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Jeanine Dumas Cambon, « Message d’amour », huile sur toile, 100×100

La désinvolture des nombres et des couleurs dans la peinture «fidèle aux rêves» de Jeanine Dumas Cambon

Depuis des années, je considère Paris comme un lieu de vacances. Car j’ai choisi cette ville dans un élan presque amoureux et que j’ai trouvé ici la plupart des merveilles que j’attendais d’y trouver.
Avec le temps, devenant parisien moi aussi, j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de véritables vacances, avec le désir de connaître, un peu, cette France sans laquelle Paris n’existerait pas, peut-être. Un immense territoire à découvrir en plusieurs escapades ou voyages prolongés.
Lors de ma dernière incursion dans le sud, j’ai appris plusieurs choses que j’ignorais, brisant l’enchantement ou étreinte mortelle de «l’hémisphère froid» de la France — dont Paris fait sans doute partie —, qui avait jusque-là empêché une connaissance plus directe et intime de ce qui existe et mérite d’être connu dans «l’hémisphère chaud».

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Jeanine Dumas Cambon, « Nocturne », huile sur toile, 81×100

Donc, au bout de quatorze jours de séjour dans le Gard, tout à fait conquis par ces lieux incontournables et par la sympathie de ses habitants, mon retour à Paris a été, pour la première fois, une typique rentrée ordinaire des vacances.
Par conséquent, les premiers jours, dans ces boulevards chiffonnés comme des journaux — débordant de nouvelles tragiques et de questions insurmontables —, un certain pessimisme avait risqué de s’emparer de mon être…
Heureusement, puisque les vacances servent bien à quelque chose, j’ai immédiatement retrouvé en moi une petite force… Rien qu’à songer au va-et-vient de l’eau sous le Pont du Gard, rien qu’à entendre à nouveau le bruissement des cascades de la Cèze. Cela a vite remplacé le vacarme des moteurs et des ambulances, et les pensées difficiles aussi…

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Jeanine Dumas Cambon, « Exultation », huile sur toile, 80×100

Je me suis adonné alors, joyeusement, à la reconstruction des tessons de la mosaïque de cet incroyable petit duché d’Uzès… Dans le va-et-vient de ma mémoire, les eaux de la Cèze et du Gard sont devenues des canaux limpides, longés par des rangées de platanes en splendide santé… ou alors des routes ombragées par des arbres séculaires, dans lesquelles les voitures peuvent encore se plonger comme dans la grande nef d’une cathédrale gothique, avec le provisoire bien-être du frais et du silence…

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Jeanine Dumas Cambon, Tryptique « En Provence », huile sur toile, 100×243

Si je ferme les yeux sur ma chambre de Paris et je les ouvre sur le paysage d’Uzès, j’y retrouve, encore aujourd’hui, plusieurs rangées de platanes sur la route de Nîmes, mais aussi dans celle qui porte à Alès ou au Pont du Gard… Petit à petit, je réalise que finalement, tous azimuts, le territoire autour d’Uzès a été préservé, tandis qu’aucune enseigne publicitaire ne perturbe le regard…
Ayant loué une voiture, j’ai pu m’aventurer dans les alentours d’Uzès. Dans le Gard, tout comme dans le Héraut, le Vaucluse, et cætera, j’ai pu constater de mes yeux combien d’attention l’on porte à la nature, avec quel respect pour le travail de l’homme qui a rendu pendant des siècles cette même nature de plus en plus agréable et hospitalière.
Voilà, une deuxième Toscane existe, intègre et apparemment insouciante, dans le sud de la France, sous les caresses d’un soleil bienveillant et les brusques ou gentils fouettements du mistral. Tout le monde peut s’y rendre, physiquement ou idéalement, y marcher en long et en large, au milieu de ces voûtes d’arbres solennelles et légères à la fois…

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Jeanine Dumas Cambon, « La Défense », huile sur toile, 81×100

Mais à Uzès je n’ai pas retrouvé que la Toscane et les arcades de Bologne. La peintre Uzétienne-Parisienne que j’ai connue là-bas — ayant eu la chance de cogner, le jour même de mon arrivée, contre un de ses tableaux, que j’avais immédiatement aimé, accroché au palier du premier étage de l’immeuble où j’étais hébergé — ressemble comme une goutte d’eau, physiquement comme dans l’esprit, à une personne qui m’est très chère…

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Jeanine Dumas Cambon, « Bacchus et Neptune », huile sur toile, 80×40

Jeanine Dumas Cambon se rend de temps à autre dans son appartement d’Uzès, mais elle habite surtout Castries où elle a aussi son atelier. D’ailleurs, elle vient souvent à Paris — où elle a eu la chance d’exposer à plusieurs reprises au Salon des Artistes et ailleurs —, pour y travailler et renouer avec ses amis artistes.
Comme vous avez pu le voir déjà dans les premières images écoulées, Jeanine interprète avec énergie le thème de cette nature lumineuse et ordonnée, qu’elle a connu à Uzès jusque de son enfance. Elle est une inconditionnelle, comme moi, de ces rangées d’arbres qui sont devenus les accompagnateurs les plus fidèles de son voyage aventureux…

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Jeanine Dumas Cambon, « Harmonie », huile sur toile, 81×100

À Castries, nombreux sont ceux qui ont connu Jeanine Dumas Cambon comme une remarquable enseignante de maths, maintenant à la retraite. Cette profession a bien sûr structuré en elle des attitudes logiques, philosophiques même… mais cela semble disparaître ou s’estomper dans ses peintures, où le talent artistique brise l’écran par une expression tout à fait originale, relevant moins de la rigueur que de la rébellion. Car en fait le choix de scènes ou paysages naturels qui font traditionnellement l’objet d’une peinture figurative « impressionniste » se traduit dans l’œuvre de Jeanine en « réinvention totale ». Lorsqu’elle peint, au couteau, une baie attaquée par la tempête, elle ne représente pas la déferlante, elle la fabrique de ses mains, avec une prodigieuse désinvolture jusqu’à ce que de ses vagues se dégage, finalement, une force unique.
Je me demande, à propos de son talent de vraie peintre — s’alimentant d’une évidente rupture « contre » l’appareil institutionnel de tout art codifié —, si ce talent n’est pas la conséquence d’une rupture intime envers le monde parfaitement rationnel des nombres… Ou alors s’il y a, au contraire, une intime cohérence entre la désinvolture des nombres et celle des couleurs…

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Jeanine aime les plantes, s’occupant elle-même, de ses propres mains, de son jardin sauvage, à l’anglaise. Les plantes et les fleurs de son jardin ressuscitent dans ses tableaux comme dans un rêve, tout comme les platanes des routes d’Uzès ou les oliviers des collines de Provence.
Et ses rêves se colorent du rouge du couchant, du jaune du midi, du blanc de l’aube, des infinies nuances de bleu et de vert qui appartiennent au crépuscule et à la nuit.
À travers ses peintures « fidèles à ses rêves », Jeanine nous transmet, très discrètement, une idée positive de la vie, ainsi que le sincère enthousiasme qui la pousse toujours à avancer, à surmonter de nouveaux horizons. Grâce à l’art, à la peinture, à la solitude créatrice ne faisant qu’un avec son esprit sociable, chaleureux et franc.

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Giovanni Merloni