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Aujourd’hui, Claudine Sales et moi nous avons décidé de synchroniser la publication de ces mêmes articles de façon inverse par rapport à leur première sortie dans les vases communicants d’octobre 2013 (*). Cette fois-ci l’interview à Claudine Sales est publiée dans son blog, tandis qu’ici figure l’interview qu’elle a fait à moi, dont je la remercie vivement. Sincèrement, les questions qu’elle a posées, par leur simplicité et clarté, sont beaucoup plus efficaces et directes que les miennes.
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Giovanni Merloni – Paysage ondulé – encre, octobre 2013

Jeu de l’interview:

CS : Quand je regarde votre immense travail, un mot me vient à l’esprit : « interpénétration ». Toutes les techniques de peinture et tous les arts se donnent rendez-vous sur vos toiles. D’où et comment vous vient cette ouverture ?

GM : Quelqu’un a dit que je veux tout remplir, ne laissant même pas de petites fentes pour sortir du tableau. Pour moi, c’est une question d’équilibre (et d’équilibristes). Car en fait chaque fois que j’entame le dessin de base, un personnage entre en action sur mon plateau (ou passerelle, ou fil invisible). D’habitude, le premier personnage est une femme (qui reste souvent seule sur scène). En fonction de l’attitude physique ou sentimentale de cette femme (ou de cet homme), un deuxième personnage s’ajoute. Parfois, les personnages deviennent nombreux au fur et à mesure que la scène se constitue. D’ailleurs, selon les astrologues, je suis né dans la semaine du théâtre. Et mes personnages risquent parfois de subir un destin tout à fait incommode : les héros dramatiques s’échangent en des marionnettes et vice versa.

CS : Je suis émerveillée devant vos peintures de théâtre. Comment mettez-vous en scène l’espace avec vos couleurs et votre graphisme? Le récit précède-t-il l’espace?

GM : À vrai dire, je vis dans un théâtre, mais ma peinture ne dépend pas de cela, sauf qu’en certaines occasions, où j’ai voulu représenter, à ma manière, Rigoletto ou la Flûte enchantée.
Quant à ma façon d’organiser la page blanche, je n’adopte pas toujours le même critère. J’essaie de construire à partir d’un dessin très approximatif, surtout quand je m’applique à de grandes dimensions. Normalement, je poursuis l’impulsion. Je peux commencer avec un crayon, une plume ou un pinceau, c’est toujours le même : la ligne des cheveux, le cou, les yeux, les mains…. ou alors les arbres, les haies, les ponts, les poteaux…
Parfois, assez rarement en vérité, j’exploite un tableau très rapidement. Plus souvent, c’est un travail long à plusieurs reprises. En fait, j’aime énormément les encres et les gouaches sur papier parce que ce sont des matériaux vivants qu’on peut assujettir à des règles.
Au contraire, l’acrylique est trop opaque pour mes exigences. Il sèche trop vite, tandis que l’huile est merveilleuse, mais ne sèche jamais.

CS: Par quel miracle arrivez-vous à mener ensemble le travail de la peinture et celui de l’écriture? Chez moi, l’un excluant l’autre, j’ai dû faire un choix. Chez vous les deux coulent ensemble et se mélangent harmonieusement.

GM : En fait, au point de vue de mon inspiration de fond, je suis un visionnaire, beaucoup moins riche de science vis-à-vis de Jules Verne et beaucoup moins sûr au niveau philosophique si je pense à Pasolini.
De là se déclenche une attitude de conteur que j’exprime, plus ou moins consciemment, soit dans mes tableaux que dans mes textes.
Cela dit, ce n’est pas facile de concilier l’écriture avec la peinture.
Si je dois peindre de véritables tableaux, je dois forcément interrompre toute autre activité, m’éloignant de l’ordinateur. Par contre, il y a une parfaite complémentarité entre mes dessins sur papier carton et mes poésies, ainsi que tout ce que je publie sur le blog.

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Giovanni Merloni – Le Ruban 1 – encre, octobre 2013

CS : Je voulais encore poser cette question car c’est un sujet qui me travaille beaucoup personnellement. Parlez-moi du trait (dessin) et de la couleur. J’ai lu que vous détestiez le dessin académique, moi aussi.

