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Mes chers lecteurs et lectrices,
à l’arrivée de Noël et du Nouvel An, je me compte parmi ceux qui n’aiment pas terriblement les fêtes commandées.
J’aime mieux le non-anniversaire de l’Alice de Lewis Carroll ainsi que le hasard d’une rencontre qui peut bien se produire lors d’un lundi de grisaille, même dans un endroit sans éclat ni importance.
J’aime revoir les amis, mais je désire surtout les rencontrer dans un bistrot ou aussi les croiser dans la rue, à l’improviste.
Je crains l’esclavage des rites. À l’exception, bien sûr, des bons plats — les « cappelletti in brodo » surtout —, devenus tellement rares ou coûteux. J’ai toujours accepté les invitations pendant les jours de Noël « obtorto collo », en raison des bonnes choses que je comptais trouver sur la table de mes hôtes.
Ou alors j’ai aimé certaines réunions du jour de l’an, qui restent sculptées dans ma mémoire, auxquelles je m’étais rendu d’un pas récalcitrant, hochant la tête, quitte à changer mes sentiments dès que j’en franchissais la porte. Comme les fins d’année chez Clara et Alvaro, dans leur microscopique appartement à La Storta, déjà rempli par un gigantesque piano à queue, où des multitudes de gens enthousiastes de la musique de Mozart et de la vie simple réussissaient à se tasser.
Je ne supporte pas les jeux de cartes ni les « jeux de société ». Mais dans certains labyrinthes de mon cerveau je peux trouver en un seul déclic ces quelques « inventions » qui me plaisaient, comme le « jeu du vocabulaire », ressemblant comme une goutte d’eau italienne aux jeux de mots « oulipiens », justifiés ou pas, qui s’inspirent à des règles qui demeurent un peu abstruses pour un parvenu de la langue française comme moi.
Voilà donc que je m’approche des jours consacrés à la bonté, à la solidarité et à l’amour avec un sentiment partagé, incrédule pour ne pas dire méfiant.
D’ailleurs, je suis prêt à m’unir idéalement, tout de suite, à une chaîne humaine planétaire se formant spontanément au nom de la “non-violence” et du “respect” entre les humains, avec l’attention particulière qu’on doit aux femmes, aux gens âgés et aux enfants.
Pour cela, je serai dorénavant disponible à interrompre mes élucubrations et mes petites fictions de blogueur frustré.
D’ailleurs, profitant de la fin de l’année et de ses inévitables bilans, j’ai déjà commencé à m’éloigner un peu de cet écran “croix et délice” (comme l’appellerait la Violetta de Giuseppe Verdi), de plus en plus totalitaire et ambigu.
Patience pour les statistiques ! Au diable le compte quotidien des “vues” ! Je préfère les “rues” et je vous y invite !

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Avec les mots incroyablement actuels du « DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE » d’Étienne de la Boétie, que je viens d’extraire, pour ceux qui ne le connaissent pas,  ,

Je vous souhaite un
2016
sans alarmes ni larmes
avec un peu de neige,
mais sans aucun piège.

Une année constructive, citoyenne, attentive
avec un peu de saines ivresses,
mais sans l’ombre de détresse

Une année de “travail pour tous”
où l’amour aura toujours
le permis de séjour
.

Ciao, en dehors de fulgurations inattendues
— vos visites étant toujours les bienvenues

ICI

Dès le premier dimanche de l’année
2016
vous trouverez peut-être des articles
qui feront démarrer un nouveau cycle,
une façon inexplorée d’y être
dans cet univers de fête champêtre
où trouvera sa place quand même
l’envie d’échanger et de connaître
et cetera…

Giovanni Merloni

« Nous sommes ainsi faits que les devoirs communs de l’amitié absorbent une bonne part de notre vie. Il est raisonnable d’aimer la vertu, d’estimer les belles actions, d’être reconnaissants 
pour les bienfaits reçus, et de réduire souvent notre propre bien-être pour accroître l’honneur et l’avantage de ceux que nous aimons, et qui méritent d’être aimés. Si donc les habitants d’un pays trouvent parmi eux un de ces hommes rares qui leur ait donné des preuves d’une grande prévoyance pour les sauvegarder, d’une grande hardiesse pour les défendre, d’une grande prudence pour les gouverner ; s’ils s’habituent à la longue à lui obéir et à se fier à lui jusqu’à lui accorder une certaine suprématie, je ne sais s’il serait sage de l’enlever de là où il faisait bien pour le placer là où il pourra faire mal ; il semble, en effet, naturel d’avoir de la bonté pour celui qui nous a procuré du bien, et de ne pas en craindre un mal… »
« …… »
« Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s’y comportent —
 on le sait et le dit fort justement comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne
 sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du 
tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant — avares ou prodigues —, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle grandeur, il décidait de n’en plus bouger. Il considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants. Or dès que ceux-ci ont adapté cette opinion, il est étrange de voir combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous 
les autres tyrans. Ils ne trouvent pas meilleur moyen pour assurer leur nouvelle tyrannie que de renforcer la servitude et d’écarter si bien les idées de liberté de l’esprit de leurs sujets que, pour récent qu’en soit le souvenir, il s’efface bientôt de leur mémoire. Pour dire vrai, je vois bien entre ces tyrans quelques différences, mais de choix, je n’en vois pas : car s’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de règne est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature… »
Etienne de la Boétie, philosophe (1530-1563) « DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE »

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