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Lors de mon récent anniversaire, en signe de sympathie et d’amitié, Hélène Verdier m’avait envoyé sur Twitter cette « carte postale » que j’ai beaucoup aimée. Je ne sais pas précisément de quel édifice il s’agit, si nous avons affaire à un immeuble résidentiel ou à une école ou alors à des bureaux. Ce qui me touche ici, c’est le contraste entre l’enfermement de ces fenêtres, longues et étroites comme la visière d’un heaume, et la lumière qui de l’extérieur pénètre partout où elle veut, arrachant de ses gonds tout ce qu’elle touche…
Il ne s’agit pas de la lumière qui inonde les toits de Rome, ni de la lumière « facile » qui brûle la campagne en dessous de la fameuse ligne invisible marquant la séparation entre le nord et le sud du monde, deux univers climatiques différents et incapables de se comprendre réciproquement jusqu’au bout. Cette lumière est pour moi la lumière de la « Ville lumière », Paris. Ou, plus précisément, c’est la lumière du Siècle des lumières…

Je préfère
la lumière régulière
inondant la clairière,
effleurant le mystère
de tes genoux de couturière
de tes cheveux de laitière
de tes yeux de boulangère.

Je me désaltère
à la fraîche lumière
coulant telle une rivière
sur ta robe légère.

Elle m’indiffère
la lumière sans repères
d’une apprentie sorcière
fomentant la colère
de ma peau prisonnière.

J’adhère
à la sombre atmosphère
d’un bistrot de frontière,
à la loi solidaire
fraternelle et libertaire
que réveille la lumière
d’une ampoule solitaire.

Pourtant je considère,
à la lueur du réverbère,
le grand siècle de Voltaire,
cet immense cimetière
de prouesses extraordinaires
de pères et de mères,
de voix vivantes, familières
pourrissant dans leurs bières
oubliées par la lumière
de notre grisaille amère.

(Je suis en train d’achever la lecture d’un roman passionnant de Valère Staraselski, « Une histoire française, Paris janvier 1789 ». Dans ce livre j’ai trouvé, respectivement au commencement et à la fin, deux messages l’un de Voltaire et l’autre de Rousseau, qu’aujourd’hui seraient peut-être lancés sur un blog méconnu ou alors dans des SMS, avec la prière de les faire circuler.
Dans une inquiétante convergence, Voltaire et Rousseau considèrent la Révolution française comme inévitable déjà au début des années 1760.
Quelque part dans la géographie et dans l’histoire de la planète on découvre, plus rare, une composition pacifique et démocratique des contradictions et des injustices. Il est sûr et certain que notre planète est à nouveau traversée par des conflits de plus en plus terribles que l’homme ne réussit pas à maîtriser et que ces splendides lumières, dont nous devrions être tous intimement réchauffés, ne réussissent peut-être pas à illuminer…)

Mais…
Une lumière naguère prisonnière
est sortie maintenant de galère.
Elle avance, en colère,
affichant sa beauté printanière
en dessous de nos phalanstères.
Une lumière pionnière
descendant de la gouttière
jusqu’à la porte cochère
touche mon âme aventurière
inspirée des paroles sincères
de Rousseau et Voltaire !

« Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. La lumière s’est tellement répandue de proche en proche qu’on éclatera à la première occasion ; et alors ce sera un beau tapage — Les jeunes gens sont bien heureux, ils verront de belles choses. »
Voltaire à M. le marquis de Chauvelin, le 2 avril 1764

« Vous vous fiez… à l’ordre actuel de la société, sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet. Les coups de sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en être exempt ? Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions… Je tiens pour impossible que les grandes monarchies d’Europe aient encore longtemps à durer ; toutes ont brillé, et tout État qui brille est sur son déclin. J’ai de mon opinion des raisons plus particulières que cette maxime ; mais il n’est pas à propos de les dire, et chacun ne les voit que trop. »
Jean-Jacques Rousseau, L’Émile ou de l’éducation Livre I, Partie Ii, Chapitre XXVI, 1762
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Giovanni Merloni