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001_viens de nouveau 180

Viens, de nouveau !

Viens, de nouveau !
Voilà, regarde, assieds-toi ici.
Écoutons la mer, elle fait plus de bruit,
le soir, avec le vent.
Raconte ! Tu es la première.

Mais, entre-temps,
est-ce que tu te souviens ?
Je voudrais le savoir,
sérieusement,
pour relier le passé au présent.
Sinon la vie, chaque vie,
jour après jour
serait tôt ou tard effacée
comme cet écueil par l’eau.
Je voudrais le savoir,
à présent
comment est-il possible
que cet homme qui t’aimait
soit ici, qu’il y soit aujourd’hui
cet homme toujours embrouillé
qui ne comprenait jamais.

Je voudrais aussi comprendre
comment
cet homme naïf, égaré et déçu
qui courait ici et là,
en quête de lui-même,
a pu débarquer ici ;
comment
peut-il encore s’exprimer
avec un autre cœur
(sans plus de cœur)
avec d’autres espoirs
(sans espoir) ?
Oui, d’accord, je t’avais perdue,
car je ne savais pas te prendre
et que je t’achetais trop
de fleurs, je te racontais
trop de choses inutiles.

« Mais ensuite, pendant
des années et des années,
sans nous voir ni nous entendre
nous avons longuement conversé
et, alors, un beau jour,
j’ai eu presque la sensation
que je t’avais compris.
Un jour, j’ai entendu 
même ta voix, et je t’ai vu
rire de joie
parce que tout allait bien, 
et que nous marchions 
tous les deux 
en amour et en accord.
Nous nous demandions
pourquoi, alors
nous nous étions quittés. »

Veux-tu savoir d’alors ?
De ce dernier jour ?
Du jour après ?
J’avais perdu toutes mes larmes
À défaut de funérailles à règle d’art,
j’avançais sans un corps à ensevelir,
sans personne à qui parler.
Ce fut ainsi
(sans complaintes
sans aucune scène d’adieu
sans rideaux ni trains
ou mouchoirs)
que cette douleur
m’ayant rendu faible
et confus et peut-être
insupportable
d’un coup me pétrifia jusqu’à
me rendre vide,
pratiquement mort.
Maintenant, parle-moi
encore de toi…
Qu’est-ce qu’il est arrivé après ?
Comment s’est-il passé avec
les autres ?
Avec ton dernier amour ?

« Je m’aperçois que le vent
creusant jusqu’à l’os
nous a fait parler même trop.
Il nous a fait mentir
tout en retournant
à l’infini ce cadavre
comme un pantin d’étoffe. »

La vie, certes, a ses saisons
et aujourd’hui, dans le lieu
et dans l’heure précise
où nous nous quittâmes un jour
tout est divers. Si tu étais là,
tu aurais bien sûr des rides
peut-être un nouveau parfum.
C’est vraiment fini
et pourtant quelque chose de moi
demeure intact,
tu n’as pas changé tout de moi.

002_viens de nouveau part 1 180

Adieu, ma fleur épanouie
timidement ! Tu avais attendu
trente ans à te révéler
(ou même quarante).
Je te perds déjà !

Et cette douleur
qui fut longuement
ma seule compagne,
mon unique raison de vie,
s’évanouit dans un souffle.

Giovanni Merloni

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