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Archives de Tag: Jean-Jacques Travers

« Il me fut des instants au goût d’éternité… » : la disparition de Jean-Jacques Travers

16 mardi Août 2016

Posted by biscarrosse2012 in poètes français

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Jean-Jacques Travers

Version 2

Jean-Jacques Travers à l’Espace Mompezat, en 2015

« Il me fut des instants au goût d’éternité… »

La seule Vérité n’est que celle du cœur :
Que ceux qui me liront l’accueillent en mémoire…

Avec tout ceux qui l’ont connu, je suis très attristé pour la nouvelle cruelle de la disparition de Jean-Jacques Travers. Il nous laisse ses poèmes et l’histoire d’un personnage sage et hardi qui a voulu mesurer la vie sur ses seules forces et sur ses limites aussi, sans pourtant se dérober, même dans sa vie de poète et d’artiste de la vie, aux lourdes « règles du jeu ». Nous retrouvons dans ses poèmes les réflexions profondes et universelles d’un véritable poète qui a su garder intact son esprit sincère, « incapable » de vieillir : il n’a pas parlé que pour lui-même, il a parlé de nous tous et pour nous tous !
Et pourtant l’homme souriant et généreux de mystères nous quitte à jamais et cela est bien difficile à accepter… Le chagrin pour la disparition de Jean-Jacques Travers est indicible, car il aimait la vie et savait transmettre aux autres cet amour à chaque soupir, à chaque geste. Il avait évidemment beaucoup souffert, traversant une vie qui ne lui avait pas épargné les contrariétés : « Mais qui saura jamais ce que vraiment je fus ? / Le temps m’effacera comme une ombre insipide… » Cependant, il avait aussi connu « des instants au goût d’éternité »…
En relisant ses poèmes après sa mort, j’ai l’impression d’y découvrir quelque chose de nouveau, de surnaturel et d’intime à la fois. Comme si ces poésies de Travers avaient « traversé » elles aussi cette ligne invisible entre la vie et la mort devenant de but en blanc plus légères et coulantes encore. Car si l’essence de la poésie est la vie, la vie même coincide, pour Jean-Jacques Travers, avec l’amour : l’amour qu’on donne et celui qu’on reçoit, tandis que les instants de joie extrême, de folie ou de chagrin le plus intense se vérifient quand deux amoureux s’aiment réciproquement, jusqu’au bout, ou alors quand chacun de nous se sent pleinement accepté et reconnu par les autres : « Tout n’est qu’INSTANT… Et toi, dis, Tu m’oublieras ? »
Avec le thème constant de la séparation, imminente ou déjà endurée, entre le poète et les autres, entre la vie et la mort, dans sa poésie Jean Jacques Travers cultive aussi, en le privilégiant, le réflexe paradoxale, ô combien réel, de cette même séparation ou incompréhension : est-ce que je suis conscient de « la vie qui vit » en moi-même ? se demande-t-il tout en déclarant son « absence », son « étrangeté » : « ADIEU ma Vie /…/ Moi, ma folie/ N’était pas la tienne… » Car il y a un gouffre impossible à combler entre « la vie que nous avons vécue » et « la vie que nous étions » : « N’aurais-je jamais su m’y prendre avec ma vie ? »

Giovanni Merloni

002_JJ Travers - prix 180

Jean-Jacques Travers reçoit le Prix Manoir à l’Espace Mompezat, en 2004

Fin dernière

Que dira-t-on de moi quand je ne serai plus ?
Peut-être quelques mots… ressassés ou candides…
Mais qui saura jamais ce que vraiment je fus ?
Le temps m’effacera comme une ombre insipide…

Je n’ai que trop pleuré sur les secrets d’enfance,
Sur mes jours et mes nuits d’autrefois confondus,
Balafrés d’incertain au long de mes errances
Et de remords murés de frissons souvenus…

Il n’est plus d’avenir pour les contes de fées :
Ces vieux mots que j’écris, ces mots que Tu liras,
Ne sont que les échos d’antiques mélopées…
Tout n’est qu’INSTANT… Et toi, dis, Tu m’oublieras ?

In Manus tuas

Chaque jour je me quitte,
Plus ou moins,
Selon l’essor de mes ferveurs…

SEIGNEUR,
Donne à chacun
Un cœur
Pour son Destin…

Nihil obstat

ADIEU ma Vie,
Que tu t’en viennes,
Que tu t’en ailles,
Moi, ma folie
N’était pas la tienne.

