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cible romain

Je viens de loin

Je viens de loin
d’innombrables
changements d’identité
d’histoires redoutables
que tu jugerais
absurdes, étranges, anachroniques.

Jamais je n’ai eu rien de fort,
hormis le besoin d’amour.
Jamais je n’ai eu rien de vif
en dehors de la peur
me donnant ce vertige
d’être seul, au tréfonds de la Terre
dans la gorge d’un noir précipice
qu’envahissent des odeurs infernales.

Même seul, je ne suis jamais seul,
entouré comme je suis de gens bien,
agréables et gentils,
seulement observant
au sujet de mon pessimisme
qu’il serait vain, exagéré, préconçu.

Selon eux, je n’ai pas raison.

Je n’ai pas raison, j’ai tort.
Je garde seulement
au fond de moi, le désir
de partir à la mer
d’étendre sur le sable un tapis
pour mes enfants,
de leur créer un petit nid
où tisser sans effort
la longue fable du ciel,
des oiseaux
des odeurs ancestrales…

Ou sinon nous nous tairons
parce que nous ne serons pas seuls
jamais vraiment seuls
tous les trois.

Ô combien je désire être ailleurs !
M’évader de ces gens qui bavardent
me laisser recouvrir
par les restes du pique-nique
par les courses des enfants
se prenant pour Indiens
par les tristes hurlements
de mégères implacables…

Chacun de nous possède
un interrupteur
pour ne plus entendre
pour voler plus haut
pour songer à ne pas penser
pour changer d’opinion
ou rester figé
dans l’absence d’idées,
pour se sauver dans les rêves
ou dans les souvenirs.
Pour compter deux et deux sans cesse
parce que nous sommes libres,
esclaves,
libres, esclaves
libres, esclaves.

La mort même
devient alors une bonne route
à entreprendre
pour ne pas entendre
de bruits de fond.
Devant ma paralysie,
les autres ont peur que je puisse
d’un bond ressusciter.
Je les pétrifie,
ils ne m’effleurent pas,
de la peur de gâter
cette ridicule attitude
de l’absence.

Si je ferme les yeux
pour être seul
et que les autres me scrutent
sans plus cacher leur gêne,
leur embarras pour ce fait divers
pour cette mort inopportune
qui les dérange,
en ce moment suprême
je m’en fous vivement d’eux.

Je peux alors sortir
de mon sarcophage
et leur faire le mystérieux cadeau
d’un sourire.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN