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001_brouillard domestique 180

Vivre avec une sourde amertume

Vivre avec une sourde amertume
qui voudrait s’emparer
de notre âme joyeuse.

Vivre avec les sombres déceptions
d’amitiés glissantes.

Vivre avec les brimades
de gens qui voudraient
nous culpabiliser
pour la force effrontée
de notre franchise.

Vivre avec cette minorité
d’éternels apprentis
de nouvelles langues
de nouvelles pistes
et croisements
et décisions
dont des remords ou des regrets
se déclencheront
inéluctablement.

Vivre avec un corps sain
obligé de se battre
contre de trucs invisibles
nous rappelant
les cloches du temps
le besoin soudain
d’une femme qui nous secoure
dans la rue
d’un homme qui nous enlève
de la boue.

Vivre avec les petites découvertes
de plaisirs compliqués
luxueux ou luxurieux
qui nous semblent audaces
ou ridicules
ou égoïstes
ou prétentieux.

Vivre avec un âge
de moins en moins sage.

Vivre avec des sentiments
de culpabilité
se déguisant en superstitions
en excès de sensibilité.

Vivre au milieu des autres
tout en subissant
leurs caresses inquiètes,
leurs emportements incertains,
leur silence brutal.

Et pourtant,
je n’ai pas tué,
je n’ai pas volé (1),
et si j’ai essayé
de courir la chance
je ne voulais pas,
sachez-le,
que chaque jour soit dimanche.

Giovanni Merloni

002_boulangerie 2 180

P.-S.
Vivre avec mes livres
ma petite bibliothèque
à côté du lit,
cela me soulage
ce papier qui résiste,
qui ne change pas d’avis,
ces images fabriquées
par des vers immortels.

Dorénavant,
je marcherai prudemment,
l’œil bon fermé,
l’œil mauvais ouvert,
tout en déversant
dans mon vase ambulant
les gestes d’orgueil et de joie
de mes Maîtres.

G.M.

003_boulangerie 1 180

(1) Les mots en Italic, ont été empruntés au texte de la chanson « Le galerien » de Maurice Druon et Léo Poli (1950), que j’ai connue par la voix d’Yves Montand.

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