A DIEU la Vie
Vaille que vaille…

Phrase finale

Le flux montant du soir sur la plage déserte
Me chuchote en secret que rien ne s’éternise,
Qu’est tous mes jours d’antan, frileusement inertes,
S’estomperont, pâlis, dans le Temps qui s’enlise…

Tant de bonheur fiévreux jusqu’à la défaillance !
Tant d’étreintes de feu sous des vents de folies !
Je ne suis plus qu’oubli si lisse et sans alliance :
N’aurais-je jamais su m’y prendre avec ma vie ?…

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Comme la mer, au soir, vers des creux de mystère
Je m’en retourne absent, sans bruit et sans clarté
Et je témoigne ainsi qu’au moins sur cette terre
Il me fut des instants au goût d’éternité…

Jean-Jacques Travers

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« Puisqu’il en est ainsi… » un nouveau recueil de poèmes de Jean-Jacques Travers

01 dimanche Fév 2015

Posted by biscarrosse2012 in poètes français

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Jean-Jacques Travers

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

« Puisqu’il en est ainsi… » un nouveau recueil de poèmes de Jean-Jacques Travers

« Mon âme est pleine de chagrin, pourtant je préfère ne pas me plaindre… » : par cette citation du poète suédois Pär Lagersvist, Jean-Jacques Travers entame ses Réminiscences. Un texte poétique qui rentre parfaitement dans son esprit extraordinaire, capable de nous amuser et nous étonner par sa vision philosophique tout à fait libre et libérée de tous les préjudices possibles. Un texte capable aussi de nous toucher intimement, en nous attirant dans un dialogue qui va de quelques façons nous changer. C’est bien sûr le changement du voyage, telle une révolution permanente tout au long de la vie de Jean-Jacques Travers qu’il partage avec nous lecteurs. Mais c’est aussi, surtout, le changement qui se vérifie mille et mille fois au cours de notre vie même. Les mille morts et les mille renaissances de l’homme observant son déchirement et son incrédulité vis-à-vis des merveilles qui s’évanouissent et celles qui s’affichent à l’horizon avant de frôler de près notre peau stupéfaite.
En avril 2014, j’avais présenté ce « vrai poète » à partir de vieilles publications qu’il m’avait gentiment prêtées. À présent, j’ai le plaisir de partager avec vous, avec ces Réminescences, la lecture de quelques poésies que je viens d’extraire du nouveau recueil de Jean-Jacques Travers : Quae cum ita sunt : Puisqu’il en est ainsi…, aux Éditions les Poètes français, disponible près de l’Espace Mompezat, 16, rue Monsieur Le Prince, 75 006 Paris.

Giovanni Merloni

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Réminescences

«Mon âme est pleine de chagrin,
pourtant je préfère ne pas me plaindre »
Pär Lagersvist

De tant d’aveux ourdis mais jamais proférés
J’ai malgré moi, ce soir, si douce souvenance
Que les rudes remous des remords abjurés
Vont s’effaçant, bercés de soyeuses cadences.

Ô vieux mots démodés, vos antiques splendeurs
Résonneront sans fin de nos fracas ultimes
Et ma voix incertaine en ces bris de ferveur
Épellera longtemps les prénoms trop intimes.

Et que restera-t-il de ce corps brun musclé,
De ces yeux, de ces mains, de ce cœur chaud qui vibre
Quand retentira l’heure abrupte et sans clarté,
Quand l’abstrait giclera de ses oblongues fibres ?

Ah que restera-t-il de mes crissants matins,
De mes blonds souvenirs, cendreuses transparences,
Mais que restera-t-il des rires enfantins,
Des fugaces fraîcheurs aux fragiles fragrances ?

Que restera-t-il donc d’une vie éphémère,
De tout ce qui fut MOI de Tout ce qui fut MIEN :
Une pâle mémoire, une carcasse amère,
Un prénom désappris et puis, un soir, plus RIEN…

Véhémences

J’ai vécu d’autres jours, j’ai connu d’autres lieux,
J’ai rêvé d’autres soirs, j’ai veillé d’autres morts,
J’ai tremblé d’autres soifs, j’ai humé d’autres cieux,
J’ai hâlé d’autres cœurs, j’ai hanté d’autres sorts,
J’ai hélé d’autres voix,
J’ai halé d’autres croix…

J’ai vu les nuits d’enfer, étouffé sous les chocs
Du vent polaire abrupt éructant sa rancune,
Et j’ai pleuré, livide en des déserts de rocs,
La mer polie et moite aux branchages de lune…

