y attendre le rayon vert…
Et Twitter ? Et mes projets ?
« L’écriture reste pour moi une fête, pas une obligation » (1)
On se reverra, comme promis, le 2 septembre, avec Regard !

Claudia Patuzzi

P.-S. La souris ne veut pas venir, donc j’ai décidé de la laisser à Paris.

(1) Erri De Luca, « Le tort du soldat », du monde entier, Gallimard (2014), traduit par Danièle Valin, p. 25.

« L’investiture » (Dessins et caricatures n. 21)

29 dimanche Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Claudia Patuzzi, dessin à l’encre de Chine, Paris, août 2014

Quatre ans de ma vie, jusqu’à la troisième classe élémentaire, se sont écoulés dans une école de sœurs espagnoles, dans un beau jardin sur la colline de Mont Mario, à deux pas de chez moi. Les religieuses étaient habillées en noir avec une grande sous-gorge blanche ainsi qu’une coiffe. J’avais trois maîtresses. Mère Pilar, munie de grandes moustaches ; mère Venanzia, la Supérieure ; la grosse et inoffensive mère Dolores.
Outre les prières, elles nous apprenaient le menuet de Vivaldi ainsi que d’horribles poésies par cœur, dont « La pluie argentée qui bat sur les toits… » 
Pour ma belle calligraphie, je reçus l‘« investiture » de « scribe de confiance » : je devais écrire des longues lettres aux familles des enfants malades : une véritable torture ! Un beau jour, elles découvrirent — quelle horreur ! — que je lisais les bandes dessinées interdites, que j’avais emprunté à mon frère aîné, dont « Il Monello » (Le Gamin) et « L’Intrepido » (L’Hardi), des petits journaux bourrés des histoires d’amour du prince indien « Chioma d’oro » (Cheveux d’or) et de la princesse  « Fiordistella » (Fleur d’étoile). Ce fut la fin pour moi : pour me punir, on m’enleva la charge de la correspondance hebdomadaire, on m’interdit les danses et les jeux avant de me montrer du doigt comme infréquentable. À la fin de l’année scolaire, ma mère m’envoya dans une grande école publique où j’eus une nouvelle « investiture » : après avoir appris les signaux de route, j’obtins la charge prestigieuse de diriger le trafic des élèves, avec des fiches signalétiques, ainsi qu’un sifflet accroché au cou… Un pouvoir indiscutable !

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Claudia Patuzzi

« L’homme jaune de Kafka » (Dessins et caricatures n. 20)

28 samedi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Dessin en technique mixte, 1965 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Dans un de mes cahiers de 1965, j’ai trouvé ce dessin, ne faisant qu’un avec cette phrase du  « Château » de Kafka : « Si l’on a la force de regarder les choses sans cesse, sans fermer les yeux, on en voit beaucoup ; mais, si l’on renonce, si l’on ferme les yeux, même une seule fois, tout se perd dans l’obscurité. » Tout de suite après ces mots mystérieux, j’avais ajouté deux post-scriptum : 1. La figure de l’homme jaune contre le fond noir exprime exactement ce que je voulais dire par rapport à cette assertion de Kafka. 2. Je vais lire éternellement ! Ça suffit ! À travers la lecture, je m’approche au sixième monde… En lisant, je le rencontre et cela m’encourage à m’y aventurer avec l’anxiété de découvrir une vie inattendue. Peut-être la mienne. J’attends. J’explore le sixième monde avec les mots des livres.

J’ai cherché cette phrase de Kafka dans l’édition italienne Mondadori, dans l’espoir de la trouver soulignée, mais j’ai échoué. En cette période-là, on était au milieu des années 1960 avec un tas de lectures sur le dos : Kafka, Proust, Sartre et bien d’autres…

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Les plusieurs faces de Franz Kafka, dessin de Tullio Pericoli (cliquer pour agrandir)

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Claudia Patuzzi

« Le corbeau » (Dessins et caricatures n. 19)

27 vendredi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Claudia Patuzzi, dessin à technique mixte (cliquer l’image pour l’agrandir)

Ce dessin de 1965, plume et crayons colorés, ce petit homme solitaire qui traverse une grande arche, ayant de grands yeux apeurés ainsi qu’un corbeau noir assez laid sur la tête… ces cercles avec les croix… les rayons rouges et jaunes inondant l’air de mystère… Tout cela a été une réaction « instinctive » ou, pour mieux dire, terrorisée, à ma première lecture des « Contes » d’Edgar Allan Poe. Quatre d’eux en particulier m’avaient profondément touchée : le petit poème « Le corbeau », « Le masque de la mort rouge », « Le chat noir » et « Le puits et le pendule ». De lors, l’auteur du « Corbeau » devint pour moi un malheureux compagnon de route, un colocataire de ma pensée, l’habitant sacré et intouchable de ma bibliothèque, la source primaire (avec d’autres « amis ») du pouvoir de l’écriture.

