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« Mémoire comme citadelle préservant des amours en cage… » (Rencontre des Poètes sans frontières avec Kim Waag)

30 jeudi Mai 2019

Posted by biscarrosse2012 in vital heurtebize e psf

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Claire Dutrey

Christian Malaplate, Kim Waag et Claire Dutrey

« Mémoire comme citadelle préservant des amours en cage… »

« Dans l’univers de la poésie, le voyage est inégal. On se laisse plus facilement bercer par des rythmes connus, déclenchés au fur et à mesure par les strophes célèbres des Maîtres incommensurables, ou alors par les voix abruptes, en contre-chant, de quelques poètes maudits. Cependant, au cours de notre navigation, il nous arrive de frôler de nouvelles constellations, des voix inattendues qui d’un coup nous intriguent ou alors s’emparent de notre enthousiasme au fur et à mesure de leurs apparitions sur le plateau de la scène ouverte… »
Voilà ce que m’a confié l’un des participants, vendredi dernier, le 24 mai, à la rencontre des Poètes sans frontières — au Hang’Art, 63 quai de Seine, 75019 Paris —, consacrée à Kim WAAG, une poète à part entière tout en étant depuis toujours chanteuse, musicienne, danseuse et plasticienne.

Dans le petit espace perturbé par les sirènes des ambulances et les bruits désormais familiers d’un local consacré à l’éphémère contemporain, il était difficile sinon impossible d’accueillir même un échantillon des performances musicales-poétiques dont Kim WAAG fait souvent cadeau au public médusé de la salle Pétrarque de Montpellier ou au sein de l’association Cadence Art Vocal qu’elle anime, avec le soutien du maire-poète, dans la commune de Palavas-Les-Flots.
Au commencement, l’absence de Vital Heurtebize, actuellement au Canada, laissait serpenter une certaine inquiétude parmi les participants. Avec très peu de mots efficaces, Vital Heurtebize aurait d’emblée « situé » l’invitée et son monde poétique dans la dimension réelle, humaine, dont tout un chacun avait besoin pour apprendre jusqu’au bout la valeur de ce qu’elle allait nous partager.
Heureusement, à la place de Vital Heurtebize, il y avait Christian Malaplate, un homme tout à fait à la hauteur de cette tâche, partageant, en tant que vice-président des Poètes sans frontières, le même esprit fondateur, engagé et engageant que Vital Heurtebize reconnaît à la poésie. En plus, à travers les émissions « Traces de lumières » (poésie et Carnets de voyage) qu’il anime auprès de RADIO FM PLUS 91fm, dont il est Président, Christian Malaplate consacre énormément d’énergies et d’intelligence au partage de la poésie avec le souci constant de l’approfondissement et de la qualité. Poète et écrivain reconnu, Christian Malaplate a mûri une grande expérience de passeur de poésie et d’animateur de scènes ouvertes où jusqu’ici quatre mille poètes ont pu s’exprimer, apprenant à mesurer leur univers intime à l’échelle branlante d’auditoires exigeants et sensibles.

Enfin, grâce aux lectures denses et pertinentes de Claire Dutrey et à la présentation illuminée de Christian Malaplate, ceux qui voyaient Kim WAAG pour la première fois ont été bien aidés à en entendre et savourer à fond le message poétique.
Certes, l’envie demeure, en moi, d’assister prochainement à une performance poétique et musicale de Kim WAAG, comme « L’envol » par exemple, dont j’ai pu apprécier à la maison le splendide CD.
En manque de la dimension spectaculaire, qui fait évidemment partie de la personnalité de notre invitée, elle a pu néanmoins dialoguer de façon approfondie avec les autres poètes présents, ce qui a rendu finalement cette rencontre chaleureuse et sincère.

Accompagnés par la voix incontournable de Claire Dutrey, vous lirez ci-dessous quelques-uns des poèmes publiés dans « Paix dans le cœur. Un chemin de poèmes rassemblés ».
Ils correspondent, je crois, à une suprême exigence de décantation de l’essence et de l’essentiel de la vie, que Kim Waag a voulu extraire du magma d’une incessante création au service de la musique et de sa dimension théâtrale.
Fille de Cécile Waag, elle aussi poète reconnue, Kim WAAG a suivi avec une rigueur tout à fait prodigieuse les deux parcours parallèles de la musique et du chant et celui des arts plastiques. À l’origine, elle chantait surtout et au fur et à mesure qu’elle apprenait à créer des musiques d’accompagnement (d’abord aux poèmes de sa mère) elle a atteint un niveau de maîtrise musicale et de familiarité avec les mots lui ouvrant les portes de la poésie, sous forme de paroles pour ses chansons ou de poèmes libres tout à fait autonomes.
Je vois en ce parcours, et dans son penchant pour la mise en scène de spectacles au sens accompli, une véritable vocation théâtrale, la seule qui peut justifier d’ailleurs la cohabitation en elle de nombreux talents qui, en dehors de l’événement théâtral, se feraient réciproquement la guerre.
Je ne peux pas développer ici une trop longue réflexion que j’ai à cœur, sur le rapport entre la poésie et la chanson. Une grande partie des auteurs de chansons — Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens, Georges Gainsbourg, Léo Ferré et Barbara, par exemple — sont des poètes et même de grands poètes. En tout cas, tout en partageant ce qu’observe Christian Malaplate dans une émission de « Traces de lumières » consacrée aux poèmes en musique, je crois qu’en général la poésie n’ayant d’autre accompagnement que la musique des mots est finalement autre chose vis-à-vis de la chanson. Comme il arrive entre le roman et le film qui s’y inspire, il y a une distance, un décalage important entre la poésie et la chanson. Et aussi entre la chanson et la poésie accompagnée par la musique.

Je crois que Kim WAAG, ayant tout expérimenté de ces trois possibilités expressives, mérite toute notre attention pour chacune d’elles. Est-ce qu’elle se prend jusqu’au bout au sérieux ? se dérobe-t-elle, au contraire, comme une jongleuse très habile, aux lourdes responsabilités que comporte l’être, par exemple, une poète ?
Elle nous a confié que son but est la légèreté…

Par la seule musique des mots, dans ce recueil où le passé s’invite à petits pas, on découvre le désir irrépressible de revenir à l’intime, à la rêverie des « amours en cage » dont le dénouement, forcément caché, est quand même protégé par la mémoire.

Ce passage crucial de l’autodévoilement poétique de Kim WAAG me fait brusquement souvenir — pardonnez-moi de cette digression — d’une inoubliable promenade à Bruxelles, avec un couple d’amis très chers. Lui, un architecte totalement imprégné de culture française ayant eu une mère parisienne, nous conduisait avec légèreté et enthousiasme par les sentiers magiques de ses traversées universitaires, nous faisant découvrir de l’intérieur ce que Bruxelles était alors, dans les années 1970 et ce que cette ville extraordinaire demeure aujourd’hui, dans les années 2010. Notre promenade pleine de rires et de haltes aux comptoirs de la « Mort subite » s’échoua dans un petit café-bistrot derrière la Grande Place. Cette fois-là, nous ne nous arrêtâmes pas à boire : notre ami, à la vitesse d’un lièvre, nous invita à traverser des salles carrées combles de gens chuchotants… jusqu’à un petit escalier bien caché derrière un portemanteau très chargé.« Et puis, on montait là-haut ! » dit-il s’accompagnant d’un geste aussi inconsolable qu’élégant avant de faire demi-tour.
C’est dans la communion des émotions et dans le partage de nos plus douloureux secrets que la poésie et la joie de vivre se déclenchent à l’unisson.
Il suffit d’un seul geste, comme celui de mon ami de Belgique au bout d’une traversée fort évocatrice.
Il suffit d’un seul vers, au milieu de la « Traversée » poétique où Kim WAAG nous convie :

« Serait-ce de mauvais augure
De vouloir se débarrasser
Des images les plus obscures
Décramponnées à son passé ?

