Pauvres, mais beaux

« Cher Giorgio,
peut-être Giovanni Merloni aimera recevoir aussi cette carte postale venant des lieux du “Ciriola”. Il s’agit d’une photo des héroïnes de “Pauvres, mais beaux” (“Poveri ma belli”), donc de la décennie, ou plus, qui précède “Rome 1970”. En ce temps-là, “le fleuve coulait blond et lent en bas du monument”. Qui pouvait le prévoir, imaginer que ces années 1960 auraient été brèves, pour échouer, comme tu le dis, dans les “années du plomb” ? Ainsi se termina, par une explosion, notre jeunesse, peut-être trop légère, inconsciente du fait que d’autres forces, bien plus redoutables, étaient en train de se préparer pour intervenir. Cependant — quelqu’un de plus quelqu’un de moins —, on a eu de la chance. Je parle bien sûr de notre génération. Mariuccio nous demande si nous avons vaincu ou perdu. Mais, évidemment, c’était logique… on a tous perdu et, comme le disait T.S.Eliot, cité à son tour par Éric Hobsbawm, “à présent on a de plus en plus l’habitude de se plaindre l’un sur l’épaule de l’autre” ; nous, les pères, pour les occasions ratées, nos fils pour le manque, l’exiguïté sinon carrément la disparition des occasions. On dit souvent : “Si l’Italie, c’est-à-dire les Italiens, ne changent pas… et cetera…. ”. Mais nous serons toujours les mêmes, avec l’exclusion de quelqu’un qui d’ailleurs ne sera jamais autorisé à dire ce qu’il pense. Quand tout me tourne mal, après un moment positif, il voltige dans ma tête, pendant longtemps, de façon obsessionnelle et compulsive, le titre d’une fameuse nouvelle d’Ernest Hemingway : “Elle fut brève la vie heureuse de Francis Macomber !”
Sergio 43

P.-S. Le mot « ciriola » (sobriquet du propriétaire de la péniche brûlé en 1970) désigne, à Rome, un pain qui a beaucoup de points en commun avec la « baguette tradition » : une « tradition » plus courte et juste un peu plus grosse. On comprend, par conséquent, que le mot « cirioline » désigne alors de jeunes femmes à la silhouette allongée, avec d’autres caractéristiques qu’on peut retrouver dans le bon pain.

Centro Studi Giorgio Muratore

Schermata 2015-10-08 alle 15.13.07

« Caro Giorgio,
forse a Giovanni Merloni farà piacere ricevere anche questa “cartolina” dalle parti der “Ciriola”. La cartolina delle eroine di “Poveri ma belli” è del decennio, o poco più, precedente a “Roma 1970”. Allora “er fiume scoreva biondo e lento, là sotto er monumento”. Chi poteva sapere che quegli anni ’60 sarebbero stati brevi, finiti, come dici, co’ “l’anni der piombo”? Così finì, con un’esplosione, la nostra giovinezza, forse troppo leggera, inconsapevole che ben altre forze si preparavano ad intervenire. Però, chi più chi meno, ancora c’ha detto bene a noi della nostra generazione. Mariuccio ci chiede se abbiamo vinto o perso. Ma è logico che alla fine abbiamo perso tutti e, come diceva T.S.Eliot, citato da Eric Hobsbawm, “mò se stamo a piagniucolà addosso”; noi padri per le occasioni perse, i nostri figli per mancanza, scarsità, scomparsa di occasioni. Dice: “Se l’Italia, cioè gli italiani, non cambiano….”…

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