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Giovanni Merloni, mars 2017

Cette poésie de 1963, « insouciante et polémique » à la fois — traduite et déjà publiée sur ce blog le 5 mai 2013 —, marque un moment de pause, un intervalle  entre les deux premières parties du Journal d’Alfredo (« Une mère française » ; « À Rome ») et la troisième partie (« L’île ») consacrée au récit de cet été inoubliable à Procida, l’île d’Arturo (1) et de Graziella (2). Avec ce nouveau récit, l’histoire d’Agata et Alfredo démarrera le prochain dimanche 2 avril et se terminera à la moitié du mois de mai. Les 19 épisodes relatifs sortiront tous les dimanches, mardis et jeudis.

Avec la suivante « citation poétique » inspirée par la « nostalgie de la désacralisation », les lecteurs sont autorisés à faire des hypothèses au sujet des ressemblances, certes impressionnantes, entre l’Agata qu’aime Alfredo et cette Ambra, elle aussi blonde et également souple, moqueuse et idolâtrée.
Tout est possible, même si les personnages d’une fiction s’éloignent inévitablement de leur premier modèle avec une incoercible pulsion à le démentir et même à le trahir. Sinon, combien de différences y a-t-il, selon vous, entre l’Agate et l’Ambre ?
Giovanni Merloni

(1) « L’île d’Arturo », Elsa Morante, Einaudi 1957. Traduction en français : Michel Arnaud, 1963. Folio Gallimard, 1978
(2) « Graziella », Alphonse de Lamartine, 1852. Folio Gallimard, 1979

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Giovanni Merloni, Vive le 14 juillet 1789 ! – 1998-2013

Amour et goudron 

Je me moque de toi
de ton odeur de savon
de tes joues sans fard
de tes yeux sans artifices
de tes chaussettes blanches.

Tu te moques de moi
de mes cheveux longs
en désordre parfait
qui me font délinquant
et tu ris également
de mon air trop sérieux
si j’affiche, souriant
des cheveux coupés courts
d’apprenti militaire
diligent et ordinaire.

Je m’amuse à ridiculiser
ta mode pervertie,
tes jupes imprévisibles,
tes lunettes fumées.

Tu me juges égoïste,
un faux sentimental
rangeant tant bien que mal
les femmes dans une liste
un type qui tire à vue
sur les pigeons de la rue
traînant ses yeux d’épervier
au hasard dans le quartier.

« Un remède au verbiage,
au chagrin de l’ennui
ce serait, tu me dis,
qu’on installe un grand lit
sur ce pénible goudron
au beau milieu du tourbillon
de laques et poussettes

ce serait — quel défi ! —
s’embrasser à l’infini
devant ces gens normaux,
dérangés, indignés, apeurés
ne faisant qu’un, mon chéri,
avec ces sombres poteaux
au feuillage hébété

ce serait un bouchon routier
des voies érogènes
se frayant un chemin fantaisiste
parmi les alambics et les gênes
d’une liturgie conformiste

ce serait finalement le baiser
de deux langues ensanglantées
dans le grabat mortel
d’une église abandonnée ! »

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Ciao, ma belle morveuse,
évitons de trop fouiller !
Respirons du fond du nez
les aiguilles de pin
se mêlant aux piqures sans fin
de nos rhumes étourdis !

Marchons, les pieds légers
— un, deux ! un, deux ! —
à l’abri de l’amour et du vice
au-dessous des ombres complices
de notre tout premier
quatorze juillet !

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN :

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.