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Mes chers lecteurs,
Je monte, aujourd’hui, à califourchon d’une nouvelle chimère. Est-il possible de raconter le présent ? Est-il correct de le faire, quand on sait bien qu’il n’y a rien de plus mensonger que le présent ? Oui, les questions sont nombreuses. Et pourtant, je me suis dit que ma vie tant bien que mal conduite ou subie m’autorise à le faire.
Je suis libre. Libre de vivre et de revivre, tantôt en vers tantôt en prose.
Au nom de ce « présent » toujours inconnu — que j’aime pourtant comme une belle femme en retrait se promenant dans une allée discrète —, j’entame aujourd’hui une nouvelle aventure avec vous !

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Giovanni Merloni, À présent, décembre 2014

Tu es près de moi

Un son de téléphone,
puis, des mots bien prévus :
mes sorties audacieuses
en rase campagne
tes silences courus.

Si j’insiste, accablant,
par mes vaines tentatives
à te prendre au filet,
tu te tais, maladive.

Si c’est toi qui me parles
ou plutôt tu m’évalues
encombrant,
je désire m’effondrer
comme un vieil éléphant
accablé.

Et pourtant tu es près de moi.

Je n’oublie pas ta bouche
engloutie dans le fil,
ni ta voix cadencée :
« Parle alors ! Je t’écoute »
« Non, pas de toi… ni de moi ! »
« Ça suffit, je n’ai plus envie
de parler ».

Tu es près de moi
une grande ou petite
île flamboyante
flottante, légère
dans mes baisers
que tu juges modestes
dans mes gestes
sans métier.

Je le sais,
si tu partais triste,
sombre, désemparée,
tu rentrerais riante
dans cette piste.

Même si tu t’éloignes de moi
tu es près de moi.

Regarde, il n’y a
même plus une miette
d’orgueil, ici-bas. Au lieu
de te tuer dans mon cœur,
au lieu de te tromper,
je te poursuis.

Regarde, tu es ici, sculptée
au milieu de mon front,
à l’unique endroit
où la lumière arrive.

Tu es près de moi.

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Paolo Merloni, Le chômeur, céramique, 1998

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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