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Giovanni Merloni, gouache juillet 2014

Je serai un nomade

I
Je quitte le lit
de plus en plus fatigué.
Je m’accoude sur la rue,
sachant déjà
qu’il ne m’excite plus,
le ciel, même
purifié par la pluie.
Je découvre
que cette violente lumière
ne m’invite plus
à savourer l’air du matin,
l’odeur de café
et de journaux.

Aujourd’hui, je ressens le poids
de millions de regards
comme le mien,
de millions de pas démesurés
qui se croisent sans façon,
d’innombrables énergies
qui se brûlent, sans prendre
le temps
de réfléchir ni de penser.

Aujourd’hui, renfermé
dans une nouvelle désolation,
j’éprouve presque de l’envie
pour ceux qui n’ont
qu’une façon d’être,
pour ceux qui vivent
une vie seulement.

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Giovanni Merloni, gouache juillet 2014

II
Je serai un nomade
je me passerai de ces murs
j’oublierai
ces vitrines,
ces bancs publics
ces fontaines.

Ils me manqueront
nos pas
nos croche-pieds
nos pièges.

Je serai parti
pour chercher dans les ombres
nos ombres,
dans les rencontres
nos rencontres,
dans les baisers
nos baisers.

Je voyagerai
tout en retenant
le souffle,
dans l’attente
d’une petite voix
égale à la tienne
se frayant un chemin
inespéré
dans le lourd manteau
du silence.

Tu es la terre que je quitte
celle que je suis en train
de trouver.

Je partirai, inévitable-
ment. Entre-temps, ton image
(prisonnière,
sur la vitre,
entre la buée et la pluie)
se décolorera
doucement
en hommage à l’esprit
décadent
(qui m’avait anéanti),
que je vais, finalement,
abolir.

Giovanni Merloni

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