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Je devrais désapprendre

Depuis des années j’apprends
le Paris de tous,
le Paris de quelqu’un,
le Paris de personne.

Pendant ce temps, je me rends
à l’idée qu’un jour s’éveillera
parmi les toits et les portes en bois,
pour me dire « je te comprends »
le Paris à moi.

Que dois-je faire
pour que tu deviennes
ma ville amie,
ma sœur et compagne,
mon court ou long
large ou étroit
trottoir
pour passer au-delà ?

De quelle façon dois-je me contenir
pour que tu sois
vraiment convaincue
de m’offrir une chaise,
de m’écouter, même
distraite, tout en faisant
la vaisselle ?

À quel régime dois-je me soumettre
pour que tu acceptes
ce corps retardataire
échappé pour un poil
à une douloureuse défaite
ce cerveau boitant
qui ne se souvient plus
où il a caché
ses glorieux trophées ?

Quel costume dois-je endosser
pour que tu m’invites
dans tes salles de lustres
de cheminées et de glaces
dans tes jardins pétillants
malgré mon statut de handicapé
de rustre naufragé
de la terre ferme ?

Quelle langue invisible dois-je apprendre
pour que tu te résignes
à m’adresser la parole
en te promenant
le cas échéant
sur l’autre trottoir
au-delà de la rue ?

002bis paris à moi part 2

Je devrais désapprendre
mon dialecte tendre,
mon abrupt destin,
mes paysages italiens
en plus d’une liste
de béquilles ancestrales
et de vices d’artiste.

Ou alors, garder la différence,
le décalage, l’air vieux et sage
traversant ces miroirs
tels de sombres passages
ou de riches tiroirs
pour y exploiter, à l’infini,
ma coutumière double vie.

Giovanni Merloni

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