Mémoire comme citadelle
Préservant des amours en cage
S’attache à cette sentinelle
Ridée… »

« Il y a de belles salles, à Montpellier et partout dans la France, pour des retours éphémères à l’âge d’or de l’Arcadie poétique… », m’a soufflé dans l’oreille mon voisin de banc. « Tandis qu’ici, à Paris, tout semble se rétrécir ! En tout cas, même ici, avec la contrainte de s’exprimer sur un seul pied comme les grues, la scène ouverte a marché aussi bien pour l’invitée que pour les poètes présents… »

Giovanni Merloni

Claire Dutrey lit « Les routes » et « Écriture » de Kim WAAG

Les routes

Il est des routes droites
Rapides, attirantes
Des chaussées peu étroites
L’allure rassurante

Il est des routes courbes
Qu’on parcourt solitaire
Pour esquiver les fourbes
On accroît le mystère

Il est des routes sombres
Où l’on ne comprend pas
Ce qui agit dans l’ombre
Où s’égarent nos pas

Il est des routes fausses
Souvent l’on se fourvoie
Mais le destin nous hausse
Vers de multiples voies

Il est des routes vertes
Vibrantes de l’espoir
Peuplées d’hommes alertes
Toujours prêts à y croire

Il est des routes claires
Qui s’ouvrent devant nous
Dispensent la lumière
Que le matin dénoue

Alors toutes ces routes
Qui nous voient cheminer
Accompagnent nos doutes
Forment nos destinées

Kim Waag, Les routes, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, pages 8-9

Kim WAAG etClaire Dutrey

Écriture

Rentrer en soi
Respirer l’espace intérieur
Cheminer le long de ses silences
Traverser les sentiers du temps
comme autant de possibles trajectoires :
Terres inconnues de l’écrit
Dont le mijotement tressaille au-dedans.

Nous, humbles créateurs de sons et d’images
Avançons à tâtons vers le profond de notre être
En pénétrant tout un monde mouvant.

Alors qu’on ne croit que décrire,
Les phrases emmènent bien plus loin les pensées
Dans des contrées encore inexplorées, en quête de vérité
La musique des mots anime des paysages singuliers
Qui notre vision transforme.

En ce voyage, Nul ne peut à l’avance connaître
Étapes ni destination.
Ainsi que l’Aimé toujours est inconnu
Après bien des années traversées ensemble
au coin du même feu,
Nous sommes à nous-mêmes des inconnus
À mesure que nous défrichons des terres nouvelles
jusqu’alors ignorées

Se tromper,
Hésiter,
Mot à mot avancer comme pas à pas
Ou se laisser aller dans un torrent de sensations
en longues phrases échevelées,
Revenir sur ses pas
Et, dans l’interrogation d’un regard chercher encor et encore
Quelle identité on ignore

Tandis que les poètes défunts s’amusent aimablement de
Nos inquiétudes d’explorateurs amoureux de mots
Et de rythmes
Qui fouillent la nuit noire,
Fébrilement nous inventons ces trésors porteurs de joie !

L’homme se cherche
Et par moments se trouve
Dans l’orchestration des paroles qui le façonnent

Pendant que la plume
Dessine les traits de cet incantatoire trajet
L’être s’épanouit dans une plénitude.

Kim Waag, Écriture, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, pages 10-11

Claire Dutrey lit « Traversées » de Kim WAAG

Traversées

Voilà, ce matin j’ai brûlé
Des pans entiers de mon passé
Livrets pleins de mes écritures

De vieilles lettres abîmées
Et des almanachs éraflés
Des cahiers noircis par l’usure

Les flammes brûlaient mon visage
Et je voyais
Se consumer page après page
Tout mon passé

Dans le cœur une égratignure
Jusqu’à présent dissimulée
Révèle comme une fêlure
Une promesse effilochée

Un éclair tel une étincelle
Un tourment d’avant l’orage
Un souvenir infidèle
Fumée

Un coup de vent a emporté
Quelques feuillets tout enflammés
Arrachés à quelques brochures

Et devant mes yeux affolés
Un tas de brindilles allumées
Mit le feu dans l’herbe en griffure

Les flammes brûlaient mon visage
Et je tapais
À toute force sur les branchages
Entremêlés

Serait-ce de mauvais augure
De vouloir se débarrasser
Des images les plus obscures
Décramponnées à son passé ?

Mémoire comme citadelle
Préservant des amours en cage
S’attache à cette sentinelle
Ridée…

Quand le feu se fut arrêté
Laissant la place nettoyée
Pour la repousse de la nature

Sous les brindilles calcinées
S’exhalait un air parfumé
Prémices d’une vie future

Le soleil dorait mon visage
Et je voyais
Quelques morsures d’un autre âge
Se refermer

J’ai respiré la démesure
D’une soudaine étrangeté
Plus de repères dans l’aventure
Les tourments se sont envolés

Je ne me sens même plus frêle
Pas docile et pas trop sage
C’est la fête qu’une vie nouvelle
Présage

Maintenant que j’ai déroulé
Des pans entiers de mon passé
Enfin je me sens plus légère

L’histoire n’est pas oubliée
Mais les flammes l’ont épurée
La vie présente est une fête !

Kim Waag, Traversées, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, pages 31-33

Claire Dutrey lit « L’infini » de Kim WAAG

L’infini

Que dit le batelier quand il navigue au loin,
Se laissant balloter au gré des vagues nues
Il avance au revers de la mer qui l’accueille :
Perpétuel roulis de la masse bleutée

Son regard se répand bien plus loin que la houle,
S’il cherche une limite à cette immensité
Alors sa vue se voile et son cœur est troublé,
Qui peut voir au-delà de l’horizon sans fin ?

Parti tôt ce matin relever ses filets
Dans le bercement calme, augure de l’aurore
Il aimerait pouvoir voguer sans aucun but
Se laisser dériver, explorer l’inconnu

Se remplir de lumière, accueillir les embruns
Sur ses joues, sur ses mains, lécher sa peau salée,
Se nourrir de soleil, sourire à l’Univers,
Dormir tout éveillé en respirant le ciel

Et son âme s’élève en un rayon de l’aube
Il revoit sa famille et ses amours passés
Son enfance joyeuse et ses parents défunts
Il rejoint tous les êtres, connus ou inconnus

Kim Waag, extrait de L’infini, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, page 47

Claire Dutrey lit « À la fin du jourL’infini » de Kim WAAG

À la fin du jour

À la fin du jour,
Quand l’agitation se dissipe
Pour laisser au crépuscule
La primeur d’un apaisement

À la fin du jour
Je m’étends près du tilleul
Pour accueillir les premières lueurs de nuit

À la fin du jour
Regarde les vols criailleurs des hirondelles
avant la sombritude
La silhouette des cèdres
encore éclairés vers l’ouest

Les nuées de moucherons groupés
Qui se déplacent en ondulant
Dans un bruissement d’air
Douceur de l’air, fraîcheur des plantes arrosées

Puis les chauves-souris au vol zigzagant
Comme ivres ou affolés.

À la fin du jour,
Les yeux perdus dans la vastitude du ciel
Je revois pas à pas le film de la journée écoulée :

Tumultes d’actions enchaînées sans relâche
Tâches accomplies,
Projets à peine ébauchés

À la fin du jour
Sous la voûte apaisante
L’agitation se dissout

Le corps lentement se dénoue
Il n’est plus temps pour les tracas

À la fin du jour
Même les arbres se calment
Et tous les petits insectes de l’herbe
S’endorment dans le soir

Avec Vénus et les premières étoiles,
Étincelles dans le noir
Tremblant sous la voûte immense,
Les oiseaux sont allés dormir

L’esprit s’élargit, la peau respire
Les pupilles se dilatent
Pour plonger dans l’océan de la voûte

Alors s’accueille avec bonheur
Le Silence.

Un disque argenté
Nage sur l’étang du soir
La lune est tombée !

Kim Waag, À la fin du jour, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, pages 64-66

 

Claire Dutrey lit « Faire silence » de Kim WAAG

Faire silence

Face aux pensées qui nous assaillent
En éboulis d’émotions
Faire silence

Devant les trop-pleins d’arrogance
Dans les tourments de nos courroux
Faire silence

Dans les fossés où la démence
Parcourt ce monde en dissonance
Faire silence

Devant la beauté du zénith
Intuition d’une clairvoyance
Faire silence

Au côté de l’être adoré
Nourri de cette connivence
Faire silence

Dans la nef d’une cathédrale
Dont les vitraux au soir s’animent
Faire silence

Au chevet d’un ami défunt
Recueilli dans la souvenance
Faire silence

Assis à l’ombre d’un tilleul
Tout recueilli dans sa présence
Faire silence

Faire silence
Et habiter ce silence
D’une paix tout en nuances.

Kim Waag, Faire Silence, dans « Paix dans le cœur », La Nouvelle Pléiade, pages 68-69

Christian Malaplate présente « Paix dans le coeur » de kim WAAG

Le recueil « Paix dans le cœur » de Kim WAAG est la parfaite fusion des notes et des mots sur les chemins de vie. Et sur les rives de la mémoire il y a les chants de l’âme, malgré « les turbulences du temps ». Pour Kim WAAG l’essence de la vie, c’est le voyage intérieur.
Parce que la vie est un mélange d’ombres et de lumières, elle écrit :

Rentrer en soi
Respirer l’espace intérieur
Cheminer le long de ses silences
Traverser les sentiers du temps comme autant de possibles
trajectoires :
Terres inconnues de l’écrit
Dont le mijotement tressaille au-dedans

Elle sait dessiner l’ondulation de la vie. Elle devine que la musique énonce un secret dans la portée où affluent nos désirs. Dans la poésie de Kim WAAG, les voix aussi sont une invitation à la danse et à une longue communion des sens. Un désir d’éveil continuel. Il y a aussi toutes ses vibrations intimes qui sont inséparables du sentiment de la nature amie, confidente et consolatrice que nous associons à nos joies et à nos peines. Il faut savoir s’élever comme le « Goéland » :

En vol ascendant dans l’air immense
Plane, plane au-dessus de la mer.