En des destins confus, verdâtres et vitreux,
Ma pauvre âme a craqué sous le gong des bourrasques,
Emmêlant ses sanglots aux suintements visqueux
Du sang des printemps morts aux parfums lents et flasques…

Mort au soleil ! Mort aux étoiles ! Mort au jour !
Viennent la nuit, la tempête et ses noirs supplices !
En ricanant le vent pourchasse mes amours
Dans les ruisseaux bourbeux, boursouflés d’immondices…

Laterité

Je n’aurai donc été que racleur de miracle,
Débrailleur d’idéal, débardeur d’ironie :
Me voici devenu déserté tabernacle,
Assèchement d’amont, lagune à l’agonie…

Chanson de mon cœur
(Sydãmeni laulu)

Ton Amour était là… Mais je n’en ai rien su :
Il me fut tant donné… Mais j’ai si peu reçu…

Oui, je veux retrouver les marins assoiffés,
Les éclairs alanguis, les grondements d’aurore,
Les délires d’azur, tes cheveux décoiffés,
Tes yeux doux et brumeux, oui, tout revoir encore…

C’était au temps fougueux de mes larges épaules,
C’était au temps d’avant les sourires avides
Des gueules de l’emploi mimant leurs jeux de rôles
Et des pitres piteux aux esbroufes cupides…

Je n’étais qu’impatient, improbable, impétueux
Tout mon être flambait de toutes ses ferveurs,
Incandescent, fiévreux, j’avançais à pleins feux
Et je rêvais alors d’AUTREPART et d’AILLEURS…

Ton Amour était là… Mais je n’en ai rien su :
Il me fut tant donné… Mais j’ai si peu reçu…

Exil intime

Les jours d’ici sont comme des jours d’Après,
D’Après Tout, d’Après moi, sans couleur et sans son :
Abstraite altérité, sans goût et sans regret,
Comme des jours d’Après les jours d’ici me sont…

Ces jours d’Après viendront comme les jours d’Avant
Et seront confondus sous le Temps péremptoire :
Jours d’Avant, jours d’Après passeront tels le vent
Et c’est ainsi, hélas, que l’on écrit l’Histoire…

Jean-Jacques Travers

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Les abstrus voyages et la candide arrogance de Jean-Jacques Travers

13 dimanche Avr 2014

Posted by biscarrosse2012 in poètes français

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Jean-Jacques Travers

« Ma première rencontre avec Jean-Jacques Travers date de 1951. Jean-Jacques était arrivé en Finlande, au sortir d’une Grande École parisienne, après avoir traverséà pied la Laponie entre Kirkenes et Inari, venant de Norvège où il avait survécu en exerçant diverses occupations dont celles de Vendeur de sandwiches, Fossoyeur, Soutier à bord d’un vieux vapeur norvégien entre Tromsö et le Spitzberg, Docker, Bûcheron et même Valet de ferme… À Helsinki, il avait finalement déniché un travail de Correspondancier Franco-Anglo-Germano-Suédois dans une Société d’Import-Export. Quant à moi, j’étais venu en Finlande pour y étudier la langue Finnoise et les langues apparentées.
Après la Finlande et la Scandinave, il a vécu au Brésil, est passé par l’Argentine, le Chili, Cuba, le Mexique et même la Chine… Il a appris le Portugais et l’Espagnol. Il a épousé une Brésilienne. Ils vivent maintenant en France et sont grands-parents… »
Voilà un portrait fidèle du poète Jean-Jacques Travers que dessina à la fin des années 1950 Robert Austerlitz, professeur au Département de Linguistique de la Columbia University de New York.
Un poète de la « traversée » et de la nostalgie qui a ressenti la nécessité impérieuse « de vivre » avant de se raconter ou de s’interroger sur les questions universelles de l’existence. Mais, ce tourbillon de voyages réels à« travers » des mondes éloignés et difficiles, cette soumission volontaire et enthousiaste aux difficultés de langues presque impénétrables, ne suffisent pas à expliquer ce qu’on ne pourra jamais expliquer dans la force expressive d’un vrai poète.
Je vous laisse lire ces poèmes ci-dessous — ne représentant qu’une petite pointe d’iceberg d’une vaste œuvre sans failles — sans plus rien ajouter. Car vous-mêmes y trouverez la réponse à la question primordiale de Jean-Jacques Travers : « Et si j’étais Chagrin/ Immuable, incolore,/ Nostalgique et perclus,/ Entre le Pas-Encore/ Et le Déjà-Plus ?… »
Giovanni Merloni

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Giovanni Merloni, Torquato Tasso Particulier du tryptique Oubli et sagesse, huile sur toile 90 x 270 cm, 1990

Les abstrus voyages et la candide arrogance de Jean-Jacques Travers

Immanence
Qu’avaient-ils donc ces jours et ces nuits d’Autrefois
Pour flamber de tels feux en notre souvenance ?
Ne saurons-nous jamais parmi tous nos émois
Épeler les frissons de nos incandescences ?

