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001_storia d'ufficio def 740

Giovanni Merloni, 1991-2013

Histoire de bureau (1994)

Comme eux, se sera impossible
de devenir.
Sa veste à grands carreaux, usée,
son œil rougi, chassieux
sa voix raisonnable
plaintive.
Et ses samedis qu’il laisse
s’écouler avec ses victimes
ces Dioscures pourtant enthousiastes
de sa prodigieuse mémoire
de ses retentissantes dictées
bourrées de pénibles réponses,
assez longues, au mur.

Avec son triste paletot
agrippé au cartable presque vide
toujours accompagné
Grisaglia a d’ailleurs voyagé.
Il a aussi exploré, fouillé
et quelque part habité.

Il rencontre parfois
furtivement
son confrère plus âgé,
Romandini. Et alors courbés,
se tapant l’un l’autre sur l’épaule
ils filent vers le bar
à vins.
En buvant, s’achemine
le souvenir doux
blondi par le reflet du soleil
illuminant le bord
de la coupe.

« Cette fois-là du concours
pas question de remboursement ;
cette fois-là de l’examen
tout ce fatras
d’inutiles papiers ministre
puisqu’on savait déjà.
Cette fois-là le Président
du Comité était agité
le souffle lui manqua
car le projet était déplacé.
Ce fut quand même approuvé ».

Grisaglia sanglote
en riant désespéré
et Romandini l’observe, ennuyé.

« On était harcelés
écrasés par le terrible étau
de ce caporal majeur
qui est encore là, tout pris
à se donner une importance
dangereuse ».

Presque tous les jours
dans ce tramway grinçant
on cherchait le moyen
de réagir.

« Pas grand-chose à comprendre,
mon hideux souverain
mais tu restais là, ineffable
derrière tes lunettes à la Béria
prêt à nous meurtrir
avec un nouvel imbroglio
qui resterait impuni ».

Parmi les étagères métalliques
du patron
on a pu trouver une chaise jaune
pour Romandini éreinté, essoufflé.
Grisaglia regarde désarmé hébété :
au-delà de la vitrine
parmi les bouteilles vieillies
dans la rue des merdes de chien
on voit passer
la voiture du caporal
qui lance, en roulant
des dossiers incendiaires.

002_storia d'ufficio De justesse ils se sauvent
les deux collègues vaincus
accrochés tels des enfants
à leurs souvenirs ivres, gazéifiés,
finalement insouciants
de toute dignité vaine.

Pourtant, ces anciens conservateurs
d’étagères bien rangées
et de registres en désordre
s’abandonnent à des gestes de rage.
Je les vois distinctement
ces anciens inventeurs
de hasardeux escamotages
pourtant méprisés
pour leur orgueil d’honnêteté,
je les vois bien
traînant dans la rue
tout en lançant, dans leur débâcle
un soupir d’envie à cet implacable
donneur de chantages.

Comme eux, ce sera impossible
de devenir.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 21 mai 2013

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