002_finestra72- Version 2

Illustration de Gustave Doré

Ou alors, come écrit Josyane Savigneau : « ce « Frère spirituel » de Baudelaire, « ingénieur des lettres » pour Valéry, « cas littéraire absolu » selon Mallarmé, le grand maître du fantastique, l’inventeur du récit policier, le précurseur du roman scientifique, le rénovateur du conte, l’annonciateur de la psychanalyse, » ce fut pour moi un ami immortel, un point de repère et en définitive mon propre pivot, toujours à la recherche de lui-même…

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« The story of Edgar Allan Poe is one of the great tragedies of literature.» ( David Sinclair ) Illustration by Salim Patell.

Claudia Patuzzi

« Apparition » (dessins et caricatures n. 18)

25 mercredi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Dessin en technique mixte, 1966 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le corps effleure le ressac.
Le rivage aveugle
la peau desséchée
la pupille est un laser
les lèvres abandonnées attendent
une caresse
échappée à la chaleur étouffante
de l’été.
Mais la plume ne tombe pas
ni vole non plus
même si le vent
— tel un tourbillon niais —
se visse brûlant
même si les empreintes
se gravent, renversées,
sur le sable
et que les doigts
cherchent des traces
de serpents
ou des messages chiffrés
sur des radeaux
à la dérive du temps…
Peut-être…
— ailleurs — juste en ce moment,
— au loin — au-delà du monde,
sur le lande de l’ancien
Connemara
depuis de jolies fleurs rouges
il pleut du sang :
les boucles d’oreilles
« de la dame »
oscillent légères
sur la haie
tout en chantant
au milieu des gouttes
de pluie et
du pré vert.

Et voilà le pas invisible
de ton voile léger,
un oiseau dans le vent.
Finalement tu tournes tes lèvres :
un sourire hermétique
se pose sur la laisse
tandis que, lisse
comme de la soie,
l’éclat aveuglant
de tes yeux
me rappelle la
danse écarlate des
frésias,
l’espace indéfini
azur
du Connemara.

(Connemara, août 2000)

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Apparition(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Claudia Patuzzi

« Les trois tickets » (dessins et caricatures n.17)

24 mardi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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Les trois tickets, 1965 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Les trois tickets

Les rails du chemin de fer « Monde-Paradis »
sont trois tickets de différentes couleurs :
dont un est orange, d’une tonalité assez vive,
pour traverser le couchant du fleuve ;
un autre, jaune d’or, pour fixer la splendeur des coupoles ;
le troisième est marron, comme les châtaignes d’automne,
pour saisir les soupirs qui comblent les rues.
La somme de tout ce voyage ce sont
cent-vingt-cinq marches étoilées…

002_monete72 - Version 2

Quelques lires que j’ai conservées. (cliquer pour agrandir)

Claudia Patuzzi

P.-S. : On y parle de la ville de Rome. La lire italienne  (en italien lira au singulier et lire au pluriel) est l’ancienne unité monétaire de l’Italie de 1861 à 2002, et qui fut remplacée par l’euro en 2002. Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une lire italienne était divisée en 100 centimes (centesimi ou en cent fois un centesimo). Il était usuel d’utiliser le symbole ₤ devant le chiffre.

Les mains (dessins et caricatures n. 16)

23 lundi Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

001_mani72- copie

Croquis au stylo , 1965 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)
« Dieu fait ce qu’il peut de ses mains, mais le diable fait beaucoup mieux avec sa queue. »
(Jacques Prévert)