Dans « Paix dans le cœur » la sonorité des mots est une création permanente d’images qui devient une méditation pour obtenir le calme de l’esprit et la paix du mental. Le moyen d’entrer en harmonie avec soi c’est aussi de savoir cultiver le silence.

Dedans, un monde de silence habité par l’esprit
Je me relie à tous ces êtres
Et retrouve en chaque lieu la paisible subtilité.
C’est un moment de reliance au ciel et à la terre.
À l’essentiel de la vie.
Gratitude.

Christian Malaplate

Christian Malaplate

Kim WAAG, poète, membre de la Société des Poètes Français et des Poètes sans frontières, également musicienne, plasticienne et danseuse!
Livres déjà parus : « Mer Force 7 », « Peintures en Haïkus ». Et deux CD de ses compositions en chanson poétique : « MykiVe » et « Envol ».
Lauréate de prix de poésie, à Terres de Camargue et de trois prix aux jeux floraux de Narbonne.
Organise des soirées de poésie à Palavas-les-Flors, avec l’association Cadence Art Vocal
.

Kim WAAG

Claire Dutrey et d’autres poètes participants

Alain Morinais et Marie VermuntOlivier Lacalmette

« Chaque siècle fera son œuvre, aujourd’hui civique, demain humaine… » (Claire Dutrey et Jean d’Albi à Saint-Lubin des Joncherets pour le centenaire du 11 novembre 1918 )

11 vendredi Jan 2019

Posted by biscarrosse2012 in théâtre et cinéma

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Claire Dutrey

Il y a deux mois, le 11 novembre 2018, c’était le centenaire de l’Armistice qui annonça la fin de la Grande Guerre entre la France et l’Allemagne.
J’avais déjà entendu, au cours de ma vie, raconter et fantasmer avec d’infinis accents différents la chronique et l’histoire de la plus grande tragédie européenne, où l’Italie était concernée aussi, avec son épouvantable tribut de morts et de blessés ; avec la participation de quelques-uns de mes ancêtres tandis que d’autres entre eux s’exprimèrent publiquement pour qu’on recherchât une solution pacifique des conflits en Europe.
Sinon, j’ai lu des livres inoubliables et vu des films à bout de souffle qui m’ont aidé à assimiler l’essence profonde de cette guerre monstrueuse : un véritable carnage qui n’a nulle part apporté la paix quitte à renforcer pour le bien ou pour le mal les sentiments identitaires de chacun des peuples concernés.
En Italie, on a dit que cette guerre horrible a été le ciment de l’unité nationale bien au-delà de ce qu’avaient pu faire le Risorgimento et les opéras de Giuseppe Verdi. Si « Va pensiero su l’ali dorate » avait été le véritable hymne de la jeune nation italienne après la troisième guerre d’indépendance, la prise de Rome (1870) et le transfert là-bas de la capitale, « Il Piave mormorò/ non passa lo straniero » fut le chant d’un pays qui réagissait finalement à l’unisson aux attitudes impérialistes et belliqueuses des anciens occupants en quête de revanche.
En France, le sentiment patriotique se conjugue toujours à une grande civilisation où fusionnent la tolérance et l’amour de la « vie en paix ».
J’ai aimé la France pour plusieurs raisons, dont quelques-unes sont liées à la fascination de sa langue, véhiculant en moi tout un monde de personnes et de choses que la langue même embellissait : un pays que j’avais gardé dans un écrin, sous une subtile couche de poussière… Un jour, ce pays est sorti de sa boîte miraculeuse et s’est mis à danser autour de moi, profitant de la musique douée de corps et d’esprit d’un immense carillon… Au fond — et je sais que je ne me trompe pas —, j’aime la France parce que je reconnais au peuple français une nature aussi fière qu’ouverte à la connaissance et au respect des autres. Et je découvre un fil rouge qui relie entre eux les esprits fondateurs de cette culture — de Abélard à Montaigne, de Montesquieu à Diderot, de Voltaire et Rousseau à Victor Hugo, de Sartre et Camus à Gilles Deleuze —, le même fil qui relie les Français à travers les générations, malgré tous les accidents qui ont « dérangé » son parcours. Au temps de la « globalisation », chaque pays résiste à sa façon au nivellement des comportements tout comme à l’uniformité de l’injustice sociale que voudrait de plus en plus imposer un capitalisme désormais structuré selon le modèle nord-américain avec ses ondoiements et ses crises. Les Français essaient de se défendre en faisant appel à leur culture, à la voix de leurs poètes, de leurs écrivains, de leurs hommes de théâtre. Il s’agit heureusement d’un peuple assez cultivé, qui est capable de mettre en scène la réalité de nos temps, s’interrogeant à fond, voire dialectiquement, sur la destinée, même la plus dramatique, de notre civilisation, en retenant mon admiration dévouée et sincère.
Cependant, j’ai à présent le redoutable sentiment de vivre, dans notre monde occidental et en France aussi, dans une époque qui va se terminer… de façon assez traumatique pour les populations concernées. Il y a cent ans, comme nous l’a rappelé Claire Dutrey en lisant la célèbre « Petite auto » de Guillaume Apollinaire, une autre époque aussi se terminait avec la guerre…
Aujourd’hui, je me demande comment a-t-il été possible que des guerres horribles aient pu se dérouler dans le cœur même de cette Europe dans laquelle j’aimerais maintenant pouvoir reconnaître une seule grande patrie. En même temps, j’ai peur de rêver : puisque l’Europe unie et politiquement solidaire serait une force culturelle et économique prodigieuse par rapport aux autres continents de la planète et que ses adversaires visibles et invisibles font le possible pour empêcher son évolution positive en essayant de la diviser, j’ai peur que les difficultés internes à chaque pays provoquent un jour des pas en arrière, voire des incompréhensions et rivalités dangereuses entre les nations européennes. Je m’interroge alors au sujet du sentiment patriotique de chacun des peuples d’Europe… Est-ce que le patriotisme appartient de façon exclusive aux gens qui aiment la guerre ou considèrent la guerre, en ses multiples facettes, comme la seule façon de résoudre les conflits entre les nations ? Est-ce qu’on peut avoir, au contraire, des sentiments patriotiques profonds tout en étant irréductiblement contraires à la guerre en toutes ses formes ?

11.11.2018, Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Claire Dutrey, Jean d’Albi et le Chœur d’hommes de trois vallées : «  La Française » : chant héroïque, musique Camille Saint-Saëns, paroles Miguel Zamacoïs

« En avant contre la traîtrise
Des bandits sans honneur et sans foi !
Les alliés ont pour devise
La Justice et le Droit. »

Quand Claire Dutrey m’a invité à Saint-Lubin des Joncherets pour la Célébration de l’Armistice du 11 novembre 1918, je savais dès le départ que j’y aurais retrouvé le même esprit, la même conception et les mêmes sentiments patriotiques et pas du tout belliqueux que j’éprouve envers mon pays d’origine et mon pays d’adoption.
Comme en d’autres occasions je m’attendais à une espèce de dîner de Babette que Claire allait préparer… Depuis des mois, elle travaillait avec Jean d’Albi aux « lettres des poilus », d’abord pour faire un choix extrêmement difficile, ensuite pour savourer et pénétrer en profondeur dans l’âme de chaque texte, qu’elle lisait et relisait à l’infini… Elle m’avait parlé avec enthousiasme de ces lettres comme d’un véritable laboratoire littéraire sur le thème douloureux et délicat de la nostalgie et du mystère de la mort. Moi, j’avais tout de suite pensé au sentiment de solidarité et de pitié que suscite la voix d’un homme obsédé par l’attente de ce qui se passera demain, au moment de l’assaut ou d’une action quelconque. Se console-t-il dans l’hypothèse d’une fin glorieuse… ou alors crache-t-il bruyamment sur « cette guerre infâme » ? Est-il en mesure de penser à l’avenir ?

