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Subitement, j’ai grandi

Subitement, j’ai grandi
dans ta petite main.
Abruptement, j’ai suivi
la courbe de ton cou châtain.
Et suis précipité, en contre-jour,
à travers les moucherons de la cour
au bout d’un accablant après-midi
où la chaleur paraissait de velours.

En un seul dessin

En une seule tache lumineuse
je voudrais te résumer
ou sinon t’emprisonner
dans une rude toile d’araignée
dans une suffocante nébuleuse,
dans une sculpture figée.

Rien qu’en deux traits de fusain
je voudrais éterniser
ton regard malencontreux
les couleurs juxtaposées
de ta peau, de tes cheveux.

En un seul dessin
je voudrais savoir graver
les pensées où tu te tords
tes fantaisies bien cachées
tes espoirs, tes remords
tes ombres décachetées.

Il s’ouvrirait alors devant moi
des collines de gel ou de feu
un paysage vallonné vert et bleu
où se confondraient sans émoi
nos vêtements brusquement jetés
dans la mer rose et jaune de l’été.

Plus tard, mon croquis flotterait
sur la table mollement dressée
des amants tourmentés
sur leurs tristes fourchettes
sur le festin encore chaud
que voudrait mettre en miettes
le regard indiscret d’un salaud.

Je demeurerais inconscient
face à l’incessant va-et-vient
de silhouettes étrangères
qui sillonnent notre clairière.

Au-dehors des glaces noircies
et des ampoules éteintes
je savourerais, sur la terre avilie
l’odeur vif de notre étreinte
nos soupirs haletants et imberbes
et nos chuchotement silencieux
rebondissant, tels des adieux,
des ruines et des herbes.

Il me faudra, tôt ou tard

Il me faudra, tôt ou tard
arrêter de décrire ce que dit ton regard,
brusquement m’obliger
de ranger ce portrait mensonger
dans une toile d’araignée,
dans une nébuleuse,
dans une sculpture
dans un lit de fumée
dans une journée boueuse
où notre fabuleuse aventure
se termine.

Giovanni Merloni

j'ai grandi def

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