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Heureusement, dans le passage de la lettre H à la lettre G, j’ai réussi à me dérober à la brutale alternative
entre
l’Hôpital et la Galère
l’Huis clos et la Grange aux belles
Audrey Hepburn et Juliette Gréco
l’Hockey et le Gymkhana.

Cependant, la possibilité de rencontrer au-delà de la Grille une inquiétante multitude de Géants — comme Garibaldi et Guevara, Gorbaciov et Gandhi, Goya et Giorgione, Goethe et Giordano Bruno, Giacometti et Gerschwin, Genet et Goldoni, Giono et Gide — m’avait tellement Gêné que j’ai décidé de m’adresser d’abord aux Gendarmes, ensuite au Gouvernement.
On m’a proposé une visite à la Gare d’Orsay, aux Galeries La Fayette et à la Géode. Ensuite, on m’a offert une Glace avant d’ouvrir Grand les bras et me proposer, résignés, d’attendre Godot.
Mais, tandis que j’attendais, entouré de Gentilshommes de ma même Génération, très experts en matière de Guerres, de Grands Hommes et de plats Gourmands, un Gouffre s’est creusé sous mes pieds.
Je suis alors rentré dans ma Guinguette où j’ai pu me désaltérer avec plusieurs Gorgées de Glen Grant et hurler librement « ta Gueule » à l’adresse d’un cher ami venu de Groënland. Mais j’ai aussi flanqué une Gifle à Giovanni, le Garçon italien qui m’a répondu « Grazie tante ! » avant de me traîner par les Gencives jusqu’à la première chambre à Gauche.
Une fois dans mon lit je ne réussissais pas a m’endormir, car j’avais l’estomac Gonflé par l’effort de Gérer tous ses personnages en G Grimpant comme de milliers de Gnomes du Genou à la Gorge, tandis que mon corps de plus en plus Gaillard ressemblait à celui de Gulliver à Lilliput.

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Pour me libérer de ce cauchemar, je songeai d’attaquer ces redoutables espèces de Grenouilles comme avait fait à son époque Luigi Galvani, en les transperçant par d’épouvantables décharges de courant électrique. Galvanisé par mon Geste, je m’adressai à la statue de ce tortionnaire bienfaisant dont Bologne est justement fière, installé juste à côté de la cathédrale de Saint-Petronio. Mais celui-ci fit semblant de ne pas me connaître ou, pour mieux dire, il m’indiqua sournoisement le plafond. « Gutta cavat lapidem… Les Gouttes creusent la pierre ! » me dit-il.
En comptant une à une les Gouttes de l’horrible lustre central, je me suis finalement abandonné à la protection de mes Anges Gardiens, qui s’étaient entre-temps chargés de Gommer, pour un peu, mes Gribouillis mentaux.

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Au centre de la nuit, l’urgence de me rendre aux toilettes me fit Goûter le plaisir du vide noir du jardin au-delà du Garde-corps rouillé.
— Tu Gaspilles inutilement ton temps, me dit mon ami Gilles jaillissant de toute sa maigre silhouette derrière une Gloriette blanche Gracieusement illuminée.
D’un coup, j’eus la sensation d’une Galaxie de prénoms en G qu’on ne pouvait pas arrêter.
Où allaient-ils Giuliano et Giuseppe, Giacomo, Giorgio, Gino, Gina, Giusto, Guerrina, Giada, Giovanna, Gabriele, Guido ?
Où allaient-ils Gérard et Geneviève, Guy et Gustave ?
Ce n’est pas la peine d’observer qu’entre eux pourrait bien y être Giacomo Leopardi marchant bras dessus bras dessous avec Giacomo Casanova ; Giorgio Bassani avec Giovanni Pascoli ; Guy de Maupassant avec Gustave Flaubert…