Qu’ai-je donc oublié dans la fuite des jours ?
Quelle étoile a manqué pour baliser ma route ?
Me voici tout confus et mes élans trop gourds,
Convulsé d’à-peu-près, de chagrin et de doute…

Quel infime détail a fait surgir l’absence,
Quand tout m’était ferveur au seuil de l’Infini ?
Les jardins enchantés ont fané leur fragrance
Et nos regards fiévreux sont désormais ternis.

Le Temps dérape et fuit : Tout n’est plus qu’apparence,
Faux-semblant ou récit de bonheurs illusoires.
Rien ne rappellera la candide arrogance
De nos frissons froissés de moiteurs dérisoires…

Lorsque tu reviendras de tes abstrus voyages
Je serai là, hurlant mon impatience en gage…
Et tout ton corps si doux que l’absence m’a pris,
Je l’étreindrai… Jusqu’aux racines de ton cri…

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Prescriptions
Quand le souvent rêvé n’est plus qu’une habitude,
Quand les regrets anxieux pleurent le désormais,
Devrai-je malgré moi taire mes plénitudes ?
Seul, ce que j’ai perdu m’appartient à jamais…

Quand mes penchants secrets n’auront plus de saison,
Quand l’essentiel sera de ne plus retenir,
Tous mes songes déçus deviendront sans raison :
Hélas, pour se donner, il faut s’appartenir…

Heure mauve
…Je ne sais si je suis le remords ou l’envie
De frissons enroués au vent des abstinences :
Tu vis si nue en moi qu’il me faudra ma vie
Pour oser te vêtir du linceul de l’absence…

Passante
Sous le noir de ses bas vers un haut d’insolence,
Mon regard à surpris une pâleur obscure
D’où m’épie et m’obsède une lisse béance
Qui m’invite à rêver de soyeuse échancrure…

Femme soudain croisée, un bref instant ténu,
Je ne puis que songer, par-delà mes abîmes,
Qu’il me faudra mourir sans même avoir connu
Le secret jamais su de ta saveur intime…

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Odyssée
Je vivais de ferveurs et de grâces intimes,
Mon temps se confondait avec mes sortilèges,
Mon Espace accédait à l’au-delà des cimes
Sans jamais m’étonner de si hautains cortèges…

J’escaladais sans peur le fracas des saisons,
Les déserts de silence et leur brumeux tangage,
Octroyant, imprudent, sans rime ni raison,
À d’étranges tourments mon avenir en gage…

J’allais donc, impérieux, sûr de mes alchimies
Sourdant de l’infini d’obscures déferlances.
Déjà je pressentais sous la cendre endormie
D’indicibles regrets aux languides dolences…

Et c’est ainsi qu’un soir je ne fus plus qu’Absence :
Désormais sans pouvoir, et mes élans enfouis,
Je m’invente un Passé, reflet d’une Présence
Dont les échos crispés s’essorent dans la nuit

Riihimäki (Finlande), décembre 1951

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Hypothèse
Et si j’étais Chagrin,
Chagrin d’un autre Temps,
Chagrin d’un autre Ailleurs ?

Et si j’étais Chagrin,
Voyeur impénitent
D’impassibles rumeurs ?

Et si j’étais Chagrin
Immuable, incolore,
Nostalgique et perclus,
Entre le Pas-Encore
Et le Déjà-Plus ?…

Métamorphoses
Ces myriades d’instants
Déjà franchis, déjà lassés,
S’entassent désormais figés
En leurs rades bouffies…

Et TOI
Dont j’espère la venue
En mon ciel trop changeant,
Seras-tu ma Durée ?

