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001_je voudrais 740 Une poésie jaillissante de moi

Une poésie jaillissante de moi
qu’on ne pourrait pas confondre
mille fois plus grande, je la vois
rebondir sur les murs et se fondre
dans les ombres grises des toits.

Une poésie maladroite, déplacée
va rester inobservée, broyée
par les pas de jeunes gens hébétés.
Elle va mourir sans clameur,
écartée par des hommes affairés,
effacée par des vieux provoqués,
empruntée ou en cachette copiée
par des femmes gênées.

Un monologue perdu
abattu, disparu,
car la Gloire, jalouse de tout,
n’a pas voulu.

Sur ce mur de prison,
il n’y avait qu’une parole :
Je voudrais…
Je voudrais te ravir par un délit parfait
en gardant la grimace d’un tueur en série
l’élégance d’un Fantomas
le charme d’un artiste de coffres-forts.

Sur la tour médiévale,
il n’y avait qu’un propos ancestral :
Je voudrais…
Je voudrais t’emmener
sur la barre d’un vélo d’argent
dans le luxe de la rue au couchant
en hurlant, en chantant la joie
de chaque instant avec toi.

Sur la porte de la ville
que personne n’avait plus franchie,
le sommeil avait tout blanchi
effaçant mon dernier cri.
Et pourtant je voulais
te scruter en silence, abuser
de la gauche lenteur
d’un instant de jouissance,
je voulais qu’une nuit de combat
contre toi et ton sommeil
arrivât jusqu’à l’aube, aux délires
jusqu’aux chaudes fentes du jour,
je voulais nous effondrer
dans la vie gigantesque
sans qu’elle t’efface, ou qu’elle
t’agace, nous ressuscitant pourtant
sereins et convaincus
hors des débris, ensemble.

Une poésie jaillissante de moi
que tu n’aurais pu jamais confondre,
mille fois plus grande, je l’ai vue
glisser frêle au long des murs
jusqu’en bas de hautes fenêtres.

J’y avais écrit : je crois en toi,
blanc buisson virevolté par le vent,
toi, après-midi regardant sur la mer,
toi, nuage précis au milieu des montagnes
dans le rouge silence du soir.
J’avais juré : je t’attends
rare certitude dans la confusion
d’une vie se brûlant au jour le jour
maladroite, oppressante, ennuyeuse…

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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