11.11.2018. Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Chœur d’hommes dirigé et accompagné au piano par Jean d’Albi : « Verdun », chanson de Michel Sardou

Pour celui qui en revient,
Verdun, c’était bien.
Pour celui qui en est mort,
Verdun, c’est un port.
Mais pour ceux qui n’étaient pas nés,
Qu’étaient pas là pour apprécier,
C’est du passé dépassé,
Un champ perdu dans le nord-est,
Entre Epinal et Bucarest,
C’est une statue sur la grand place.
Finalement Verdun,
Ce n’est qu’un vieux qui passe.
Même si l’histoire nous joue souvent
Le mouvement tournant par Sedan,
C’est du passé.
C’est la chanson des Partisans,
C’est 1515, c’est Marignan,
Dépassé.
Une guerre qui s’est perdue sans doute
Entre Biarritz et Knokke-le-Zoute,
C’est une statue sur la grand place.
Finalement la terreur,
Ce n’est qu’un vieux qui passe.
Pour ceux qu’on n’a pas revus,
Verdun, n’est plus rien.
Pour ceux qui sont revenus,
Verdun, n’est pas loin.
C’est un champ brûlé tout petit,
Entre Monfaucon et Charny,
C’est à côté.
C’est une sortie dans le nord-est,
Sur l’autoroute de Reims à Metz.
On y va par la voie sacrée.
Finalement, Verdun,
C’est un vieillard rusé.
J’ai une tendresse particulière
Pour cette première des dernières guerres,
Dépassée.
Bien sûr que je n’étais pas né.
Je n’étais pas là pour apprécier
Mais j’avais un vieux à Verdun
Et comme je n’oublie jamais rien,
Je reviens,
Je reviens,
Je reviens.
Parolier : Michel Charles Sardou

Comme la plupart de mes lecteurs le savent, désormais, je connais Claire Dutrey depuis à peu près six ans, l’ayant rencontrée la première fois en octobre 2012 à l’Espace Mompezat lors de mon exposition picturale auprès de la Société des Poètes français. Depuis ce premier rendez-vous, nous avons partagé d’inoubliables moments artistiques, poétiques et humains : la rencontre avec les jeunes peintres ukrainiens, invités par Claire et Vital Heurtebize après leur voyage poétique en Crimée ; le livre consacré à Jean-Jacques Travers, initiative à laquelle je demeure très attaché ; enfin, le véritable atelier d’écriture poétique autour de mes poèmes de jeunesse et de leur traduction à l’origine assez abrupte qui, grâce à l’intelligence interprétative de Claire, ont trouvé une façon de sortir du gué… Pendant ce temps, j’ai eu la chance d’être souvent emporté par l’enchantement de la voix récitante de Claire, qui nous transmettait à chaque rencontre les vers prophétiques de Vital Heurtebize… ou alors la voix même de Rimbaud, de Baudelaire, de Verlaine et Apollinaire…
Je fus énormément touché par le premier spectacle musical et poétique que Claire, accompagnée au piano par le « maestro » Jean d’Albi, avait consacré au « Temps d’aimer » de Vital Heurtebize auprès de la Mairie du 6e, place Saint-Sulpice.
Je compris alors que dans le cas de Claire on n’avait pas affaire qu’à une nature, c’est-à-dire à la grande sensibilité d’une lectrice très douée. Claire est une véritable actrice de théâtre : elle en a tous les moyens et la personnalité passionnée et intègre. En plus, c’est elle qui choisit, c’est elle qui établit les temps et les décors d’une mise en scène essentielle et riche à la fois. Parce qu’elle connaît la musique des mots, le poids des mots, l’importance du silence entre les mots. Comme plusieurs d’entre nous, pendant une période de sa vie, Claire a dû sacrifier à la famille et au travail son talent d’artiste et sa vocation théâtrale. Sans pourtant s’en éloigner. Trouvant, au contraire, la force et les moyens de s’organiser toute seule presque, tel un « atelier ambulant ».
Si l’on devine les échanges poétiques très fertiles qui se sont déroulés entre Claire et Vital Heurtebize par exemple, on peut jurer qu’une sorte de symbiose artistique s’est installée aussi, depuis des années désormais, entre Claire et Jean d’Albi. Donc, sans être forcément poétesse ou musicienne, personne ne peut nier que Claire ajoute toujours quelque chose d’unique et irremplaçable à la poésie de Vital ainsi qu’à la musique de Jean.

« Chanson de Craonne » Marc Ogeret — paroles anonymes (1917) sur une musique de Charles Sablon/ Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Chœur d’hommes dirigé et accompagné au piano par Jean d’Albi :

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés!

Cependant, le spectacle conçu et réalisé par Claire Dutrey et Jean d’Albi — avec la participation du chœur d’hommes de trois vallées — pour la célébration de l’Armistice du 11 novembre 1918 a été encore plus bouleversant et beau que celui que j’avais admiré à la Mairie du 6e.
D’abord parce qu’il y avait très peu d’officiel ou de rituel dans ce qui se passait devant mes yeux. En dehors de toute rhétorique, on offrait au spectateur une sorte de reportage oral à plusieurs voix des événements et des vicissitudes déclenchées par la guerre. Une véritable dialectique assez spontanée entre la voix de Claire, la musique de Jean et le chœur d’hommes. On a finalement assisté à une double direction d’orchestre ayant un chef dans le pianiste assis au beau milieu du chœur puissant et magnifique et l’autre chef dans l’actrice-lectrice, debout sur le côté droit de la scène.
Je devrais plus correctement parler de parfaite intégration réciproque entre le récital poétique et le concert que nous ont offert le piano et le chœur, mais je parle exprès de double direction parce qu’en fait les chansons et les chants militaires ne sont jamais séparés des récits de la guerre que la voix de Claire a fait vivre…
Cela a été une réussite absolue où les deux auteurs (Claire Dutrey et Jean d’Albi) et les trois interprètes (Claire Dutrey, Jean d’Albi et le chœur d’hommes) ont mis autant d’engagement et de passion dans la préparation et mise en scène que dans la réalisation concrète du spectacle. Toutes les personnes présentes à Saint-Lubin des Joncherets le 11 novembre dernier connaissaient déjà l’immense talent musical de Jean d’Albi, un homme aussi brillant que courageux qui ne cesse d’étonner et d’émouvoir le public de France et d’Europe avec ses directions d’orchestre, ses solos de piano et d’orgue et sa voix magnifique. C’est tout à son mérite la grande souplesse du chœur ainsi que la parfaite intégration de la musique et des voix soient-elles la voix récitante de Claire Dutrey ou la voix chantante du chœur d’hommes.
Tout au long de cette magnifique performance, où tout a marché à l’unisson, nous étions tous emportés par un sentiment profond de partage où finalement la guerre 14-18, jugée en pleine et soufferte objectivité, demeurait un patrimoine inaliénable de la nation française qui en était sortie victorieuse. Un message d’amour et de paix que les auteurs et les interprètes de cette « Célébration » ont réussi à faire passer, avec la douceur des larmes et l’énergie des cœurs.
Et la réussite de ce spectacle — qui va bien au-delà de ce qu’on pouvait attendre pour une célébration se mesurant forcément à des sentiments très enracinés dans la totalité du public — réside aussi dans le courage et l’énergie vitale dont Claire s’est chargée pour prendre sur elle-même, au pied de la lettre, toute la souffrance du monde.
Je n’exagère pas. Claire est une mère généreuse et prête à se sacrifier pour les autres. Donc, tout à fait naturellement, elle a saisi jusqu’à l’intime la tragédie de chaque famille attrapée par la guerre ou alors le désespoir de chacun des poilus en train d’envoyer, au pur hasard de la poste militaire, l’avant-dernière ou la dernière lettre aux siens. Faut-il plus de courage pour courir au dernier combat, ou pour dire à sa femme et à ses fils que tout va bien ? Cependant, Claire n’est pas qu’une femme et une mère. Elle est une véritable grande artiste. Elle sait donc qu’on doit être toujours prêt à traverser la douleur et même à s’en remplir la gorge et les poumons tandis qu’il ne faut pas exhiber son propre chagrin !
Une fois, j’ai raconté un épisode concernant ma mère que m’avait raconté Claudia Lama, l’une de ses élèves parmi les plus intelligentes et dévouées. Professeur d’italien, latin, histoire et géographie aux écoles moyennes, ma mère était assez sévère et charismatique et, d’habitude, dans sa classe ne volait même pas une mouche. Un jour, lisant une des lettres des condamnés à mort de la Résistance, elle ne sut retenir ses larmes et ses sanglots, ce que son élève très sensible critiqua, comme s’il s’agissait d’une sorte de chantage moral.
— Et non, il ne faut pas faire ça ! me dit Claire, s’accompagnant par un sourire.

