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Giovanni Merloni 2004

Un fleuve gris

Un fleuve gris se faufile
parmi les constructions effilochées,
entraînant de radeaux en plastique
de restes gigantesques.

Mourir seuls
dans le gouffre de cette boue,
se noyer en nageant
avec rage, vers le fond
de cailloux et de verre.

Des hommes, en haut des tours,
s’écrient synthétiques,
envoyant des gestes vers la rive.
D’autres recueillent de briques,
d’amas de goudron,
de restes de bois inutiles,
tout le monde s’affaire
tout au long d’un liquide fétide de rats morts.

Mourir de l’incapacité, succombant
à la décadence, au jeu
et se trouver à lire
à travers l’eau brillante
tes mots de stupeur,
ta fermeté, le jour de l’enterrement,
la surprise des autres.

Tout le monde avale la force douloureuse
de la patience, en renonçant
à s’habiller d’œillets rouges,
en renonçant à courir, légers,
au milieu d’amas de paille,
en renonçant à la passion
faible, sordide, compliquée
des bras nus
du silence retrouvé
en renonçant à la vérité douce
d’un sourire, de deux paroles
échangées derrière la vitre.

Tourner la page,
effaçant
ce que j’aurais voulu savoir faire,
donner, avoir, voler
tourner la page,
oubliant ce dont j’aurais voulu
me souvenir, en échange
d’un plongeon noir
ultime, définitif, libératoire
calme.

Giovanni Merloni

TEXTE EN ITALIEN

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