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Giovanni Merloni, Doppia coppia, aquarelle sur papier, 1970

Retour à l’essentiel

À la veille de ma première exposition (Forlì, 7-17 avril 1973) — quand je ne connaissais que le papier, le stylo à l’encre de Chine, les pastels et les encres aquarelles (les « ecoline » Talens) des dessins d’urbanisme —, j’avais rédigé la suivante autoprésentation : « Romain, 27 ans, architecte, Giovanni Merloni n’est pas un peintre traditionnel, il n’appartient à aucune école. Il ne se déclare pas non plus d’avant-garde : autodidacte, cette forme d’expression devient prétexte pour révéler à lui-même et aux autres un monde complexe et difficile, informel et en même temps laborieusement dessiné. Ainsi ces peintures semblent nées du hasard, comme par hasard naît un homme, un fleuve, une couleur, un contraste, un traumatisme adolescent, une introversion fantastique. Un dessin squelettique et redondant à la fois découvre tout ensemble l’anxiété de l’approche et de la conquête. Ces peintures ne représentent pas une autobiographie, mais un rêve où s’invitent les vacances libératrices d’un univers introverti, sombre et délirant. Ces peintures sont le fruit de contrastes plutôt que de passions, d’angoisses et non de mythes, de ressemblances et non d’identités. »

Giovanni Merloni, Il mazzo di fiori, aquarelle sur papier, 1971

45 ans après, mon parcours artistique s’affiche, somme tout, cohérent à cette première révélation, fidèle au but primordial de retrouver « notre temps perdu » pour le fixer brusquement et nonchalamment dans la dimension sans temps de la peinture et du dessin…

Au début des années 1970, à Rome, j’ètais surtout influencé par des peintres italiens, tels Sironi, Maccari, Vespignani et Ennio Calabria, tandis que dans les années de Bologne (1972-1978), se déclencha en moi une véritable explosion expressionniste : ma peinture « émotionnelle » et mon dessin « ironique » étaient désormais influencés par l’expressionnisme allemand de Munch à Grosz. Je fus marqué ensuite par la recherche graphique très poussée que demandait l’illustration du Roland furieux de l’Ariocste — où je commençai à manifester un style plus personnel — et, à côté, par une activité, non moins importante, de créateur de collages et d’affiches.

J’ai dû attendre quelques années depuis ma rentrée à Rome, en 1983, pour entamer finalement — à côté des aquarelles et des dessins que je réalisais au jour le jour — la saison décisive de la peinture à l’huile sur toile, suivant librement mes propres thèmes privilégiés (la femme, le couple, le théâtre, le cirque ou les vicissitudes abruptes de la vie), ou alors commentant librement des œuvres littéraires ou musicales majeures. Cependant, ces textes et prétextes ne sont pas les seuls responsables de mon parcours expressif, qui ressent de la suggestion subliminale de plusieurs maîtres — de Paul Klee à Chagall ou alors de l’extraordinaire fusion de l’abstrait et du figuratif dans l’œuvre des futuristes russes tels Michel Larionov et Nathalie Gontcharova —, de différentes techniques expérimentées et finalement de l’affrontement sans exclusion de coups entre le dessin et les couleurs.

Giovanni Merloni, Angelina, dessin numérique, 2003

Au passage de l’année 2000, la découverte de la peinture acrylique et l’évolution foudroyante des outils pour la création d’images numériques ont déclenché en moi une longue période d’expérimentation, qui a continué pendant les premières années de mon installation à Paris.
Ici, après deux expositions d’essai (2010 et 2012) j’ai beaucoup profité de mon site-blog « le portrait inconscient » ainsi que de ma présence sur Twitter pour montrer au fur et à mesure ma dernière production, où les collages numériques s’ajoutent sans complexes aux acryliques et aux autres formes traditionnelles d’expressions.
Sans trahir mon inspiration de fond, mon but primordial est dorénavant celui d’un « retour à l’essentiel », à une peinture de plus en plus épurée, où nos semblables cessent d’être les personnages d’une tragédie kafkaïenne ou d’un cirque cher à Fellini, pour devenir les modèles vivants d’un monde qui défie les contraintes et les difficultés quotidiennes pour aller dignement à la rencontre de son propre destin.

Giovanni Merloni