Giovanni Merloni

11.11.2018 Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Claire Dutrey lit « Déclaration de guerre » de Vital Heurtebize

Tandis que, sur le mur, le brigadier placarde,
rouge, « l’appel de la Patrie » à ses enfants,
que la foule accourue, incrédule et hagarde,
se bouscule, à celui qui prendra les devants,

de mon balcon de pluie où je monte la garde,
mains dans mes pantalons et cheveux à tous vents,
j’écoute la rumeur qui monte, et je regarde
sous mes pieds s’agiter tous ces spectres vivants.

Car ils sont déjà morts, ces fils de la Patrie !…
dix fois, vingt fois, cent fois ! et leur carne pourrie
se mélange à la boue en de puants magmas,

depuis longtemps !… Mais n’allons pas gâcher la fête,
car, pour l’heure, il vaut mieux qu’ils ne le sachent pas
et qu’ils aillent au feu, fleur à la baïonnette…

Vital Heurtebize, « Déclaration de guerre », sur « Le temps des hommes » 2014. Éditions Nouvelle Pleïade

11.11.2018 Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Claire Dutrey lit « La petite auto » de Guillaume Apollinaire

Le 31 du mois d’Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l’Europe
Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m’en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s’étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l’Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s’en allaient mourir
Saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l’homme combat
Plus haut que l’aigle ne plane
L’homme y combat contre l’homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d’une opulence inouïe et d’une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

Et quand après avoir passé l’après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l’on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître.

Guillaume Apollinaire, « La petite auto », dans « Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre » 1918

11.11.2018. Célébration de l’Armistice à Saint-Lubin des Joncherets. Chœur d’hommes dirigé et accompagné au piano par Jean d’Albi : « Non, non plus de combat » chanson anonyme écrite dans les tranchées au moment des mutineries de 1917

Non, non, plus de combats !
La guerre est une boucherie.
Ici, comme là-bas
Les hommes n’ont qu’une patrie
Non, non, plus de combats !
La guerre fait trop de misères
Aimons-nous, peuples d’ici-bas,
Ne nous tuons plus entre frères !

« Chaque siècle fera son œuvre, aujourd’hui civique, demain humaine… » 

Au bout de cette journée extraordinaire, j’ai eu la sensation précise d’une émotion partagée profondément et sincèrement où la condamnation de la guerre-boucherie ne faisait qu’un avec la pitié que chacune des lettres des poilus avait provoquée. Pitié et bien sûr questionnements en chaîne sur ce dialogue avec la mort mystérieuse et imminente… Tout cela m’a fait souvenir de la scène finale (1) d’un des romans les plus lucides et clairvoyants de Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, où m’avaient justement étonné la profondeur et le tempérament de deux personnages — Cimourdain et Gauvain — fort emblématiques de cette époque marquée par la Terreur et pourtant dense des valeurs fondatrices d’un monde nouveau. Cette scène se termine avec une phrase de Gauvain qui serait inimaginable sur la bouche de n’importe quel condamné qui va bientôt mourir : « je pense à l’avenir. »
Neveu du marquis de Lantenac, homme phare de la contre-révolution en Vendée, Gauvain avait rejoint l’armée républicaine où son aîné Cimourdain l’avait accueilli comme un fils. Au bout du roman, après une série impressionnante d’actes d’héroïsme, Gauvain se trouve condamné à mort par la même loi qu’il a signée en ordonnant de l’afficher sur les murs, parce qu’il a libéré son oncle Lantenac, un vieillard « meurtrier de la patrie » qui avait pourtant sauvé trois enfants. À la veille de l’exécution, une discussion acharnée se déclenche entre Gauvain qui professe son credo et son « père d’adoption » et maître Cimourdain qui, tout en ayant décrété sa mort, est toujours fasciné et fort troublé par ses utopies.

« – Gauvin, reviens sur la terre [lui dit Cimourdain]. Nous voulons réaliser le possible.
— Commencez par ne pas le rendre impossible.
— Le possible se réalise toujours.
— Pas toujours. Si l’on rudoie l’utopie, on la tue. Rien n’est plus sans défense que l’œuf.
— Il faut pourtant saisir l’utopie, lui imposer le joug du réel, et l’encadrer dans le fait. L’idée abstraite doit se transformer en idée concrète ; ce qu’elle perd en beauté, elle le regagne en utilité ; elle est moindre, mais meilleure. Il faut que le droit entre dans la loi ; et, quand le droit s’est fait loi, il est absolu. C’est là ce que j’appelle le possible.
— Le possible est plus que cela.
— Ah ! te revoilà dans le rêve.
— Le possible est un oiseau mystérieux toujours planant au-dessus de l’homme.
— Il faut le prendre.
— Vivant.
Gauvain continua :
— Ma pensée est : Toujours en avant. Si Dieu avait voulu que l’homme reculât, il lui aurait mis un œil derrière la tête. Regardons toujours du côté de l’aurore, de l’éclosion, de la naissance. Ce qui tombe encourage ce qui monte. Le craquement du vieil arbre est un appel à l’arbre nouveau. Chaque siècle fera son œuvre, aujourd’hui civique, demain humaine. Aujourd’hui la question de droit, demain la question du salaire. Salaire et droit, au fond c’est le même mot. L’homme ne vit pas pour n’être point payé ; Dieu en donnant la vie contracte une dette ; le droit, c’est le salaire inné ; le salaire, c’est le droit acquis.
…
Et il reprit :
« – Ô mon maître, voici la différence entre nos deux utopies. Vous voulez la caserne obligatoire, moi, je veux l’école. Vous rêvez l’homme soldat, je rêve l’homme citoyen. Vous le voulez terrible, je le veux pensif. Vous fondez une république des glaives… […] je fonderais une république d’esprits.
Cimourdain regarda le pavé du cachot et dit :
— Et en attendant que veux-tu ?
— Ce qui est.
— Tu absous donc le moment présent ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est une tempête. Une tempête sait toujours ce qu’elle fait. Pour un chêne foudroyé, que de forêts assainies ! La civilisation avait une peste, ce grand vent l’en délivre. Il ne choisit pas assez peut-être. Peut-il faire autrement ? Il est chargé d’un si rude balayage ! Devant l’erreur du miasme, je comprends la fureur du souffle.
Gauvain continua :
— D’ailleurs, que m’importe la tempête, si j’ai la boussole, et que me font les événements, si j’ai ma conscience !
…
Cimourdain reprit [sur un thème précédemment abordé par Gauvain] :
— Société plus grande que nature. Je te le dis, ce n’est plus le possible, c’est le rêve.
— C’est le but. Autrement, à quoi bon la société ? Restez dans la nature. Soyez les sauvages… […] contentez-vous du travail comme la fourmi, et du miel comme l’abeille. Restez la bête ouvrière au lieu d’être l’intelligence reine. Si vous ajoutez quelque chose à la nature, vous serez nécessairement plus grand qu’elle ; ajouter, c’est augmenter, c’est grandir. La société, c’est la nature sublimée. Je veux tout ce qui manque aux ruches, tout ce qui manque aux fourmilières, les monuments, les arts, la poésie, les héros, les génies ! Non, non, non, plus de parias, plus d’esclaves, plus de forçats, plus de damnés ! Je veux que chacun des attributs de l’homme soit un symbole de civilisation et un patron de progrès ; je veux la liberté devant l’esprit, l’égalité devant le cœur, la fraternité devant l’âme. Non ! plus de joug ! L’homme est fait, non pour traîner des chaînes, mais pour ouvrir des ailes. Plus d’homme reptile. Je veux la transfiguration de la larve en lépidoptère ; je veux que le ver de terre se change en une fleur vivante, et s’envole. Je veux…
Il s’arrêta. Son œil devint éclatant…
…
Un certain temps se passa ainsi. Cimourdain lui demanda :
— À quoi penses-tu ?
— À l’avenir, dit Gouvain.

Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, Le Livre de Poche Classique, 2001, pages 508-512

Excusez-moi pour cette digression, qui a sans doute alourdi mon récit de cet après-midi plein d »émotions à l’orangerie du château de Saint-Lubin des Joncherets. Cela me donne en fait la chance de développer une des questions primordiales qui montent à l’esprit lorsqu’on parle de condamnés à mort.
Gauvain (qui confie à Cimourdain ses idéaux les plus profonds) et le poilu (qui écrit à sa femme la veille de la bataille), ce sont tous les deux des condamnés à mort qui désirent transmettre, plus ou moins consciemment, leur testament moral ou alors l’inscription qu’ils voudraient voir gravée sur leur tombeau.
Mais, qu’ils soient croyants où qu’ils ne le soient pas, ils savent parfaitement que d’ici peu tout finira dans le néant tandis que leur corps sans souffle ne pourra transmettre — à ceux qui se souviendront d’eux et surtout à ceux qui les auront aimés — que la nouvelle de leur fin physique.
Le poilu qui est en train d’écrire aux siens ne sait pas si sa lettre atteindra son but ou si elle sera brûlée sur le chemin, mais sa confiance inébranlable envers la poste de guerre française lui octroie la tragique certitude que ses derniers mots seront lus et jalousement gardés, avec les témoignages de ses camarades survivants, de façon que sa mort physique ne tombe pas dans l’anonymat le plus total.
Devant le dernier acte de la tragédie de Gauvain — il ne proteste pas contre le vent de mort que tout emporte et s’apprête héroïquement à la guillotine tout en consacrant ses dernières énergies au dialogue extrême avec Cimourdain où il débite par le menu son credo merveilleux — le lecteur demeure contrarié puisqu’il devine que cet immense effort se révélera inutile, puisque celui qui devrait prendre le relais du testament idéal de Gauvain, totalement réfractaire à l’écoute, paraît figé sans remède dans l’obéissance à une loi brutale.
Ensuite, face au coup de théâtre final, qui prouve le contraire, le lecteur même se voit obligé de s’interroger sur la durabilité et le sens du mot « avenir », parce qu’en fait au même instant où la guillotine tombe sur le cou du condamné Gauvain, Cimourdain se suicide par un coup de pistolet sur la tempe. Cimourdain avait laissé entrouverte la porte du cachot pendant son long colloque avec Gauvain, mais personne parmi les survivants à cette double mort de 1793 n’aura pu écouter et puis raconter ce que les deux révolutionnaires échangèrent lors de leur dernière nuit.
Et Victor Hugo, au moment de transmettre cet extraordinaire message de civilisation et de progrès, aura été sans doute bien conscient d’accomplir un acte de foi dans le futur puisqu’il lançait ses fragiles feuilles de papier au-delà de la barrière du temps.

« Chaque siècle fera son œuvre, aujourd’hui civique, demain humaine… » : je crois qu’avec ces mots de Gauvain, Victor Hugo nous a laissé une prophétie qui n’est pas loin de s’être avérée, au-delà de nombreuses contradictions et preuves contraires, tout au long du siècle passé. Maintenant, nous en sommes derechef au siècle civique, ou, pire, à l’époque où une impressionnante vague d’analphabétisme de retour nous fait brusquement revenir à l’idée du « possible » que prêchait Cimourdain : une idée imprégnée de sauvagerie et de brutalité même plus qu’en 1793. Toujours est-il que le spectacle dont Claire Dutrey et Jean d’Albi nous ont fait cadeau — et le public a si vivement applaudi — nous laisse bien espérer, puisqu’il exprime de fond en comble la même aspiration à un nouveau « siècle humain » dont le sublime Gauvin de Victor Hugo n’avait été qu’un de ses premiers porte-parole.

Rentrant lundi soir à Paris, encore profondément touché par le magnifique spectacle et l’invitation de Claire dans sa maison au bord de l’Eure, je ne pouvais pourtant pas me libérer de la perception, sans doute partielle et contingente, que j’avais eue dimanche en traversant les lieux aux alentours du spectacle. On était dimanche, bien sûr, et jour de fête nationale en plus, et ces endroits étaient tout à fait nouveaux et inconnus pour moi… Cependant, en arrivant de Paris avec ma toute neuve voiture louée, j’avais imaginé de trouver un peu de vie à mon arrivée, à midi, dans la commune où j’avais réservé une chambre pour dormir… ou alors juste après 19 h, dans les deux villages attachés de Nonancourt et Saint-Lubin des Joncherets… Rien. Aucun confort, aucune enseigne de restaurant ou de pizzeria. Tous les habitants étaient retranchés chez eux. Donc, à midi, puisque la boulangerie n’avait pas envie de nous faire un sandwich, nous avons mangé des « paninis » enveloppés dans l’aluminium dans un « snack » à côté, tandis qu’au soir, nous nous sommes livrés à la gentillesse expéditive d’un traiteur chinois. Cela nous a fait épargner de l’argent, bien sûr… Toujours est-il que nous nous sommes demandé si tous les habitants de Nonancourt et Saint-Lubin étaient encore là, regroupés dans la salle que la voix de Claire et le chœur d’hommes dirigé par Jean d’Albi avaient pendant deux heures remplie de vie…

Giovanni Merloni

(1) L’échafaud est aussitôt dressé devant le château, et le marquis Lantenac, condamné rapidement par une commission militaire que préside Gauvain, son neveu, est prévenu qu’il mourra le lendemain au lever du jour. Pendant la nuit, Gauvain se rend au corps de garde où le marquis est détenu, essuie sans rien dire les reproches que le vieux chef des chouans lui jette à la figure et, quand il a fini, lui tend son manteau et son chapeau de soldat. Lantenac accepte, et le matin, quand Cimourdain vient chercher sa proie, c’est Gauvain, son fils d’adoption, qu’il trouve à la place du vieux rebelle. Il faut pourtant que force reste à la loi. Gauvain est condamné à mort sur les réquisitions du proconsul. Il monte sur l’échafaud préparé pour son oncle. Au moment où le couperet s’abat, un coup de pistolet se fait entendre : Cimourdain s’est brûlé la cervelle. Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, résumé.

Il suffit qu’au balcon de la nuit je me penche.. (rencontre des Poètes sans frontières avec Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod)

24 lundi Sep 2018

Posted by biscarrosse2012 in vital heurtebize e psf

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Claire Dutrey, Vital Heurtebize

Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod vendredi 21 septembre, à Paris

Il suffit qu’au balcon de la nuit je me penche.. (rencontre avec Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod)

Le dernier vendredi 21 septembre, avec grand émoi, j’ai participé à une extraordinaire réunion des Poètes sans frontières, association culturelle et humanitaire à la fois, se déroulant dans un accueillant local auprès du bassin de la Villette dans le 19e arrondissement.
C’était la première fois que Vital Heurtebize animait une rencontre de poètes à Paris après sa démission de l’association des Poètes français dont il a été l’incontournable Président pendant plus que vingt années.
À l’ordre du jour de cette « assemblée d’amis », il y avait la présentation du dernier recueil de poèmes de Jean-Noël Cuénod, chroniqueur judiciaire et grand reporter à la « Tribune de Genève » ainsi qu’écrivain et poète reconnu : « En État d’urgence », sorti en 2017 chez les Éditions de La Nouvelle Pléiade, Grand Prix de poésie des Jeux floraux du Béarn 2017, est un profond et lucide reportage poétique de ce qui s’est passé à Paris — et notamment dans la place de la République qui venait juste d’être transformée et livrée à son rôle de pôle citoyen majeur — dans l’un des moments les plus tragiques de notre histoire récente, marqués chronologiquement par le massacre du Bataclan du 13 novembre 2015 et le début de la Nuit début, quatre mois plus tard, le 31 mars 2016. Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod vendredi 21 septembre, à Paris

La présence, à côté de Vital Heurtebize, de Jean-Noël Cuénod, avec son livre juste et dense d’interrogations passionnantes, constituait déjà, en elle-même, la preuve de l’existence d’une profonde affinité, liant ces deux hommes hors du commun, qui allait même au-delà de l’œuvre extraordinaire de chacun d’eux : le même impératif moral et la même conscience face à nos collectivités menacées de régression dans la barbarie :
« La destinée collective et le destin individuel, affirme Jean-Noël Cuénod, se bousculent, se pénètrent… Agir sur ce qui doit être balayé pour faire advenir un monde où l’humain cessera enfin d’être écrasé par le Système cupide ».
« Le poète, dit Vital Heurtebize dans son commentaire au recueil de Cuénod, ne cessera jamais de croire en l’Homme, mais au prix de combien de désillusions ! Une vague d’amour passera toujours et repassera sur nos désespérances, et s’il n’en reste rien “qu’un peu de sel à nos âmes”, remercions-en le poète : il nous a montré la voie de l’honneur. » Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod vendredi 21 septembre, à Paris

En fait, la rentrée d’automne des Poètes sans frontières a marqué un tournant. Qu’est-il est arrivé, avant ? Qu’est-ce qu’on s’attend pour le futur ?
On a entendu Vital Heurtebize poser des questions essentielles, voire existentielles, à Jean-Noël Cuénod. On a entendu le poète « invité » exprimer son ressenti sur les événements qui ont bouleversé Paris et la France et demeurent lourdement présents dans notre quotidien de plus en plus hanté d’inquiétudes. On a entendu ce journaliste sensible et honnête développer des analyses, notamment sur la question épineuse de l’état d’urgence et de la Babel des propos contradictoires que nous ont livrés les Nuits debout place de la République…
Ensuite, on a entendu la voix sublime de Claire Dutrey, absorbée et nette, lire un extrait qu’on ne pouvait plus efficace et poétique à la fois :