J’ai toujours eu honte de mes mains, tellement petites qu’on dirait les mains d’une enfant qui mange ses ongles. Pour ne pas montrer mes ongles consommés, je cachais mes mains derrière le dos, dans les gants ou dans les poches du paletot.
J’ai toujours éprouvé de l’envie pour les mains fuselées, avec des ongles émaillés en forme de croissant de lune.
En revanche, j’ai toujours observé les mains des autres. Dans le bus, j’en épiais les rides et les nœuds, les veloutés ou les callosités. Je fixais les taches de la peau jusqu’aux pellicules, tout en évitant, évidemment, de connaître le visage de leur propriétaire. Je commençais toujours par la main et le poignet. Puis, de déduction en déduction — quel travail fait-il ? Est-il marié ? Célibataire ? – j’essayais de reconstruire sa gueule… Juste au moment où ce visage imaginaire se détachait dans mon esprit, j’osais lever la tête pour vérifier la réalité…
Un jour de l’année 1965 j’ai eu le courage de faire un croquis au stylo de mes mains sur mon cahier d’école. C’était la période « pasolinienne », le temps de la vérité, où le sentier de la vie se penche pour la première fois dans l’inconnu, à travers plusieurs branches enchevêtrées… Je voulais me laver les mains de mon petit complexe d’infériorité. Le moment était arrivé. Je pouvais finalement « regarder » et « accepter » mes mains, c’est-à-dire moi-même.
D’ailleurs, chaque époque a eu « ses mains. »  Ses rites ! Ses gants…

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Les mains des autres… Rijksmuseum,  Amsterdam (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

« Il est rare qu’un bourgeois se fasse prendre sans les mains, ou alors ce sera malgré lui. Un portrait sans mains n’existe pas pour le bourgeois : c’est quelque chose d’incomplet comme un cul-de-jatte. La posture et l’expression de mains le préoccupent au plus haut degré. » (François Victor-Fournel, chroniqueur de la vie parisienne en Ce qu’on voit dans les rues de paris, 1858)

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Verner, homme avec une bague.

Les dessins parlent. Ils sont des messages ou des signaux d’alarme, le fruit de quelque chose que nous ne savons pas exprimer par mots. Un « surplus » capable d’entailler le marbre avec une simple ligne de crayon, une traînée d’encre ou alors un tourbillon de couleurs… Une  « langue » capable de grandir à l’intérieur de nous ainsi que des autres  pour germer  d’un coup… quand on devient âgés, ou pendant une promenade quelconque…
Nous sommes des langues qui marchent, des dessins qui colorent, des mains qui parlent.

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 Anonyme, femme aux bagues, 1840-1850.

Je voudrais donner le dernier mot à Matisse : « Si j’ai confiance en ma main qui dessine, c’est que pendant que je l’habituais à me servir, je me suis efforcé à ne jamais lui laisser prendre le pas sur mon sentiment. Je sens très bien lorsqu’elle paraphrase, s’il y a désaccord entre nos deux : entre elle et le je ne sais quoi en moi qui paraît lui être soumis. » (Henri Matisse, 1972,  dans Joëlle Bolloch, La main, La photographie au Musée d’Orsay, Musée d’Orsay, 5 Continents, 2007, p.15)

Claudia Patuzzi

Gilbert Bécaud, Mes mains (1958)

La Madone (Dessins et caricatures n. 15)

22 dimanche Mai 2022

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Claudia Patuzzi, Dessins et caricatures

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La Madone, dessin crayon sépia , Rome, 1966. (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pendant les Pâques, quand je fréquentais le collège près du lycée classique « Dante Alighieri » de Rome, les enseignants nous emmenaient nous confesser et communier à l’église. Je venais d’accomplir mes quatorze ans. Quand je m’agenouillai devant le confesseur je lui dis que je ne croyais pas que Dieu eût pu créer l’Enfer éternel, car ainsi il aurait dû reconnaître le pouvoir du mal et son importance. À mon avis, on avait assez du Purgatoire. Le prêtre ne me donna pas l’absolution. Quand mes camarades partirent en file pour la communion, je m’unis à elles. Quand le prêtre me vit agenouillée devant lui, la langue tirée, il sursauta. Pourtant, il n’eut pas le courage de réagir et me communia. Ce jour d’avril là aurait été le dernier où je me communierais et confesserais. Quand je me levai, je me sentais comme une petite Gandhi.

Ce dessin témoigne de ma foi ainsi que de ma fantaisie suggestionnée par l’Évangile selon Mathieu de Pasolini. Je ne critique pas la religion en elle-même, mais toutes les manipulations que les hommes, dans n’importe quels habits ou rôles, ont opérées par elle et autour d’elle.

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Pasolini et l’étudiant barcelonais antifranquiste Enrique Irazoqui (Christ) avec, en arrière-plan, les Sassi de Matera, durant le tournage de L’Évangile selon Matthieu, 1964.

Claudia Patuzzi

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