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001_je t'attends 02 180

Pont du Gard, été 1982

J’attends

J’attends
qu’une voix péremptoire appelle
en démêlant mes toiles d’araignée
avant d’abandonner les labyrinthes
paresseux de ma solitude.

D’habitude, je ne crois pas
aux expressions de confiance
aux sourires naïfs :
dans mes rêves
au lieu des mers sereines
s’enchevêtrent
des nébuleuses
et se coincent
des déchets d’autres hommes
des « non et non » d’estime
déniée, de terreur.

Je garde pourtant l’espoir
de sortir de mon personnage
de la multitude de faits commis
des petites fautes de la vie.

002_je t'attends 03 180

Pont du Gard, été 1982

Et j’ai encore
des sentiments intègres
quand je lance dans le vide
des mots, tels des messages
à moi-même,
des appels désespérés
à la bonne chance.

Toi, qui écoutes
les phrases incompréhensibles
que marmonne ma voix ;
toi qui veux croire
à mon héroïsme
à ma nouvelle virginité,
sache que je suis là,
sur ce podium fragile,
par hasard.

Sinon
« j’aurais peut-être attendu encore
dans l’obscurité
en compagnie d’images farfelues ;
je serais affolé de pensées belles,
mais gâchées,
obsédé d’idées nouvelles,
mais exagérées,
désireux d’activités grandes,
mais bloqué ».

003_je t'attends 01 180

Pont du Gard, été 1982

Tout ce temps, coule
au milieu de sons ordinaires.

Entre-temps,
tous ceux qui passent
devant nous
regardent ailleurs
(qui sait où),
tous ceux qui se taisent
devant nous
sont en train de fredonner
à eux-mêmes
leur douleur secrète,
leur espérance cachée,
leur joie insaisissable,
leur prétention étrangère.

Je pourrais de but en blanc
attaquer à écrire
et ne jamais arrêter ;
attaquer à étudier,
à parler, à travailler dur
et ne jamais arrêter.

000archit -180

Quelques ans après,
je serais connu
ou juste un peu estimé
ou juste accepté,
simplement.

Un matin, je pourrais me lever
plus tard, me saupoudrer de parfum,
percer, le pas brûlant, la brume ;
je pourrais rêver de mers sereines
en passant ma main
sur tes cheveux de velours,
t’emporter
bras dessus bras dessous
légère, ô combien légère…

Giovanni Merloni

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