le portrait inconscient

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Archives de Tag: Ossidiana

Coraçon maldito, 1976 (Ossidiana n. 14)

02 samedi Fév 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

scolpita 740

Giovanni Merloni, 1970

Coraçon maldito 

Coraçon écoute
les couleurs rouges et violettes de Tamayo
les petits billets
avec des longues poésies,
la lumière aveuglante
sur les lèvres tirées
de Violeta Parra, puis
ce collier que tu endosses
ce cœur cousu sur ta pelisse
et ton sac bourré de journaux
et ta veste-plaid
dans le brouillard gelé du marché, puis
les gauches ormes sur la neige
dans un tableau
rempli de tes yeux
de notre première étreinte
et l’inoubliable
saveur de Drambuie
alors que ta peau lisse
et ton odeur m’étourdissaient.

Coraçon maudit
juin nous emmenait
dans la paume de sa main
sur des prés sillonnés de raisins.
Assez tôt
j’ai dû traverser l’Italie
dans une Volkswagen noire
pourtant te dessinant
sur un ruban de sons.
Assez tôt
la route a surplombé
sur le vacarme du port ;
d’en haut du pont les enfants
ravis par la mer
criaient mon nom
de père perdu.
Assez tôt
je me suis étendu par terre
dans une pinède
frappé par le vent d’aiguilles vertes.

Mon coraçon déchiré
cassé, effondré
entouré de murs vides
s’est enfin recroquevillé
sur un court lit
sur une toile rugueuse :
c’était impossible
loin de toi
ce colloque avec toi
avec tes méditations
avec ton livre.

Coraçon écoute,
surpris par l’amour
(encore, derechef)
tout neuf moi aussi, mis à nu
cette après-midi
que tes foulards habillaient
la pièce assiégée
et ma force vive
explosant, hurlant
sa liberté. Un extrême, solitaire
instant de lucidité
la tête haute.

Ô cœur maudit
bohémienne déroutante
d’abord un non, ensuite un oui
et nos pas enchevêtrés
par l’éclosion de la vie
dans une allée humide
sous une arcade gelée
avalant nos remords.
À rebours, au hasard des paroles
nous longions
un mur de glycines
et mon paletot s’empreignait
des poils blancs
de ta gonfle fourrure
tandis que tu secouais
ma paresse, en prêchant les mérites
d’une promenade sportive
impétueuse, ayant bien le droit
de piétiner nos souffrances
et l’ordre naturel des choses.

Coraçon maudit
écrasé, abandonné
par les courants bleus et violets
que tu portes sur toi
je ne peux plus me passer
de tes gestes
de tes sourires doux
de tes pas. Viens ici,
recroqueville-toi
sur mon épaule.
Viens : je te fais cadeau
de ma force, de mes idées farfelues
de ma triste passion pour le soleil.

Giovanni Merloni

Coraçon maldito

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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Madame Rubens, 1975 (Ossidiana n. 4)

11 vendredi Jan 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

01_bis rubens

Madame Rubens

Madame Rubens
la terre est ravagée
par la poussière rouge.
Tombant sans hâte,
ton corps blanc échappe
par de gestes de dépit
aux soins gluants
d’un surveillant obstiné.
Dans ton vol, tu tends les bras
vers un nuage de brume violette
descendu sur les squelettes
des arbres.

Madame Chagall,
en nous tenant par la main,
nous glissons en cordée
dans la joie lugubre d’un volcan.
Ici-bas, par des mots
de fumée et de feu,
un allié invisible nous harcèle
qui voudrait nous apprendre
à déchiffrer le soleil.

Madame Renoir,
sous le parapluie gris et bleu
ta chemisette s’inonde de sueur,
le vent erre sur tes genoux,
les mimosas ensevelissent tes mains,
les caresses du printemps
chiffonnent ta longue jupe :
« Un filou qui aime parler
réussit bien à se taire.
Un artiste maladroit et voleur
fait parfois des cadeaux. »

Madame Klimt,
si ton charme se marie
à tes mèches échevelées,
à ton calme imprévisible,
à tes caprices connus,
ton amour écervelé
emprisonne mon ardeur
dans la belle muselière
du va-et-vient de nos étreintes
assurées et lentes.

Madame Larionov
j’ai réservé deux lunes en plastique,
j’ai rempli ma malle en osier
de magiques coquillages
pour tes voiles légers.
Caché derrière ma longue-vue en carton
je t’ai vue caracoler, souriante
au creux d’un kaléidoscope de couleurs
éparpillées, comme de verres cassés
sur le parapet de pierre.

Madame Modi
Je t’ai emmenée dans une ville inondée de soleil
gorgée de chapeaux et de glaces.
Nettes contre les murs de chaux,
nos silhouettes ivres se dérobaient
comme des ombres sans brides.
Quelle atroce vérité
la tendresse vile et sordide
de nos jambes entrelacées !

Madame Rembrandt,
dans le silence du béguinage
s’effondre le bruit sauvage
de nos pas. Pourtant
notre ronde de jour
n’avance pas davantage.
Derrière un rideau de velours
j’observe déconcerté
l’enivrante beauté de ton cou
se tournant vers la lumière bleutée
de cette journée qui s’amuse
à défaire l’écheveau de nos corps emmêlés
dévidant une à une ses mailles serrées
comme les grilles d’une écluse :
« Ne savais-tu donc pas
que penser c’est désagréger
que parler c’est compliquer ? »

Madame Goya
une mantille noire cache et dévoile
tes épaules claires, ton profil égaré.
Tu es debout dans le salle qui s’étiole,
déjà vêtue, déjà dévêtue
devant le tuteur compréhensif et furieux.
Par un geste rapide, tu hisses
un mur de briques et de plâtre
pointillé de fragments de verres acérés
pour mes désastreux coups de tête.

Giovanni Merloni

Depuis « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 — ISBN 88-86600-77-1

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme toutes les autres poésies publiées sur ce blog. 

Derrière tes yeux verts de clairière, 1975 (Ossidiana n. 3)

10 jeudi Jan 2013

Posted by biscarrosse2012 in mes poèmes

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Ossidiana

001_fresque archiwatch

Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Derrière tes yeux verts de clairière

Derrière tes yeux verts de clairière
derrière ma voix grise de ministère
derrière ce destin au corps insoumis
derrière cet amour à la peau meurtrie

002_casone archiwatch

Rome, Piazza Verbano, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

derrière le film d’une telle passion
d’une pareille multiplication
de jambes de bras de lunettes
de cheveux de chansons
derrière le rythme insensé
de ces bruits embarrassés
derrière ces élans qui se mêlent
ces âmes qui se croisent

003_casa-carpione

Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

derrière nos gestes chiffonnés
nos habits somnolents
nos hurlements convulsifs
nos soupirs révélateurs
nos rires déplacés
derrière ces murmures aux étoiles
et ces poursuites affolées
derrière la joie scandaleuse
de ton corps dans le mien
de mon corps dans le tien
derrière le tocsin de l’ennui
nous attendant au passage

004_ailanto-capitale

Photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

derrière ce téléphone
qui nous force à crier
derrière cette moisson de mots
qui nous prêtent
une joie éphémère,
un métier ambulant
un devoir insouciant
une aventure dure

toi et moi, que sommes nous ?

Giovanni Merloni

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TEXTE EN ITALIEN 

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