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Les derniers jours, en dehors de ce que j’avais planifié, je n’ai pas pu me consacrer le temps nécessaire au troisième article sur Palazzeschi, que je dois reporter à dimanche prochain. Heureusement, les raisons qui m’ont « distrait » semblent pour le moment repoussées en arrière, en me redonnant un peu d’optimisme.
Pourtant, en considération de mes origines par moitié napolitaines, je n’aurai jamais le courage d’abandonner notre « scaramanzia » c’est-à-dire notre façon assez archaïque de réclamer la protection des dieux par des attitudes prudentes, dont celle de ne jamais faire de déclarations trop éclatantes à la presse.
Pour exploiter une telle forme de sortilège grossier et innocent, je vous propose, pour remplir le vide de Palazzeschi, un célèbre poème d’Ugo Foscolo,  « In morte del fratello Giovanni » dont le titre résulte très bien adapté à mon cas et état d’esprit actuels.
Ce sonnet, très connu en France, a été plusieurs fois traduit et rentre de plein droit dans l’anthologie de la poésie italienne de la Pléiade-Gallimard.
Ladite traduction est excellente. Et pourtant j’ai voulu la traduire moi aussi, dans le souci de rendre en français l’esprit « beau et ténébreux » de notre auteur.
Ugo Foscolo était bien connu et estimé par ses contemporains, en France aussi. Mais ce poète majeur a payé de façon exagérée son intransigeance dans l’engagement pour l’indépendance nationale. Je ne sais pas si j’en serai capable, mais je m’efforcerai bientôt de fouiller dans la vie de ce poète pour essayer de donner quelques preuve de l’immense valeur de son œuvre.

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En mort du frère Giovanni (1803)

Un jour, si je n’allais toujours fuyant
de gens en gens, tu me verrais assis
près de ta pierre, ô frère aimé, pleurant
la fleur de tes années gentilles tombée.

Or, seule, la Mère, son corps âgé traînant
Parle de moi avec tes cendres muettes,
Et pourtant je vous tends mes paumes déçues
Et seul de loin vers mes toits je salue.

J’entends les dieux contraires, et les secrets
Soucis qui furent dans ta vie de vraies tempêtes,
Et dans ton port je prie moi aussi la paix.

Voilà d’autant d’espoir ce qu’il me reste !
Restituez les ossements, ô étranges peuples,
Au moins au sein de cette mère bien triste.

Ugo Foscolo

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In morte del fratello Giovanni (1803)

Un dì, s’io non andrò sempre fuggendo
Di gente in gente, me vedrai seduto
Su la tua pietra, o fratel mio, gemendo
Il fior de’ tuoi gentil anni caduto.

La Madre or sol suo dì tardo traendo
Parla di me col tuo cenere muto,
Ma io deluse a voi le palme tendo
E sol da lunge i miei tetti saluto.

Sento gli avversi numi, e le secrete
cure che al viver tuo furon tempesta,
e prego anch’io nel tuo porto quiete.

Questo di tanta speme oggi mi resta!
Straniere genti, almen le ossa rendete
allora al petto della madre mesta.

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Ugo Foscolo

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 8 juin 2014

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