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Suffit-il d’une visite à Auschwitz pour apprendre à combattre la banalité du Mal ?

J’ai été ravi de participer, le dernier jour de 2017, à une matinée avec Valère Staraselski, invité par Antoine Spire au café dès Psaumes, rue des Rosiers, au sujet du « Parlement des Cigognes ».
J’ai été fort impressionné par le haut niveau de l’entrevue, où Antoine Spire, inspiré par le livre, a voulu fouiller davantage dans les questions encore ouvertes que ce roman soulève, tandis que Valère Staraselski, l’auteur, a su très efficacement expliquer d’abord la motivation primordiale du livre ensuite la raison de son déroulement.
En général, j’ai vu en ces deux interlocuteurs deux façons différentes d’affronter le thème de la Shoah dans son temps et à l’époque actuelle, même s’ils ont montré de partager le même but et presque les mêmes analyses.
J’avais déjà remarqué, en lisant « Le Parlement des cigognes », la présence d’un discours novateur, d’un coup d’aile en direction d’un changement d’attitudes vis-à-vis du « négationnisme » contemporain, qui essaie d’effacer toute vérité historique au profit d’une involution de la démocratie là où elle existe et résiste.
Ce travail dur et difficile de réhabilitation de la vérité historique est d’ailleurs le thème dominant de l’œuvre de Staraselski dans son ensemble : une réhabilitation qui ne fait qu’un avec des principes inébranlables que notre auteur a mûris à travers la discipline d’études sérieux et sa longue militance dans le Parti communiste français.
Tout cela se retrouve pleinement dans « Le Parlement des cigognes », où  notre écrivain se donne la contrainte de faire jaillir la vérité historique de l’Holocauste en Pologne dans la conscience paresseuse et pleine de préjugés de quelques-uns de jeunes Français en visite à Cracovie.
Car Staraselski se pose aussi une question devenue pénible de nos jours : comment éveiller les consciences fourvoyées ou endormies lorsque les conquêtes de la civilisation et de la fraternité des peuples sont attaquées voire anéanties ?
Comment pouvons-nous apprendre l’un l’autre à réapprendre à discuter, à dialoguer et finalement à reprendre le bon chemin pour contribuer au salut de l’humanité sans en compromettre les nécessités primordiales de liberté égalité et fraternité ?

Valère Staraselski essaie de faire cela dans ses romans, non seulement par un travail acharné de reconstruction fidèle des faits et des circonstances historiques, mais s’efforçant aussi de comprendre les mécanismes psychologiques qui se déclenchent notamment dans les jeunes gens quand on aborde un thème comme celui de la Shoah et donc de la nécessité d’un engagement politique pour éviter que cela se répète ou, pour mieux dire, d’un engagement collectif pour que rien ne reste obscur de ce qui s’est passé en Pologne et dans le reste d’Europe durant et après la Seconde Guerre.
Pour qu’on veille sur ce qui se passe aujourd’hui, dans un monde où la circulation vertigineuse des informations se révèle une arme indispensable pour se défendre un peu, mais n’est pas vraiment efficace pour rassembler des hommes de bonne volonté autour d’une bataille constructive.
Je partage tout à fait cet effort de transmettre aux jeunes la vérité en toutes ses facettes même les plus honteuses.
J’ai été donc ravi voyant Antoine Spire, un journaliste très exigeant, approuver pleinement ce livre ainsi que sa façon légère et profonde à la fois de raconter la Shoah, c’est-à-dire la tragédie la plus monstrueuse et insensée de notre histoire récente.
D’ailleurs, je partage tout à fait la critique de Valère sur le caractère touristique des « visites guidées » à Auschwitz…..
Certes, celles-ci sont importantes, mais il ne faut pas négliger la force d’un roman (ou d’un film ou d’une chanson) lorsqu’il s’agit d’une œuvre ayant  la capacité de déclencher, comme le fait le « Parlement des cigognes », une réaction positive parmi les jeunes !
À présent, le roman s’avère, dans les mains et dans le regard clairvoyant de Staraselski, comme le moyen le mieux adapté pour véhiculer le jugement de l’histoire, car la complexité et la précision de ce jugement sont toujours liées à des expériences réelles auxquelles seul le roman peut donner une voix qui brise le conformisme et l’indifférence.
Au bout de cette réunion je crois que tout le monde a saisi, dimanche matin, l’universalité du message du « Parlement des cigognes » avec son hommage à la question cruciale de la tolérance : un sentiment ou action qui ne peut se développer qu’en dehors de la méfiance et de la haine !

Aujourd’hui, 18 janvier, c’est l’anniversaire de mon ami Valère Staraselski, auquel je souhaite une longue et belle vie, riche de reconnaissances à son talent d’écrivain qui sait conjuguer la constance de l’engagement avec l’invention soudaine et inattendue. Valère détient finalement cet « art de transmettre » qui devient de plus en plus rare à l’époque où, paradoxalement, les possibilités d’expression et de diffusion de l’écriture sont de plus en plus sollicitées.

Giovanni Merloni

Le 18 janvier d’il y a 111 ans, naissait mon père, Raffaele Merloni, avocat et homme politique de gauche que tout le monde appelait Lello. Il est tellement présent en tout ce que j’écris ou j’imagine d’écrire, que je parle très rarement de lui sur ces pages. J’ai voulu le convoquer aujourd’hui, avec quelques-unes des personnes qui l’adoraient, pour une sorte d’étrange suggestion, venant du fait que mon père (né à Rome en 1907 où il est mort en 1967, le 20 novembre d’il y a 50 ans), avait la même faculté que Valère Staraselski de surprendre, de révéler soudainement des éclats de créativité inattendus… Inattendus, parce que ses explosions subites semblaient contredire une vie entière d’engagement obscur, solitaire, invisible…
G.M.