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Version 2

Jean-Jacques Travers à l’Espace Mompezat, en 2015

« Il me fut des instants au goût d’éternité… »

La seule Vérité n’est que celle du cœur :
Que ceux qui me liront l’accueillent en mémoire…

Avec tout ceux qui l’ont connu, je suis très attristé pour la nouvelle cruelle de la disparition de Jean-Jacques Travers. Il nous laisse ses poèmes et l’histoire d’un personnage sage et hardi qui a voulu mesurer la vie sur ses seules forces et sur ses limites aussi, sans pourtant se dérober, même dans sa vie de poète et d’artiste de la vie, aux lourdes « règles du jeu ». Nous retrouvons dans ses poèmes les réflexions profondes et universelles d’un véritable poète qui a su garder intact son esprit sincère, « incapable » de vieillir : il n’a pas parlé que pour lui-même, il a parlé de nous tous et pour nous tous !
Et pourtant l’homme souriant et généreux de mystères nous quitte à jamais et cela est bien difficile à accepter… Le chagrin pour la disparition de Jean-Jacques Travers est indicible, car il aimait la vie et savait transmettre aux autres cet amour à chaque soupir, à chaque geste. Il avait évidemment beaucoup souffert, traversant une vie qui ne lui avait pas épargné les contrariétés : « Mais qui saura jamais ce que vraiment je fus ? / Le temps m’effacera comme une ombre insipide… » Cependant, il avait aussi connu « des instants au goût d’éternité »…
En relisant ses poèmes après sa mort, j’ai l’impression d’y découvrir quelque chose de nouveau, de surnaturel et d’intime à la fois. Comme si ces poésies de Travers avaient « traversé » elles aussi cette ligne invisible entre la vie et la mort devenant de but en blanc plus légères et coulantes encore. Car si l’essence de la poésie est la vie, la vie même coincide, pour Jean-Jacques Travers, avec l’amour : l’amour qu’on donne et celui qu’on reçoit, tandis que les instants de joie extrême, de folie ou de chagrin le plus intense se vérifient quand deux amoureux s’aiment réciproquement, jusqu’au bout, ou alors quand chacun de nous se sent pleinement accepté et reconnu par les autres : « Tout n’est qu’INSTANT… Et toi, dis, Tu m’oublieras ? »
Avec le thème constant de la séparation, imminente ou déjà endurée, entre le poète et les autres, entre la vie et la mort, dans sa poésie Jean Jacques Travers cultive aussi, en le privilégiant, le réflexe paradoxale, ô combien réel, de cette même séparation ou incompréhension : est-ce que je suis conscient de « la vie qui vit » en moi-même ? se demande-t-il tout en déclarant son « absence », son « étrangeté » : « ADIEU ma Vie /…/ Moi, ma folie/ N’était pas la tienne… » Car il y a un gouffre impossible à combler entre « la vie que nous avons vécue » et « la vie que nous étions » : « N’aurais-je jamais su m’y prendre avec ma vie ? »

Giovanni Merloni

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Jean-Jacques Travers reçoit le Prix Manoir à l’Espace Mompezat, en 2004

Fin dernière

Que dira-t-on de moi quand je ne serai plus ?
Peut-être quelques mots… ressassés ou candides…
Mais qui saura jamais ce que vraiment je fus ?
Le temps m’effacera comme une ombre insipide…

Je n’ai que trop pleuré sur les secrets d’enfance,
Sur mes jours et mes nuits d’autrefois confondus,
Balafrés d’incertain au long de mes errances
Et de remords murés de frissons souvenus…

Il n’est plus d’avenir pour les contes de fées :
Ces vieux mots que j’écris, ces mots que Tu liras,
Ne sont que les échos d’antiques mélopées…
Tout n’est qu’INSTANT… Et toi, dis, Tu m’oublieras ?

In Manus tuas

Chaque jour je me quitte,
Plus ou moins,
Selon l’essor de mes ferveurs…

SEIGNEUR,
Donne à chacun
Un cœur
Pour son Destin…

Nihil obstat

ADIEU ma Vie,
Que tu t’en viennes,
Que tu t’en ailles,
Moi, ma folie
N’était pas la tienne.

A DIEU la Vie
Vaille que vaille…

Phrase finale

Le flux montant du soir sur la plage déserte
Me chuchote en secret que rien ne s’éternise,
Qu’est tous mes jours d’antan, frileusement inertes,
S’estomperont, pâlis, dans le Temps qui s’enlise…

Tant de bonheur fiévreux jusqu’à la défaillance !
Tant d’étreintes de feu sous des vents de folies !
Je ne suis plus qu’oubli si lisse et sans alliance :
N’aurais-je jamais su m’y prendre avec ma vie ?…

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Comme la mer, au soir, vers des creux de mystère
Je m’en retourne absent, sans bruit et sans clarté
Et je témoigne ainsi qu’au moins sur cette terre
Il me fut des instants au goût d’éternité…

Jean-Jacques Travers

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