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scolpita 740

Giovanni Merloni, 1970

Coraçon maldito 

Coraçon écoute
les couleurs rouges et violettes de Tamayo
les petits billets
avec des longues poésies,
la lumière aveuglante
sur les lèvres tirées
de Violeta Parra, puis
ce collier que tu endosses
ce cœur cousu sur ta pelisse
et ton sac bourré de journaux
et ta veste-plaid
dans le brouillard gelé du marché, puis
les gauches ormes sur la neige
dans un tableau
rempli de tes yeux
de notre première étreinte
et l’inoubliable
saveur de Drambuie
alors que ta peau lisse
et ton odeur m’étourdissaient.

Coraçon maudit
juin nous emmenait
dans la paume de sa main
sur des prés sillonnés de raisins.
Assez tôt
j’ai dû traverser l’Italie
dans une Volkswagen noire
pourtant te dessinant
sur un ruban de sons.
Assez tôt
la route a surplombé
sur le vacarme du port ;
d’en haut du pont les enfants
ravis par la mer
criaient mon nom
de père perdu.
Assez tôt
je me suis étendu par terre
dans une pinède
frappé par le vent d’aiguilles vertes.

Mon coraçon déchiré
cassé, effondré
entouré de murs vides
s’est enfin recroquevillé
sur un court lit
sur une toile rugueuse :
c’était impossible
loin de toi
ce colloque avec toi
avec tes méditations
avec ton livre.

Coraçon écoute,
surpris par l’amour
(encore, derechef)
tout neuf moi aussi, mis à nu
cette après-midi
que tes foulards habillaient
la pièce assiégée
et ma force vive
explosant, hurlant
sa liberté. Un extrême, solitaire
instant de lucidité
la tête haute.

Ô cœur maudit
bohémienne déroutante
d’abord un non, ensuite un oui
et nos pas enchevêtrés
par l’éclosion de la vie
dans une allée humide
sous une arcade gelée
avalant nos remords.
À rebours, au hasard des paroles
nous longions
un mur de glycines
et mon paletot s’empreignait
des poils blancs
de ta gonfle fourrure
tandis que tu secouais
ma paresse, en prêchant les mérites
d’une promenade sportive
impétueuse, ayant bien le droit
de piétiner nos souffrances
et l’ordre naturel des choses.

Coraçon maudit
écrasé, abandonné
par les courants bleus et violets
que tu portes sur toi
je ne peux plus me passer
de tes gestes
de tes sourires doux
de tes pas. Viens ici,
recroqueville-toi
sur mon épaule.
Viens : je te fais cadeau
de ma force, de mes idées farfelues
de ma triste passion pour le soleil.

Giovanni Merloni

Coraçon maldito

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

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