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Giovanni Merloni, 2010

Venise IV/VII (chapitre VII,6-8, Carrosse n. 2, Testamento immorale, p.96-99 Manni Edizioni, Lecce 2006)

On était bien dans le train
du voyage de noces
mais Venise, oh combien exquise
ce n’était pas le bon négoce
pour retrouver l’entrain.
Et les lumières bruyantes
dans cet air bavardant
rien n’auraient pu changer
à nos malaises stagnants.
Car toi, Nuage rose
serais tombée malade
par feinte et par pose
au risque de te changer, au final
dans une violette et noire
fauvette de trottoir.

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Dans le wagon-restaurant
de cette fuite à Venise
le voyage fut une ineptie
le temps d’un instant
toi nuage de jupes blanches
moi nid d’envies jamais fatigantes.

On avait déjà oublié
la gifle que t’avais flanquée
tout juste fiancés
on avait juste effacé
tes cheveux rasés à zéro
le balcon d’une bataille rétro
qui même en y songeant me désespère.

Heureux ou drogués
frais époux ou vieux mariés
nous courions, étourdis
parmi des traces de glaces
en mêlant nos haleines
de façon compliquée et obscène.

Mais, à Venise au mois de mai,
il peut y faire un frais mauvais.
Sur le bateau à vapeur
en t’effleurant le cou lunaire
brusquement refroidi
tu ne cherchais qu’un rayon
de soleil solitaire.
Partageant ton mirage
rudement interdit
je chuchotais bon courage
comme tout brave mari.

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Mais l’équipage
devinant le malaise au passage
arrêta le bateau :
« Si tu vas au Campo
Saint-Zacharie
dans un éclair (ou lampo)
tu trouveras une pharmacie ».

Parmi les arcades et ruelles
les gens rudes ou les voyous
les cambrioleurs de frais époux
et les photographes assassins
notre retraite russe
ne se fit sans secousses.
Au Rialto je fis un saut :
les forces t’avaient fait défaut.
À l’Académie sur le pont
je touchai ton front.
À Sainte-Marie-Glorieuse-des-Frères
constatant des symptômes patents
j’appelais tout de suite tes parents.
À l’École de Saint-Roch
tu étais déjà une défroque.

Dès que nous débarquâmes
place Saint-Marc
par un bonjour messieurs dames
on nous fêta.
Nuage fut soignée
courtisée, chérie
et moi, je battis en retraite
faisant chaque jour une promenade
de la pharmacie à la salade.
J’étais habitué, tu le sais
à trainer solitaire
sans horaire, loin des rails.

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À Venise
cette ineptie de petite fièvre
cet ennuyeux amas de nuages
encombrant l’escalier
au tapis rouge, ce catarrhe vert
collé à la bouche et aux yeux
me donnèrent – toc toc –
un étrange conseil :
« Descends, visite, fouille tout
ne te soumets pas à ses tabous,
accoude-toi au parapet
pour fixer dans ta mémoire
sans hâte et circonspect
les ombres et les lumières.

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Giovanni Merloni, 1969

Nuageuse, elle t’attendra
affalée sur le lit
tout en scrutant, distraite
ton image usée.
Et quand les deux Mores
frapperont vivement sur les cloches
elle dira que c’est toi qui tape sur elles
et qu’un Nuage est avec toi, là dehors
dans cette ville sensationnelle ».

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Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 6 juin 2013

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