« … Nuit Debout s’est couchée sans attendre son Grand Soir. Le flot de paroles n’a rien irrigué. Nous sommes toujours aussi secs. Et la place de la République a été nettoyée de tous les signes de la tristesse collective. Peluches, poèmes, fleurs, drapeaux, bougies qui faisaient luire des larmes les visages ne sont plus que détritus emportés par la voirie. Les derniers attentats ont recouvert les premiers d’une épaisse couche de salive et d’images.
L’état d’urgence, lui, reste permanent. Mais c’est d’un autre état et d’une autre urgence qu’il s’agit désormais. L’état d’urgence saisit tout être qui est traversé comme un éclair par la certitude de sa mort à plus ou moins brève échéance. Oh, certes, il se savait mortel, mais ce n’était qu’une idée chassée d’un revers de main comme une mouche inopportune. Et puis, l’éclair est tombé… tout est devenu urgence
…
La place de la République s’est vidée comme une piscine. Il ne reste que des pigeons sautillants et le reflet des nuages qui fait bouger les flaques. En haut, que se passe-t-il ? »

Jean-Noël Cuénod

Vital Heurtebize et Jean-Noël Cuénod vendredi 21 septembre, à Paris

Où est-elle la lumière ?
Et les poètes, que sont-ils devenus ?
Est-ce qu’un poète est toujours inspiré par la lumière, voire par l’honnêteté de l’esprit et l’intransigeance de l’âme ?
Dans l’une de ses réponses aux questions de Vital Heurtebize, Jean-Noël Cuénod avait dit aimer les poètes où l’on découvre la lumière. Et voilà que la lumière, synthèse des innombrables couleurs de l’existence, jaillit dans son texte « au ventre » de la vie :

« … Et les fumées du matin
Cachent encore des mystères

Nous respirons la poussière
Comme l’univers aspire
Ses planètes ses soleils
Pour en faire des trous noirs

Au ventre la lumière !
Des astres courent en nous… »

Jean-Noël Cuénod

 Vital Heurtebize et Claire Dutrey vendredi 21 septembre, à Paris

Tous les présents à cette réunion connaissaient les événements traumatiques qui avaient amené Vital Heurtebize à se séparer de sa créature la plus chérie. Oui, bien sûr, la Société des Poètes français existe depuis plus qu’un siècle, désormais. Mais c’est Vital Heurtebize qui l’a remise debout après une période de crise profonde. Cet homme généreux et combatif n’a fait que donner aux autres, se chargeant de toutes les besognes, de façon que l’association vive librement en multipliant ses initiatives en France et ailleurs. Il a d’ailleurs le grand mérite d’avoir cueilli au vol l’occasion d’un don à l’association pour qu’elle s’achète un siège, et c’est donc grâce à lui que depuis des années les Poètes français disposent, dans le quartier de l’Odéon, de cet Espace Mompezat dont des cohues de poètes et d’artistes ont pu profiter pour se rencontrer et se faire connaître.
Vital Heurtebize, voyant s’approcher un âge plus avancé, avait décidé un beau jour de passer le relais de la Présidence de l’association, sans pour autant se dérober à son rôle de guide, à son devoir de présence charismatique…
Tout en faisant partie moi aussi de cette association, je m’en étais éloigné les derniers temps pour une série de raisons personnelles, donc je ne connais pas les circonstances qui ont occasionné, comme on dit, la « conventio ad excludendum » qui a privé la Société des Poètes français de son homme meilleur.
Cependant, la déchirure a été sans doute violente et injuste, si Vital Heurtebize, dans son dernier recueil poétique, « Sur le Parvis du Temple », Éditions de La Nouvelle Pléiade, 2018, a finalement rendu public son effroi :

 .                          Claire Dutrey vendredi 21 septembre, à Paris

« Que sont “mes amis” devenus ?

Tous ces poètes que naguère j’ai connus,
des bruns, des blonds, plus ou moins grands, des gros, des maigres,
qui sont partis et jamais ne sont revenus ?…
Partis sur des propos envers moi plutôt aigres :

Me jetant à la face, un… mot, et s’en allant,
après m’avoir longtemps vénéré comme un maître,
avec mépris, ils m’ont privé de leur talent
que je n’avais pas su, selon eux, reconnaître… »

Vital Heurtebize

Oui, les poètes sont des hommes comme les autres. Et s’ils prêchent plus que les autres les bons sentiments, dont évidemment la fraternité, la solidarité, le respect, ils peuvent être plus que tant d’autres lâches et mesquins. Surtout quand ils sont en troupeau, comme les chiens et les loups, ils peuvent bien arriver à se passer du devoir de reconnaissance envers leurs pères et leurs mères !
Il m’est difficile de croire que des personnes que j’ai connues à l’espace des poètes français ont pu oublier ce que Vital Heurtebize a fait pour tout un chacun ainsi que pour la poésie française. Mais cela est arrivé, et il faut bien en prendre acte…

 .                        Vital Heurtebize vendredi 21 septembre, à Paris

L’avenir

Quand il faut s’arrêter, c’est bien simple, on s’arrête !
On lâche les brancards sans honte ni remords,
car on a su tirer assez loin la charrette
comme le cheval blanc que nous chante Paul Fort.

Sur le bord de la route on pose sa besace,
un maigre baluchon, mais devenu trop lourd,
il se trouvera bien quelqu’un qui le ramasse :
déjà, de toute part, on se presse, on accourt…

Tu verras ton labour dénigré tout de suite,
toi-même relégué parmi les vieux croûtons :
c’est qu’il faut du tableau gommer ta réussite…
N’avais-tu pas écrit naguère, « les gloutons » ?

Ils sont tous là ! prêts à griffer et prêts à mordre :
assoiffés de paraître, affamés de pouvoir,
ils vont sur ton passé répandre leur désordre…
« Le passé ! Circulez ! il n’y a rien à voir ! »

Va ! ne nous montre plus ces sourires moroses :
à quoi bon refuser qu’on te mette au placard ?
Dénigrer, condamner, c’est dans l’ordre des choses :
Les Fleurs de Baudelaire ont toujours leur Pinard.

Détourne ton regard de ce monde putride
pense à ton avenir et ne pense qu’à lui !
Sous ses lauriers ton front n’a pas pris une ride,
l’avenir n’attend pas : pour toi, c’est aujourd’hui.

Vital Heurtebize

Vendredi dernier, l’avenir est arrivé. Vital Heurtebize a retrouvé ses amis poètes les plus fidèles. D’autres reviendront, avec ce même enthousiasme de retrouver en cet homme bon et même trop démocratique leur repère et leur vie même.
Au bout de la rencontre, Claire Dutrey nous a fait cadeau de l’une de ses interprétations les plus spontanées, en nous livrant l’essence magique d’un poème particulièrement « vital » et touchant de Vital Heurtebize, où une « lumière blanche » nous amène l’écho solennel d’un amour extrême, très proche du divin :

La lumière blanche

Au balcon de la nuit, chaque soir, je me penche
et, chaque soir, je suis saisi du même émoi :
Je retrouve aussitôt cette lumière blanche,
et vive, et qui m’attend, et n’est là que pour moi !

Car elle est là, fidèle, à ma vie attachée
comme autour de mon corps une écharpe sans fin
qui me relie à mon existence passée
et m’entraîne vers l’autre inscrite à mon destin.

Et je suis là comme tulipe sur sa tige
que balancent des vents venus de nulle part.
Le vide sidéral me donne le vertige
et le froid perce sur mes haillons de vieillard…

Cette lumière est-elle blanche ? Je l’ignore !
je parle à l’infini ma langue de nabot.
Est-elle vive ? Elle est je crois bien plus encore !
Mais pour le dire, hélas, je n’ai pas d’autre mot.

Mais je sais qu’elle est là, pour moi, sans aucun doute
elle franchit d’un trait les mondes inouïs,
elle trace pour moi, dans l’univers, ma route
vers l’Ultime qui s’ouvre à mes yeux éblouis…

C’est ainsi chaque soir, cette lumière, blanche
et vive, me saisit et m’attache à ses pas :
il suffit qu’au balcon de la nuit je me penche…
Un soir je partirai mais ne reviendrai pas.