GM : Même si au cours de la fac d’architecture j’ai fait deux examens de « Dessin d’après nature », je suis un autodidacte.
Cependant, ces cinq années universitaires ont produit deux importants changements vis-à-vis de ce que je faisais avant.
Car pour les tables d’urbanisme on utilisait les « Ecoline », encres en plusieurs couleurs fabriquées en Hollande et qu’en général on utilisait, avec extrême désinvolture, les « Rapidograph », c’est-à-dire les plumes à l’encre de Chine de plusieurs tailles.
À la sortie de l’université se sont d’ailleurs déclenchées deux façons parallèles de m’exprimer en peinture : le dessin à main libre (avec le Rapidograph) et les tableaux sur papier (avec les Ecoline) où la couleur prenait toujours le dessus, du moins au départ.
Et ma tendance parfois exagérée de me servir d’une géométrie assez minutieuse vient, elle aussi, de mes dessins d’architecture.
En tout cas, au cours des années, le rapport entre dessin et couleur n’a pas été facile.
Maintenant, je ne me pose plus le problème. Je me sens libre de faire : des dessins à la plume ou au crayon ; des tableaux totalement confiés aux pinceaux ; des tableaux sur lesquels (avant, durant ou après la peinture) interviens-je avec la plume, ou le crayon, ou le couteau, ou…

CS: Quels sont les peintres et auteurs qui vous ont donné l’électrochoc le plus puissant? desquels vous sentez vous proche, lesquels aimez vous pour leur(s) différence(s)?

GM: Quand j’étais jeune, autour des vingt ans, j’aimais Renoir, Degas et aussi Klimt et Chagall, en Italie il y avait Vespignani, Maccari et Ennio Calabria. Au commencement, j’ai beaucoup ressenti l’influence, plus ou moins totalisante, de chacun de ces maîtres.
Sur la trentaine, j’ai fait un véritable plongeon dans le Roland furieux de l’Arioste. Cela a été une occasion pour m’appliquer à fond dans le dessin. C’est à cette époque que j’ai découvert un penchant pour Rubens, ainsi que Rembrandt et Piero della Francesca. Mais j’aimais aussi Rauschenberg et Andy Warhol
Sur la quarantaine, j’ai eu un coup de cœur pour Mozart et j’ai remonté en arrière, aux maîtres vénitiens comme Guardi et Tintoretto, mais pas pour les suivre. D’ailleurs, cela aurait été impossible !
À mes cinquante ans, eux aussi déjà lointains, suite à mon transport exagéré pour la ville de Bordeaux, la Garonne et la Gironde, j’ai découvert Goya. Cet immense peintre avait passé ses dernières années dans cette ville unique, nous laissant la Laitière de Bordeaux, un tableau de rêve.

CS : Claudine Sales

GM : Giovanni Merloni

(°) « Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » (vases Communicants) .
Dans l’esprit des #vasesco, vendredi 4 octobre Claudine Sales m’a accueilli sur colorsandpastels, son blog très intéressant dans lequel on ne trouve pas seulement une émouvante vitrine des oeuvres que Claudine confie aux monde du web avec une cadence presque journalière, mais aussi un lieu de rencontre et de discussion particulièrement serein et chaleureux. Sa générosité se voit dans les mot qu’elle a écrit pour présenter notre échange :
« Chacun de nous devait proposer un oeuvre graphique sur le thème de l’autoroute et c’est avec joie que je me suis lancée dans cette belle aventure avec cet auteur-peintre généreux et d’une grande amabilité. Merci à Giovanni qui m’a fait l’honneur de m’accueillir chez lui. N’hésitez pas à admirer le travail de Giovanni, sur son site consacré à la peinture et sur le portrait inconscient. Merci également à la merveilleuse Brigitte Célerier, qui nous permet de ne rien manquer des autres échanges de ce mois-ci. Giovanni m’a envoyé deux très beaux dessins à l’encre inspirés par le sujet qu’il m’a laissé choisir : “l’Autoroute”. Je suis très heureuse de retrouver toutes ses qualités de poète et de dessinateur : suivez la ligne ! La beauté des femmes, des deux autoroutes et des croisillons qui renvoient immanquablement à un monde coloré issu de l’imaginaire de ce conteur-poète. Voyager avec lui est exquis, d’autant plus qu’il est d’une profonde gentillesse, toujours à encourager ses pairs avec beaucoup de délicatesse ».

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 13 octobre 2013

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