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Giovanni Merloni, 1973-2013

(revenir à la liste du « Train de l’esprit »)

Spolète, Todi, Cortone… (1978)

(Cette poésie a été écrite en 1978, à la suite d’une « descente sur les lieux » pour le plan d’aménagement du petit village de Cottanello, glorieuse commune de la « Haute Sabine » en province de Rieti (Latium) : un des innombrables endroits de l’Italie centrale où le paysage doux et riche de suggestions est souvent marqué par la forte personnalité d’un château, d’une église ou d’un centre historique classé et riche en trésors d’art. Néanmoins, Cottanello est un nom méconnu, un site plutôt égaré vis-à-vis de centres plus nobles et recherchés comme Todi, Spolète, Cortone…)

Spolète, Todi, Cortone, Gubbio, Assise
Assise dans Pérouse
Giotto dans Giorgione
Piero de la Francesca
dans une boule de verre.

Un péplum blanc, des épaules ternes
et au fond la campagne
les feuilles jaunes et rouges
la voiture percée par le crépuscule
le vent sur le rien de Cottanello
de Pienza, de Lucques, de Volterra, de Sienne
des pigeons et des nuages noirs.

Le ciel s’est envolé
dans un film azur
et je n’ai pas eu le temps
d’ouvrir grand les yeux
ni d’amadouer le corps bouleversé
par notre réveil trahi.

Pourtant, elle est douce
rassurante la caresse du soleil
sur les cils qui deviennent
blonds. La voiture se gare.
Je m’élance par ici, par là.

Parmi des ternes compagnons
je m’égare, découvrant les pierres
les escaliers les portes les roses
que quelqu’un époussette et embellit.

002_spoleto todi_740_rosaÀ l’unisson, avec ce bourg méconnu
d’autres villes se sont réveillées
avant de se replier, lointaines
dans un coussin d’air bleu.

Et je deviens encore plus seul et vivant
quand l’espoir et l’amour, alliés du soleil
rassurent mon corps essoufflé et tendu :
assis lourdement sur ces escaliers
auprès de ces abris solitaires
où chacun  retrouve son centre
je me coalise à tous les gens
qui vivent d’éloignements
de connu et d’inconnu
de présences assiégeantes
de photographies jaunies.

003_spoleto todi_740_violaEt Claudia a décousu la toile.
Elle avance en dessinant l’air gelé
avec son parfum déchirant.
En courant elle regarde fixement la rue :
elle croit être un totem de perles.
Et Raffaele balance la tête
sur un livre d’oiseaux.
Et Francesco écoute et sourit :
toujours vif, toujours pensif
il est sur le point de parler ou de partir.
Et Nicoletta recopie sur un livre
la petite frange bleue de Renoir
la blanche peau de farine d’un clown
la grise peau de mort de la maison vide.
Et Paolo court dans la maison
trébuchant dans les matinées joyeuses
de jouets à peine caressés par le soleil.
Et Pia, et Barberina, et Augusta, et Dodo
et Anna, et Giuseppe, et Nemi, et Andrea
et Marina, et Saveria, et Patrizia
et Ravaldini, et Curtarello, et Ferniani,
et la Cantelli, et Franco Cazzola
et Somogyi, et Bodo, et Ascani
et Spolète, Todi, Cortona, Gubbio, Assise
Cottanello…

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 25  mars 2013

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN : http://wp.me/p343bA-dW

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