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Anonymat à tour de rôle

M’unissant à ce cortège de Gens illustres, ô combien familiers, je reconnus le centre de Gênes où, petit à petit, au lieu des hommes et des femmes du passé, je vis glisser l’un après l’autre les vélos légers du troupeau du Giro d’Italie. Cela me fit tout de suite souvenir des Grégaires en fuite de Paolo Conte.
J’ai déjà illustré quelque part le Goût de l’anonymat, la Gloutonnerie un peu perverse de la vie en retrait. Avant de m’endormir, avec ces figures des coureurs Grégaires qui tirent la volée aux champions, je me suis souvenus des branches latérales dont me parlait Paolo, mon cousin psychanalyste… En fait, il y a une petite différence entre Grimper en Grommelant pour la conquête d’un Graal invisible et Gagner le prix Goncourt ou le Roland Garros. Sans aucun rapport avec le talent et la force de leur voix il y a des Gens qui naissent vainqueurs du Grand Prix et d’autres Gamins et Gamines qui sont nés pour le refuser.
Plus difficile trouver des Généreux qui soient prêt à lire les bouquins égarés, Gravés parfois avec le sang, une Goutte à la fois.
Mais cela peut arriver. Ainsi se console le Grégaire éreinté qui a fuit le troupeau juste pour se Gratifier en traversant tout seul une redoutable Gorge aux rochers saillants. Sous la pluie battante et Gelée, évidemment.
Pendant la nuit j’ai conté plusieurs troupeaux de cyclistes à la poursuite du Grimpeur ailé, un personnage très célèbre de mes temps : le Luxembourgeois Charlie Gaul. Seul sur l’Aubisque, seul sur le Tourmalet…

G ou la Gifle du hasard
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Le tableau giflé

Avec l’image du coureur Glissant heureux parmi deux parois de Glace je suis plongé dans le vieux placard de mon Grand-père maternel, Alfredo. Parmi la naphtaline et les cintres de bois — ressemblant des Glaives dont je me servais avec mon frère pour combattre jusqu’au dernier sang — il y avait un vieux tableau enroulé, très abîmé par la poussière et l’abandon. Ma mer m’avait dit que c’était l’œuvre d’un frère cadet d’Alfredo s’appelant Roberto, unique artiste auquel je peux remonter dans le vaste arbre Généalogique de ma famille pour retrouver quelqu’un qui m’aurait transmis cette propension… Ce tableau, que j’avais vu trôner au-dessus du buffet dans la salle à manger de mes Grands-parents, avait maintenant une très mauvaise mine. Après, dans le rêve je me Glissai péniblement sur le carrelage noir et blanc. Dans la chambre au fond il y avait une Grande agitation. Mon Grand-père était tombé du lit et ses trois filles, le voyant tout courbaturé mais sain, essayaient de se moquer un peu de lui en lui demandant les circonstances de sa chute.
— J’ai eu un litige avec Roberto, répondit Alfredo avec un regard excité. Je lui ai donné une Gifle… Et suis fini à terre !
Je me demande aujourd’hui s’il y avait de la jalousie ou de l’envie de la part de ce très sérieux professeur de mathématiques et ce peintre aux couleurs obscures des paysages de Léonard qui avait eu peut-être, au contraire de son frère, une vie précaire et malheureuse. Ou alors c’était l’amour de leur mère qui les divisait, ou une femme… Pourquoi pas ?
Car une Gifle est toujours une Gifle. C’est une chose qu’on devrait Garder juste pour les bonnes occasions…
En me réveillant dans mon abri parisien j’ai regardé longuement le tableau de l’oncle Roberto que ma femme avait voulu restaurer. Maintenant, ressuscité, il me semble Cendrillon dans les habits de la fête. Il suffit d’un seul rayon de soleil, qui réussit parfois à se faufiler parmi les immeubles de la cour. Quand il effleure le tableau, celui-ci devient un endroit réel. Je reste enchanté à observer ces rives, le maquis, les arbres, le mouvement sinueux que fait le Garigliano, Glorieux fleuve de la Campania…
Je n’accuse pas mon Grand-Père adoré qui me portait à cheval sur ses genoux se réjouissant toujours de mes dessins de soldats sur les collines et des contes que je m’inventais pour lui faire plaisir. Ce fut peut-être la première personne avec laquelle je m’ouvrisse librement, la première autorité bienveillante (et patiente) qui m’encouragea à raisonner.
Mais, combien de gifles à-t-il adressé à cette branche latérale de l’arbre familial ?
Si l’on devait accrocher aux murs tout ceux qui ont été fauchés par une gifle réelle ou symbolique, on aurait besoin de la Muraille chinoise. Mais ce serait le Mur des larmes, une chose qui évoquerait moins la vie que la mort.

