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001_je m'envoie te chercher NB 180

1.

Je m’envoie te chercher

Depuis cet étrange lieu
je m’envoie te chercher
(en sautillant sur les numéros,
l’obtus répétiteur de comptes
calcule la distance
entre moi et toi).

Je sonde ma solitude
aggravée
par la pensée scandaleuse
que même toi tu es seule.

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Paris, boulevard Magenta

2.
Sitting Bull

Il ne s’agit que de points de vue : Sitting Bull était un pauvre chef Peau-Rouge coincé dans la réserve indienne entourée de barbelés, n’ayant d’autre distraction que la drogue légère générée  par son triste calumet de la  paix. Tandis que le fils du général Custer, pendant le long voyage en train séparant la civilisation occidentale de ce lieu refoulé, s’amusait à dessiner la bouteille de la Coca-Cola.
Qui avait-il raison, qui aura-t-il raison, au final, entre les deux ? Celui qui a perdu, se conservant « inutilement » pur et noble, ou, au contraire, celui qui a vaincu, se salissant les mains de sang et de boue ?
Il est très difficile de fixer des confins entre ce qui rentre dans le Bien selon Sitting Bull et ce qui sort du Mal selon le fils du général Custer.

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Paris, boulevard Magenta

3.
La poésie

La poésie est une sculpture invisible, une espèce de fantôme. Une « chose qui bouge », que nous poursuivons le peigne à la main, essayant de lui donner une vie spéciale, celle qu’on ne nous a pas autorisée.
Pas seulement les personnages et les choses, les lieux aussi sont les « fils » de ce travail continu.
Le poète devient artiste juste pour exorciser ou, pour mieux dire, pour refouler la mort et la vie mortifère.

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Paris, boulevard Magenta

Il garde secrètement l’orgueil d’avoir fait quelques « oeuvres d’art » (en y déversant son indéniable tempérament d’artiste).
Il assiste impuissant à l’extrême précarité de ces objets-personnes que sont en fin de compte ses oeuvres, qui seront tôt ou tard abandonnées en compagnie de leur beauté ignorée.
Il est tout à fait conscient de l’anonymat de sa vie d’artiste, submergée par de strates de fourvoyantes images étrangères.
Il se réjouit pourtant de la tranquillité et, à la limite, du bonheur que lui donne l’idée concrète qu’il demeure inconnu.

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Paris, boulevard Magenta

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 29 avril 2014

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