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hirondelle_trattata def

Giovanni Merloni, 1994_2013

Telle une première hirondelle (1979)

Telle une première hirondelle,
le train transporte, sans odeurs,
le justaucorps bleu de la nuit
dans l’air épuré de l’hiver.

Je me vois sautiller avec lui
suivant le grondement des paroles
emprisonnées dans l’étui
de ma gorge.

J’en entends
l’écho, croassant ou aigu,
sifflant ou aveugle :
le temps et moi,
nous nous faisons des infidélités
si cette constance est fille de la paresse
si cette paresse est sœur de la douleur
si cette douleur…

Rien ne va, rien ne reste,
lorsque le train se visse
en spirale, tel un graffiti de fumée,
dans un colimaçon de stuc
où les amas des situations perdues
se confondent en milliers de lueurs
de visions incohérentes
d’instants enthousiastes
de couleurs ardentes
de chagrins uniques.

Et je revois la chronique,
le scénario fragmentaire,
le mythe de mon passé haletant,
dont je ris, médusé
devant ce temps déchiré
où ma solitude se sauve
dans un costume élégant,
où mes misères déraillent
dans le rêve du néant.

Avec l’allure d’un ivrogne,
le train avance, taillant sans effort
le ballon de caoutchouc et d’eau
du futur.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN  

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