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Giovanni Merloni, Couple rouge et bleu, janvier 2015

Depuis ce glorieux dimanche 11 janvier 2015 où les Français de tous les crédos sont descendus dans la rue, deux semaines se sont écoulées.
Spontanément, ils avaient proclamé leur attachement à la liberté républicaine et en même temps ils avaient voulu manifester : leur volonté de travailler pour que l’amour prévale sur la méfiance et la haine ; leur engagement individuel à exercer dorénavant, plus que jamais, l’attention ainsi que la tolérance. Toujours, même dans les situations les plus difficiles.
D’en haut de mon observatoire privilégié — l’un des boulevards qui portent à place de la République, à Paris, en provenance des deux gares du Nord et de l’Est —, j’avais pu observer la façon des gens de participer à cet événement unique.
Tout le monde « courait », glissant sur le goudron au milieu des platanes avec une légèreté qui n’avait qu’un sens, celui de la confiance dans l’intelligence et la sagesse des êtres humains. Dans cette course il y avait aussi une force, l’unique possible contre le vent froid et impitoyable de la Mort : la force de l’Amour.
Pendant cette manifestation de chagrin et de joie, je me suis souvenu plusieurs fois de la journée du 23 mars 2002, à Rome, où une foule pareille, avec les mêmes sentiments, s’était donné rendez-vous près du Circo Massimo, autour de Sergio Cofferati. Nous y accourions pour défendre un primordial principe du droit du travail et, en même temps, hélas, pour manifester contre le énième acte de terrorisme aussi violent qu’ambigu qui avait tué, le 19 mars, à Bologne Marco Biagi, un juriste en train de travailler autour de cette loi controversée.
Je vois des points en commun dans ces deux journées. Elles ne sont pas les seules, en France, en Italie et en Europe, à exprimer une condamnation unanime du terrorisme. Ce dernier n’a aucune justification religieuse ou idéologique que l’on puisse accepter. Ce n’est qu’une forme lâche, tout à fait insupportable, de toucher la volonté de paix et de démocratie dans les pays libres ainsi que dans les libres consciences de tous les êtres humains de la planète.

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Boulevard Richard Lenoir, Paris, 21 janvier 2015

Les signaux évidents que notre douleur renvoie 

Je suis ici, comme vous,
comme toi, comme elle,
un corps encore en vie,
une voix
au milieu d’autres voix.

Une voix qui n’a qu’un seul pouvoir :
celui d’exister,
de crier au secours,
de courir au secours.

Une voix encore libre,
heureusement,
de rester debout.

« Je suis ce que je suis
et n’y puis rien changer. » (1)
Et pourtant j’essaierai
de me garder, dorénavant,
attentif et honnête,
courageux et prudent.
Dans l’espoir
qu’ils se gardent, eux aussi
attentifs et honnêtes,
courageux et prudents,
mes voisins et mes proches
et les jeunes
et les moins jeunes
et tous les artistes
et tous les touristes
et tous les représentants
des autres listes.

Sans rien faire d’autre
parce que nous ne pouvons
rien faire de plus

quitte à respecter la liberté
que nous avons le bonheur
de respirer,

quitte à espérer
qu’on ait des égards
pour cette constellation
de signaux évidents
que notre douleur renvoie,

quitte à prétendre
qu’elle soit réalisée
jusqu’au bout
une poignée indispensable
de choix résolus
que notre civilisation
égalitaire et fraternelle
demande.

Giovanni Merloni

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Place de la République, Paris, 11 janvier 2015

(1) Célèbre chanson de Juliette Gréco.

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