G ou Galerie des Poètes,
échos d’une exposition en cours :
Trois Jeunes peintres ukrainiens à Paris.

000a_les trois peintres 740 Alexandre Dmitriev, Suleiman Kadyr-Ali et Ouliana Ivanova
Société des Poètes Français, Espace Mompezat
16, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Vendredi dernier, dans les locaux de la Société des Poètes Français j’ai participé comme spectateur à l’installation d’une exposition très intéressante, concernant trois jeunes peintres venant de l’Ukraine. Dans le peu de mots que j’en dirai, on comprendra bien la raison de l’insertion de cet évènement au beau milieu d’une de mes lettres biaises et farfelues.

D’abord, je suis sorti particulièrement ému de cette expérience en raison de la grande simplicité des rapports réciproques entre les Poètes Français, faisant partie de la plus ancienne et noble association de poésie de Paris, et le groupe d’artistes venant d’une ville située en Crimée sur les rives de la mer Noire : Simféropol. Dans la même région de l’immense Ukraine on nous a évoqué les noms d’Yalta et de Sébastopol, la première très connue pour des raisons éminemment politiques, la deuxième pour le siège franco-anglais de 1854-1855, dont il nous reste à Paris le nom d’un boulevard très connu.

À la tête de la « délégation », la professeure Nadège Lessova-Yuzefovich de l’Alliance française de Simféropol. Les jeunes peintres — Alexandre Dmitriev, Suleiman Kadyr-Ali et Ouliana Ivanova — ont fréquenté tous les trois l’Académie Nationale des Beaux Arts et d’Architecture de Kiev en Ukraine, l’ancien « état cosaque », dont on cherche encore de traces dans plusieurs endroits d’Europe.

On dirait que c’est normal. Il y a toujours des échanges culturels entre les pays d’Europe et du monde entier et Paris est souvent au centre de ces échanges dans le rôle de promoteur, d’hôte accueillant. Ce n’est évidemment pas la première fois que Paris et la France découvrent des trésors d’art venant de loin.

On dirait que pour rejoindre la Crimée il ne faut que trois heures d’avion. Pourtant le déplacement n’est pas évident. Si d’un côté les Français ne sont pas de grands connaisseurs des beautés sauvages et culturelles de la Crimée ou d’autres endroits et villes d’Ukraine, comme Kiev et Odessa, les Ukrainiens, quant à eux, n’ont pas l’habitude ni souvent la possibilité de visiter Paris ou de venir en France pour faire connaitre leur culture.

au travail 740

Je veux commencer mon petit récit-commentaire avec les premiers moments de cette rencontre avec ces trois artistes, eux aussi, peut-être, des « grégaires en fuite », comme la plupart des artistes. D’abord, à cause du manque provisoire d’une langue d’échange basée sur les mots et les gestes, on était au mutisme. Ensuite, au fur et à mesure que la préparation de l’exposition avançait, avec le désemballage des tableaux et la révélation des tableaux mêmes, le dialogue a commencé et a vite trouvé son rythme.
Et voilà l’incroyable surprise : depuis un territoire assez éloigné, trois jeunes amènent à Paris un monde extrêmement familier. Je ne dirais pas un déjà vu, mais plutôt une nouvelle interprétation, dans leur contexte, de certains exemples et modèles incontournables. À travers leurs tableaux nous ne voyons que des petites nuances qui nous font arriver de temps en temps des émotions inattendues.
On pourrait appeler cela « peinture du commencement et de l’élan poétique ». D’abord le commencement vis-à-vis de l’expression picturale, où le choix des maîtres se fixe sur certains artistes de la belle époque, dont les impressionnistes, évidemment et en particulier, Edgar Degas… Ensuite, le nouveau commencement de l’après-Seconde Guerre, avec le choix de La vie en rose — chanson créée par Édith Piaf en 1947 — qui semble transparaître dans certains tableaux ici exposés.
Dans ces tableaux on retrouve d’ailleurs un esprit et une recherche commune : « la redécouverte de l’âme ». Face à la « tabula rasa » d’identités plusieurs fois niées ou carrément effacés par un siècle implacable, quel est notre point de repère ?
On dirait que le trio de peintres remonte consciemment au 1889, c’est-à-dire cent ans avant l’écroulement du mur de Berlin avec pour conséquence la fin de l’Union Soviétique et la naissance d’une nouvelle galaxie des nations russes.
Les trois peintres, jeunes et modernes, se servant de l’acrylique d’une façon qui ne fait pas regretter ni les huiles ni les pastels et les aquarelles d’il y a 130 ans, remontent résolument à la période de la Belle Époque, en Europe et surtout en France… N’oublions pas combien la langue française était présente dans Guerre et Paix de Tolstoj (roman qui acheva sa publication en 1869) et dans la plupart des romans russes d’avant la Première Guerre.
On voit cela en observant la presque totalité des tableaux ici exposés, où l’évocation de la Belle époque est particulièrement évidente.

