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001_lectrice 3 180Lectrice de Michael Peter Ancher,
image empruntée à Laurence  (@f_lebel)

L’amour toujours, toujours l’amour…

A — L’amour toujours ?
B — Toujours l’amour.

A — Donc, cela remplit vos jours !
B — C’était, au contraire, des accidents de parcours
Des moments impromptus venant à mon secours.

A — Je croyais que pour vous ce n’était que velours…
B — Vous me reprochez toujours ma chère Pompadour !
Mais c’est vous qui m’avez appris l’amour !

A — Alors, dites, sincère, c’est quoi, pour vous, l’amour ?
B — S’éclipser au sommet de la tour…
Faufiler la tête dans le four…
Entendre nuit et jour un orchestre de tambours
Se brûler la cervelle au milieu du carrefour
Chanter des mots idiots, déguisés en troubadour
Sachant bien que l’amour ce n’est pas un calembour…

A — Croyez-vous vraiment qu’il existe, l’amour ?
B — Je crois bien sûr qu’il a existé, et j’attends son retour.

A — Mais si vous êtes seul, malheureux tous les jours
Pourquoi sourire au monde, avec des mots d’amour ?
B — Si je voyage souriant dans ce monde sans contours
C’est pour guetter de près la mort, ennemie de l’amour.

A — Ne voyez-vous pas qu’on s’en fiche de votre cour ?
B — Je ne cesse d’expliquer à qui esquive l’amour
Qu’il ne faut pas prétendre des plaisirs sans amour
Ni profiter de la gloire, sans amour
Ou aussi d’une couronne d’épines, sans amour.

A — Que pensez-vous d’obtenir, avec « votre » amour ?
B — Rien. Juste une tasse de thé et des petits-fours !

Giovanni Merloni

002_lectrice 1 - copie

Lectrice de Pierre Bonnard,
image empruntée à Laurence  (@f_lebel)

Lors d’une récente publication concernant une poésie d’amour, j’ai reçu un tout bref commentaire qui m’a intrigué : « Votre prédisposition à l’amour toujours, toujours l’amour, est une belle ouverture sur votre altérité. (1) »
Tout en admettant qu’il y a peut-être dans mon blog un « excès d’amour », surtout pour ce qui concerne mes textes poétiques, j’ai profité de cette suggestion pour me poser une question, qualitative et quantitative à la fois.
J’ai d’abord réfléchi à l’extrême difficulté, dans un blog, de fournir une image cohérente de soi, ayant pour conséquence une distribution équilibrée des différents propositions et thèmes. La nature même des blogs, tout en nous poussant à « montrer » des textes sous l’emprise de l’urgence, n’aide pas trop à organiser, sélectionner, en un mot administrer ce qu’on est en train d’écrire au fur et à mesure.
Lorsqu’on publie un livre sur papier, par exemple — du roman au recueil de poèmes ; de la récolte de contes aux récits autobiographiques — on est forcés à sélectionner en fonction d’un thème, d’un but narratif ou alors, tout simplement, d’une longueur de pages fixées par l’éditeur après un examen sévère des textes manuscrits.
Dans mon cas, à part les quatre romans publiés en Italie (dont le dernier en vers), avant de m’installer à Paris, je n’avais publié qu’un livre de poésie (« Il treno della mente ») qu’on trouve ici en version française sous le titre « Le train de l’esprit ».
Mon éditeur italien, Gaetana Pace, précocement disparue, en 2010 — une femme charismatique, énergique et sensible à la fois, poète elle-même —, avait insisté pendant des années pour que je réorganise mes poésies en vue d’ultérieures publications. Malheureusement, les pièges de mon travail se soudèrent alors à d’autres circonstances de la vie, interrompant ce circuit vertueux…
Or, en publiant dans mon blog les poésies dont j’avais raté la publication sur papier, je ne me suis pas trop investi d’une véritable sélection ni d’un travail éditorial accompli. En fait, le caractère de « work in progress » du blog m’a déconseillé de le faire et, d’un coup, la paresse d’avant le blog, qui rimait bien avec sagesse, a été remplacée par l’urgence du web, synonyme d’auto-indulgence…
D’ailleurs, en publiant, jour après jour, les poésies que j’avais écrites pour Ambra, Nuvola, Stella et Ossidiana, par exemple, je ne me suis pas chargé d’accrocher à mon mur un placard adapté, pour y expliquer qu’il ne s’agissait pas de recueils poétiques achevés, mais plutôt d’évocations symboliques de contextes poétiques et d’endroits de la mémoire où mes poésies — ou billets ou lettres — ont déroulé plusieurs fonctions. Ces récoltes évoquaient en définitive moins les vraies histoires que la façon de se produire de chaque rencontre, de chaque adieu. Ou alors, tout simplement, on y repérait les traces d’un travail intérieur incessant pour essayer d’entraver le chagrin, la douleur pour l’absence, le désespoir, la déception…
D’ailleurs, ces encadrements dans de différents contextes n’expliquent pas grand-chose au sujet des personnages à plusieurs facettes qui traversent ces endroits et ces histoires différents. Comment se peut-il qu’ils soient toujours joyeux ou souffrants et, en même temps, inexorablement fidèles à l’idée de l’amour comme but et moyen unique pour s’en sortir ? Est-ce que ces personnages évoluent vraiment, avec le temps ?
Ce n’est pas à moi de répondre, mais, si je n’abandonne pas les poèmes appartenants à des époques forcément révolues, je devrai bien sûr me poser la question de la distance à mon personnage, à celui qui écrivait au fur et à mesure ses textes, ayant pour la plupart, sinon la forme, la substance de missives directes, voire de lettres d’amour, dans le but de faire un choix : celui de décider si je vais être tout simplement le traducteur ou le passeur de ces émotions et états de l’esprit ; ou alors si je vais assumer jusqu’au bout ce que j’étais en stricte relation à celui que je suis maintenant.
G.M.

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Lectrice de Jan Mankes (1911),
image empruntée à Laurence  (@f_lebel)

(1) J’ai retrouvé par hasard une intéressante cotation du philosophe George Marinier à propos de l’altérité dans l’amour : « L’amour ne détruit pas l’altérité, il l’intensifie au contraire, mais en la transformant (…) L’amour implique une certaine altérité, non pas une altérité de l’ordre du lui, qui est exclusion, mais une altérité de l’ordre de toi, qui est réciprocité de présence. » G. Madinier, Conscience et amour, pp. 96-97 (Foulq.-St-Jean 1962)