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Viale Libia, Rome, photo de Giorgio Muratore, da Archiwatch

Le soldat (Vers un atelier de réécriture poétique n. 11)

147_Le soldat (Avant l’amour n. 11)

Chère Florence,
Mercredi prochain la deuxième version du « soldat » sortira sur mon blog. Jusqu’à hier, j’avais laissé la version que je vous avais envoyé… J’avais aussi transcrit votre « jet » en prose poétique (1), car effectivement, cela donne un très agréable résultat.
Ce matin, je me suis dit que peut-être il fallait faire quelque chose encore.
J’ai alors lu votre proposition en parallèle avec mon texte…
Vous verrez que j’ai une ou deux fois profité aussi de vos solutions.
Je vous envoie donc ce texte final, que je n’aurais pas retravaillé s’il n’y avait pas eu notre échange. Si le résultat est bon vous en avez aussi le mérite, avec ma sincère reconnaissance…
Bonjour Giovanni 🙂
J’aime beaucoup ce nouveau soldat : il a pris du corps.
Je le trouve plus présent que le précédent, plus à sa place, plus vivant dirais-je.
C’est très gentil de suggérer que j’ai eu une influence sur le résultat !
Vos lecteurs, comme moi, ne s’y tromperont pas : c’est votre écriture poétique, votre patte, qui une fois encore les séduiront.
… (l’image du « vent de poussière », depuis le début, j’aime beaucoup c’est elle qui me permet de rêver l’ensemble du poème...
C’est en raison du thème de la poésie d’aujourd’hui — où le sentiment d’impuissance vis-à-vis de la guerre et de la mort soudaine ne fait qu’un avec l’intime rébellion de chacun contre l’injustice et l’absurdité de ces drames — que j’ai proposé à Florence Z., c’est-à-dire FloZ de jeter sur mon texte son regard. Très présente — sur Twitter ainsi que sur Facebook —, FloZ s’occupe sérieusement des questions sociales, avec une attention particulière pour le Travail et les Femmes, comme on peut constater en se rendant sur « Storify », son blog. Évidemment, son engagement est accompagné par une vision politique de l’actualité et de la mémoire absolument nette et claire, que je partage tout à fait. Elle ressemble de près à quelques-unes de mes amies de Bologne avec lesquelles j’ai partagé plusieurs batailles ainsi que de moments joyeux ou douloureux de ma vie.
Merci à Florence Z., qui a participé de façon innovative et propositive au travail de révision de ce texte.
1) Voilà, en forme de prose poétique, le « jet » que Florence Z. m’avait envoyé (en vers). Une originale paraphrase-réinterprétation poétique de mon « texte intermédiaire », première réécriture de ma poésie d’origine, qui assume, en cette forme, l’allure d’une adaptation théâtrale ou d’un petit scénario cinématographique :
« Un murmure encore aux lèvres, il gît sur l’herbe nue. L’ombre qui s’approche, il ne la voit pas. Il sourit, au ciel, aux étoiles, mais elles ne sont plus siennes. Ses cheveux emmêlés tombent sur son  visage. Sur ses yeux la nuit a posé la poussière et le vent, dans un tourbillon de feuilles mortes.
Il eut juste un instant pour écouter les mélodies du soir, la fusillade au loin ; il n’a pas reconnu, au milieu du silence le bruissement soudain, la cruelle embuscade. La mort l’a saisi. Sans douleur, rieur, contant d’un souffle insouciant un récit, sa vie. Pour parler de sa fin, le temps fût trop court… Voyez comme il repose sur l’herbe et sur la boue ! Suivez-le, quand il roule comme une avalanche sombre, vers le fond de la vallée. Tout endormi, il glisse ses yeux écarquillés comme s’il fixait une porte fermée.
Voyez comme il se penche encore, même dans l’oubli immobile. Regardez, sur ses lèvres musardent la rosée, le souvenir  d’un baiser, et la saveur dernière d’une bouchée de pain. Mais sa bouche est emplie de lourdes balles, de longs fusils et de ce vent de poussière qui l’affale. La mort est sa bouche.
Cesse de regretter, ô soldat, ces hommes, ces maisons, ces amas inutiles, qui te survivent ! Détourne ton regard, oublie la terre jetée sur toi. Ne juge pas ces êtres maigres qui prient face au tombeau ni même cette guerre qui t’a effacé sans bruit. La vie est dans ta mort… »

Giovanni Merloni