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La Dame au petit chien est un film Soviétique en NB réalisé par Iossif Kheifitz, sorti en 1960 qui fut présenté au Festival de Cannes, tiré de la nouvelle éponyme d’Anton Tchekhov de 1889, situé à Yalta, sur la mer Noire.

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Un nu sereinement étendu au centre d’une chambre dont chaque particulier assume une importance particulière… Renvoyant à Velasquez plutôt qu’à Goya… Renvoyant, plutôt qu’à Modigliani, à Edgar Degas et aux nus que celui-ci avait peints à la même époque où Tchekhov écrivait la Dame au Chien…

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Paysages de la Crimée qu’on devine splendide, avec des nuances de sable et de couleurs pâles de la mer se trouvant à la même latitude ne notre Côte d’Azur…

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Gogol, le grand écrivain qui nous regarde, inspiré et pensif, depuis un autre siècle.

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Le portrait d’un couple d’antan, assis sur des fauteuils hautains dans un coin très élégant d’un atelier d’un peintre qui donne autant de valeur au portrait fidèle des deux personnages assis qu’à la mise en scène de cette ambiance du passé.

En plus de quelques natures mortes évoquant Cézanne ou Matisse, ou les fleurs jaunes de Van Gogh, on observe juste quelques petites ouvertures, pour le moment, envers la peinture abstraite et les nombreuses expériences qui se sont développées en Europe après la Première Guerre. Aucun clin d’œil, pour le moment, au constructivisme russe de l’époque de la révolution dont je rappellerais ici le nom de Tatlin ni au futurisme d’El Lissitzky qui a vu ici à Paris les preuves incontournables de Natalia Gonciarova et Vladimir Larionov.

Dans ce groupe marchant en contre-tendance vis-à-vis des modes contemporaines, il y a donc une précise volonté que je n’appellerais pas « retour à l’ordre » ni « assomption » de énièmes formes de récupération du passé en clé moderne. Ils repartent de là, de cette Belle Époque qui a été aussi un moment de grande rupture où le langage des peintres a eu un rôle sans précédent dans l’histoire des nations et de leur civilisation.
L’idéologisation de la peinture — d’un côté l’art abstrait, de l’autre l’art figuratif, pour faire une banale simplification — ont amené une rupture parfois déchirante et dramatique dans la vie de beaucoup de peintres, coupant net la continuité du procès d’émulation et d’assimilation du savoir-faire dans les arts plastiques.
Et je me trouve d’accord avec Alexandre, Suleiman et Ouliana, venus ici à Paris à la primordiale source de leur inspiration. Je partage absolument leur besoin de se relier aux mouvements picturaux de la Belle époque, non seulement en raison de leur merveilleuse exploitation de la figure humaine et du paysage , mais aussi, surtout, parce que ces formes d’art gardaient encore des liens robustes avec l’art des grands maîtres du passé.
Ils évolueront bien sûr et peut-être changeront, en devenant de plus en plus témoins de notre temps complexes et difficiles. Pourtant ils seront partis d’une base solide, qui correspond d’ailleurs à leur vision passionnée et sentimentale de la réalité de l’homme et de la femme.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 24 septembre 2013

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