Quant à moi
Pour TOI
Je serai VENT…

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Véhémences
J’ai vécu d’autres jours, j’ai connu d’autres lieux,
J’ai rêvé d’autres soirs, j’ai veillé d’autres morts,
J’ai tremblé d’autres soifs, j’ai humé d’autres cieux,
J’ai hâlé d’autres cœurs, j’ai hanté d’autres sorts,
J’ai hélé d’autres voix,
J’ai halé d’autres croix…

J’ai vu les nuits d’enfer, étouffé sous les chocs
Du vent polaire abrupt éructant sa rancune,
Et j’ai pleuré, livide en des déserts de rocs,
La mer polie et moite aux branchages de lune…

Et des destins confus, verdâtres et vitreux,
Ma pauvre âme a craqué sous le gong des bourrasques,
Emmêlant ses sanglots aux suintements visqueux
Du sang des printemps morts aux parfums lents et flasques…

Mort au soleil ! Mort aux étoiles ! Mort au jour !
Viennent la nuit, la tempête et ses noirs supplices !
En ricanant le vent pourchasse mes amours
Dans les ruisseaux bourbeux, boursoufflés d’immondices…

Helsinki, 4 juillet 1952 (À Robert Austerlitz)

006_travers

Adieu, Finlande 
Adieu hélas, adieu mon grave et grand amour
Je garderai de toi l’éternelle pensée
Que le Destin clément, à l’aube de mes jours,
Dévoila le Bonheur à mon âme étonnée.

Pour ces soirs si joyeux, pour ton clair regard lisse,
Pour tes lourds cheveux blonds à mes doigts si soyeux,
Pour ton parfum secret où le mystère glisse,
Pour tes frissons profonds au rythme impétueux.

Pour ta bouche enfantine, ardente et veloutée
Que j’écrasais brutal pour l’entendre gémir
Ta plainte qui montait ravie et saccadée
D’un temps passé lointain, lointain sans avenir,

Ô Finlande, frais songe éblouissant d’enfance,
Réponds, me fallait-il vraiment venir ici ?
Pour ce premier sanglot de mon cœur en partance,
Et pour ton souvenir, Ô Finlande, Merci.

Chaque moment qui fuit emporte notre rêve
Vers un cruel Obscur d’où nul n’est revenu,
Et notre Amour ne fut qu’un répit, une trêve
Pour nos destins mêlés, un instant confondus…

(À Mary Ann)

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Rive gauche
Je ne reverrai plus les tours de Notre Dame
Ni les matins d’avril sur les quais endormis,
Je ne reverrai plus, et ce m’est tout un drame,
Ni mes parents, ni mes amours, ni mes amis…

Si loin de Toi, Paris, en cette fin de terre
Je ne peux qu’invoquer mon enfance songeuse
Le long de tes trottoirs, quand tu m’étais frontière
Pour mes pas vagabonds en ma saison heureuse…

Paris, si loin de Toi, je sais certaines rues
Qui m’auront vu flâner bien plus que de raison…
Dans la nuit qui tremblait sur tes berges écrues
J’ai tellement rêvé mes futures saisons…

Et Vous, mes ponts moussus, Ô Vous, que vous soyez
Des Arts, Petit ou Neuf, Double ou de Saint-Michel,
Ce soir je me souviens : Mon tout premier baiser,
Ce fut sur l’un de vous… (Dirai-je un jour lequel ?…)

Oserai-je espérer qu’au détour du Destin
Je puisse encore un soir entendre tes rengaines
Au fond d’arrière-cours aux doux pavés disjoints
Dans la fauve ferveur d’un dimanche de traîne ?…

Tierra del Fuego (Chili), octobre 1955

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Après cette poignante lecture, une petite voix s’ajoute que il me semble opportun de citer. C’est la voix de la fille du poète, Silja Travers qui dit, parmi d’autres considérations, qu’il serait « vain de tenter une quelconque analyse ou de se mettre en quête d’un message ou d’une finalité. Ainsi qu’il a vécu et écrit, le poète vivra et écrira encore et toujours de plus profond de son propre univers, seulement attentif (et avec quel ferveur !) à ses plus intimes repères. Ce qui donne sa force au poète, c’est à la fois sa capacité d’aimer et son sens du dérisoire, la chance et l’espace qu’il consent au hasard, son don inné pour percevoir le bonheur et le chagrin. Il sait qu’ici-bas on souffre, on perd, on pleure. Mais il sait aussi qu’avec son cœur on aime, on donne… Et on écrit… »

P.-S. Ceux qui désirent contacter Jean-Jacques Travers pour lui adresser des commentaires ou pour en savoir plus sur son oeuvre poétique, en dehors d’un éventuel commentaire à cet article, peuvent écrire à la Société des Poètes Français : 16, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris, ou bien adresser un mail à : stepoetesfrancais@orange.fr

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