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La proposition I/IV

Lundi je pioche
Mardi je Gavroche
Mercredi je me vois moche
Jeudi je m’effiloche
Vendredi je décroche
Samedi les mains dans les poches
Dimanche ton fantôme s’approche.

Chère Catherine
Le temps vole et virevolte sur lui-même comme une toupie. On est débarqués sur l’autre côté du gué avec cette étrange sensation d’en avoir fait trop et de n’avoir fait rien. Tout glisse dans les mains. Sauf peut-être cette « corrispondenza d’amorosi sensi » que Foscolo chantait, cette gratitude inattendue qui peut-être explose comme une bombe à retardement chez quelques lecteurs ou suiveurs éloignés ou même inconnus qui ont été touchés par une seule phrase miraculeusement devinée, un petit geste ou alors une hasardeuse minuscule tache de couleur.

La semaine dernière s’est en tout cas bien achevée, en dévoilant le « garçon- père » comme un des possibles protagonistes de rêveries d’amour ou aussi de véritables vicissitudes liées à « l’art italien de la rencontre ». Mais, probablement, les lecteurs les plus curieux s’interrogent : quel lien peut-on envisager entre ce Giovanni Merloni, immortalisé dans sa fiche de présence au travail dans la Région Émilie-Romagne avec une longue barbe de brigadiste rouge, qu’il n’était pas, bien sûr, et ces personnages qu’on vient d’esquisser dans le « Quarto lato » ? Sont-ils toujours à lui, cette gueule triste, ce profil courbe, cette allure maladroite, ce penchant pour un optimisme mitigé par l’ironie ou au contraire, pour un pessimisme mitigé par le sourd instinct de survie qu’on retrouve dans le « tutto tondo » de Libero ou Pio, de Stelio ou Otello ?

En fait, il y a une évidente contradiction entre la passion de chacun (typique des gens de Romagne) et le presque total manque de jalousie entre eux. D’ailleurs, ils pardonnent assez facilement les tromperies de leurs femmes avec leurs amis, mais sont moins enclins à accepter le succès de l’un d’entr’eux. Ils se pardonnent, mais ils se marquent de près l’un l’autre… Comme deux frères tourmentés par une rivalité continument soumise au compromis idéologique de l’union, qui ferait toujours la force.

Oui, Catherine, je t’entends répondre : « Alors, l’union fait la farce ? » C’ est possible, si le but est farfelu et confus. Comme c’est le cas, peut-être, de ce projet de « quarto lato », qui avance sans trop de conviction en dehors d’un véritable partage collectif et institutionnel.

Mais voilà que tout se lie et se tient. Car si chacun de nous est « un, personne ou cent mille » comme disait Pirandello, de plus en plus tourmenté par ses facettes multiples et souvent contradictoires, on ne peut pas considérer comme indifférente notre sincère pulsion pour l’amour sacré de la patrie, donc pour la reconstruction fidèle de notre passé à travers les corps qui nous ont générés.

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Bibliothèque « Malatestiana », Cesena

Le « quarto lato » fait donc partie du même discours – à la fois fidèle et irrévérencieux — qu’on est en train de développer dans le portrait inconscient d’une table, car inconsciemment les personnages du roman revivent, dans les mêmes lieux et avec les mêmes attitudes ironiques et sanglantes, les vies vécues par les générations passées. 

À ce propos je me borne, en ce lundi de reprise, à te citer un fragment du portrait de Pio Foschi, que mon « appareil photo » a surpris dans une pause de son intervention tourmentée à l’assemblée municipale de Cesena : « … Pio rêva d’une relégation privée, où disparaître, avant de renaître libre de ne pas se distinguer et d’agir, au contraire, d’une manière tout à fait inattendue par la plupart des gens. Libre surtout de ne pas rentrer chez lui. Un promontoire très éloigné, une maisonnette dépouillée, où, un jour, une petite voiture rouge, rémoulue et abrutie  par l’exaspérante série de virages, lui aurait apporté la seule femme qu’il aurait désiré avoir à ses côtés… »

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 15  avril 2013

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