Vital Heurtebize

Claire Dutrey lit Vital Heurtebize (vidéo)

Giovanni Merloni

Vital Heurtebize : Le temps d’aimer

16 dimanche Mar 2014

Posted by biscarrosse2012 in vital heurtebize e psf

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Claire Dutrey, Vital Heurtebize

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J’avais longuement fréquenté le Centre Mompezat à Paris, siège de la plus ancienne société de poésie de France, surtout pour les aspects concernant mon activité de peintre, avant de connaître personnellement le Président, Vital Heurtebize.
En octobre 2012, lors de l’exposition, là-bas, de mes tableaux et dessins, j’ai finalement rencontré Vital Heurtebize dont j’ai pu immédiatement saisir la sensibilité et les immenses qualités humaines. Cependant, il m’a fallu du temps pour découvrir aussi son œuvre. Car Vital Heurtebize, tout comme les autres poètes de cette glorieuse association, ne vous impose rien, ne vous demande rien. Il ne se soucie même pas, je crois, de savoir si vous avez lu ou pas un de ses poèmes.
J’en avais lus quelques uns, découvrant tout de suite la valeur de sa poésie « Vitale », pleine d’énergie et en même temps élégante, légère, s’adaptant aux nuances lumineuses ou sombres que la vie nous offre ou nous impose, souvent de façon douloureuse ou désespérée.
Mais la pleine découverte et le coup de cœur devant la profondeur et le charme de ce poète, s’est déclenchée dans la soirée du 18 mars 2013, dans la Salle des Fêtes de la Mairie du VIème, lors du spectacle consacré au recueil poétique « Le temps d’aimer » dont j’ai essayé de tirer ci-dessous un extrait que j’espère représentatif.

000b_claire 180

Je ne suis pas capable de rendre ici l’émotion que ses vers — structurés, de façon presque invisible, selon une trame de théâtre et de vie — ont provoqué dans tous les présents. Mais je suis sûr qu’une contribution indispensable à cette « commotion » universelle vient  de la performance incontournable de Claire Dutrey dans le rôle de « liseuse par cœur » (ou pour mieux dire d’actrice). Elle a su assimiler jusqu’au bout le fond dramatique de cette épopée de l’amour créée par Vital Heurtebize, en allant même au-delà d’une simple interprétation fidèle.
Personne parmi les présents à cet événement unique n’oubliera, je crois, ni les longs foulards illuminés dans le noir de la salle, auxquels Claire s’agrippait comme à une bouée de sauvetage, ni son sourire effleurant les larmes.

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Comme vous avez pu comprendre, je suis très affectionné à Claire Dutrey ainsi qu’à Vital Heurtebize. Mais mon émotion spécifique, en cette occasion là, c’est d’avoir vu se réaliser, entre le poète et l’actrice, une merveilleuse rencontre humaine et poétique nécessaire à tout les deux. Un reflet de la quête et de la rencontre amoureuse qui anime les vers d’Heurtebize et se projette dans le théâtre de la vie. Tout comme dans ce poème, où la primordiale question est le besoin, de l’homme et de la femme, de se réaliser à travers l’union réciproque, le poète avait absolument besoin d’une voix qui sache incarner et aussi multiplier les effets de son chant silencieux.
(Je m’arrête ici, pour éviter de superposer quoi que ce soit à la beauté de ce « numéro deux » et de cette « solitude à deux » qui caractérise depuis toujours les grands amours…)

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tableau de Michel Bénard

Le temps d’aimer

Je te parle d’elle et tout s’envole :
Le ciel bat des ailes, mes mains
s’ouvrent, mes yeux se font corolles
dans ses yeux, sans fond, ni parfums !…

Je parle d’elle et c’est l’aurore :
tout rayonne aux rayons du jour !
Me taire, c’est parler encore
d’elle, c’est lui faire l’amour !…

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Dessin de Christiane Heurtebize

Je t’ai connue enfant de mes terres en friche,
moi fils de paysan et toi fille de riche …
moi, ma honte de sac, toi, ta pourpre d’orgueil …
et je ne savais plus, ma berge ou mon écueil,
toi, ton regard de femme aux doux chagrins de l’une
et moi, mes rêves morts au cœur de ta lagune !…

Toi, ta main dans ma main, moi, ma main dans la tienne
si l’un vient à tomber, qu’à l’autre il se retienne !

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Dessin de Christiane Heurtebize

Je veux savoir pourquoi tu m’habites la nuit !
si tu ne m’aimes pas que fais-tu dans mon rêve ?
si je ne t’aime pas dis-moi pourquoi j’en crève
et pourquoi dans mon cœur ton cœur fait tant de bruit ?

Si je ne t’aime pas quel est ce feu qui m’use ?
et si j’en dois mourir, je veux savoir pourquoi
mon corps brisé traîne avec lui ce mal de toi
si tu ne m’aimes pas, à quel jeu je m’abuse ?

003_heurtebize004 180

Dessin de Christiane Heurtebize

Quand mettras-tu pour moi cette robe de laine
aux couleurs de tes yeux, sans rubans ni bijoux
mais riche de ton cœur plus que robe de reine,
belle de tes attraits … et ton corps nu dessous ?

Mets ta robe !… et nos cœurs ne seront plus en peine :
tu sauveras le mien vendu trois francs six sous,
je bénirai le tien pour sa ferveur soudaine…
Mets ta robe,… et d’aimer, nos cœurs seront absous !

004_heurtebize005 180

Dessin de Christiane Heurtebize

J’allais par mes chemins, le cœur et les mains vides
d’avoir tant espéré mais jamais rien reçu
et le doute de toi montait, à mon insu,
car je sentais venir bientôt le temps des rides …

Lorsque soudain ma source à ton souffle a tremblé !
Ton appel s’est inscrit dans le vol d’une mouette,
mon âme s’est émue à ton chant d’alouette
et mon peuple à ta voix s’est enfin rassemblé …

005_disegno signora 180

Quand le jour s’agenouille au bord de ta fontaine
en faisant en secret frissonner tes roseaux,
laisse battre ton cœur sous ta robe de laine
et je t’enseignerai la langue des oiseaux.

Je te dirai comment ils m’ont appris ton nom
de leurs vols éperdus au cœur de mes feuillages,
et fait pleurer de toi, pour un oui, pour un non,
quand tes rires d’amour n’étaient qu’enfantillages.

Je te dirai ces temps où tu m’avais conduit
aux rives d’ombre noire où coule un goût d’absinthe
Quand tes pâleurs d’hier, de toujours, d’aujourd’hui,
laissaient mourir la fleur dont je t’avais enceinte.

Je te dirai ces temps où tu me fis gravir
les marchés de soleil jusqu’aux parvis du Temple
et mes renoncements à baiser le saphir
dont s’ornait sur tes seins ta robe simple et ample.

Je te dirai ces jours, et ces nuits, et ces jours
où le temps n’était plus qu’une lente agonie
quand le rythme du cœur, de ses battements sourds,
donnait un sens ultime à ta photo jaunie.

Je te dirai, je te dirai, je te dirai, …
mais que pourrais-je encore, au bout du temps, te dire ?
si tu ne ressens pas que mon verbe dit vrai,
si tu ne comprends pas ce monde auquel j’aspire …

Laisse le jour prier au bord de ta fontaine
et ton corps épouser la houle des roseaux …
je glisserai ma main sous ta robe de laine
et je t’enseignerai la langue des oiseaux.

006_heurtebize007 180

Ce silence étoilé qui caresse la terre
me ramène vers toi qui me l’avais appris :
ton visage s’y fond grave et lourd d’un mystère
auquel mon rêve fou n’a jamais rien compris.

Ce soir, avec tes mots impalpables, tes gestes
qui n’en finissent plus de danser leur ballet,
comme autrefois, tu viens, tu t’assieds et tu restes
là,… pensive et fidèle amante, à mon chevet.

Pour toi, l’air se parfume en des senteurs suaves…
Les manguiers assoiffés d’impossibles moussons,
témoignent de ma fièvre et du mal, quand tu graves
en les sillons déserts nos anciennes moissons…

Mais ce soir, les manguiers respirent en silence :
demain, le paysan creusera son labour
et moi, j’ai retrouvé la paix de ta présence :
elle me dit le temps prochain de ton retour.

Lorsque tu partiras, avant l’aube blafarde,
je sais déjà que sur la page du cahier,
tu marqueras, comme autrefois dans ma mansarde
d’une larme de toi, le poème à signer.

007_disegno signora (5) 180

S’est réveillé mon ciel à ton chant d’alouette
et tu m’as frissonné par tous mes champs de blé,
l’eau claire de ma source à ton souffle a tremblé,
ton geste s’est inscrit dans le vol de la mouette…

De la terre et du ciel, rien n’a plus ressemblé
qu’à toi !… Comme un vent fou, ta parole me fouette,
ton sourire fleurit dans mon âme muette
et mon peuple en ton sein s’est enfin rassemblé.

Pourtant, la mort m’attend et son ombre menace :
sournois, son braconnier dans la nuit tend sa nasse…
Elle est prête à frapper de ses coups durs et froids.

Oui, la mort qui revient, qui passe et qui repasse,
la mort qui me guettait, qui jamais ne se lasse,
la mort qui sur l’amour veut reprendre ses droits.

Vital Heurtebize

008_heurtebize006 180

.

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