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001_madame guêpe 180

Avant j’étais un œuf frais

Avant j’étais un œuf frais
où les nébuleuses rouges
voltigeaient sans les toucher
avec les traînées blanches et jaunes
tout en frôlant le firmament noir
de l’enclos verrouillé
comme des lèvres
comme des joues
comme autant d’attestations
de sympathie et
(pourquoi pas ?)
de confiance.

Pendant longtemps,
j’ai été à demi solide,
à demi liquide,
à la coque,
voilà pourquoi
on m’a avalé
(plusieurs fois)
en me laissant installer
dans les pénibles intestins
de demoiselles incertaines
au milieu de vicissitudes obscures
de travail ou de lutte.

À présent, je suis bien rude,
arc-bouté comme un œuf dur
survolté comme un voyageur clandestin
en train de lorgner son destin
en deçà d’un mur
douloureux et moqueur.

Maintenant, il existe
mille façons
de sortir de cette coquille :
elle n’est qu’un frein usé
désormais
rien qu’un transparent
costume estival.

Et pourtant mille bouches
sont prêtes déjà
à mordre et mâcher
cette silhouette parfumée
qui vient juste de naître
à l’aventure de la vie.

Mille estomacs,
mille bras, mille oreilles, mille cheveux,
mille mains faméliques
vont me mettre en bouillie,
m’éructer,
me cracher,
me vomir….

Enfin libre,
mon corps sans corps
profitera de mille cuisines
et de mille chambres
et de mille cimetières
pour s’asseoir à mille tables
sans manger
pour reposer dans mille lits
sans dormir
pour se retourner dans mille fosses
sans mourir.

Giovanni Merloni

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