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Mes chers lecteurs,
Je vous dis, tout simplement, qu’au bout noir et profond d’un puits qui me semblait sans fin, j’ai trouvé une solution pour les prochains temps. Je vous expliquerai un jour les raisons primordiales de mon hésitation à pousser jusqu’au bout dans mon expression sincère, dans le récit authentique de mon parcours de gestes et de mots que j’appelle la vie. Ma vie. Je ne peux pas encore exploiter jusqu’au bout ce qui m’est tout à fait nécessaire. D’ailleurs, il y a la canicule et le pauvre cerveau perd de temps en temps quelques coups. Il faut attendre l’automne, la saison de ma naissance et de mon véritable esprit. À la rentrée, peut-être, retrouverai-je des compagnons de route qui voudront partager mes épanchements et mes découvertes rétrospectives. Ou alors, avec le frais dans la tête, serai-je capable de me concentrer dans un engagement de longue haleine, plus ciblé…
Maintenant, j’ai réfléchi à la récente expérience de l’atelier de réécriture concernant mon recueil des « poèmes d’avant l’amour » et je me suis dit que je dois faire le même pour les autres poésies jusqu’ici publiées, faisant partie des recueils « Ambra », « Nuvola », « Stella », « Ossidiana », « Luna », « Roma » et « Je suis parisien ».
Donc, quand je n’aurai pas de nouveaux sujets à vous proposer, j’essayerai d’attirer votre attention sur mon travail très engageant d’ailleurs, de révision de textes que la plupart de vous ne connaît pas.
Voilà. Les mois de juillet et d’août seront consacrés à la ville de Bologne. À cette période, heureuse et douloureuse à la fois, où j’ai eu la chance d’être homme et me voire aussi comme un personnage, tout en poussant jusqu’au bout l’accélérateur soit dans le travail soit dans l’art et dans l’amour… Je parle d’amour, vous le savez, avec le même naturel que j’aurais en parlant de la vie… Une vie dominée par la ville de Bologne, de ses sœurs et de ses cousines : Parme, Reggio Emilia, Modena, Ferrare, Ravenna, Cesena, Forlì… Une vie consacrée aux amitiés les plus importantes et les plus sincères. Une existence joyeuse et tourmentée où deux personnages incontournables trônaient et trônent encore : Stella et Ossidiana…

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Promenade à Villa Ghigi

Sautillant sur des marches de bois,
tes bouclettes accompagnent l’émoi
délicieux de tes gestes familiers
encadrant drôlement
ton visage bronzé.

On descend dans le pré
au milieu des ruines. Tu racontes,
assez franche,
ton voyage thaïlandais. Je remonte,
en revanche,
à nos pas sur le quai
de la gare. Tu partais
paresseuse,
tu en reviens excitée.

Sur nos têtes nuageuses
se poursuivent nos ombres, nos corps éloignés.
Je demeure distrait, dérangé.

Le chemin est une algue sur le fond de la mer.
Le destin à nous deux
est une gare sans trains.

Arpentant le sentier, tu m’apprends le jardin
dont l’odeur nous échappe.

C’est une drôle de saison qui ne laisse pas l’hiver.
Le soleil est gelé et Bologne, loin de nous,
nous attend, silencieuse.

Un silence aveuglant
a tué nos paroles par sa voix sombre et froide.

Et pourtant nous côtoient, bien allègres,
les voix brusques du groupe en chandail,
aussitôt disparu.

Piétinant le gravier, par ta voix bien tenace,
tu voudrais me calmer et m’apprendre la vie.

Tu ne chantes pas non plus, tu n’endosses pas les choses.

Nous traînons dans le pré. C’est ici qu’on s’aimait
juste hier. La colline s’inondait de soleil,
notre corps se lançait
dans un geste précis que le rire enflammait.

Bologne se faufile dans sa colline,
par le noir de ses feux.
Sur son corps abandonné, la nuit
apeurée se ratatine.

Dans le souffle de nos voix qui patinent,
le jardin est l’adieu.

Que c’est calme ce couple désuni et perdu !

Et Bologne, par ses rues tordues,
par ses longues heures cachées
saisira le regard de ma femme,
son visage bronzé.

Giovanni Merloni

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.

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Giovanni Merloni, 2000_2013

Promenade (1976)

Chaque marche est de terre et de bois. Tes bouclettes, encadrant drôlement ton visage bronzé, accompagnent tes gestes. Tu racontes. En revanche, boiteux, je demeure distrait. On descend dans le pré
par des pierres en ruine. Sur le plafond nuageux se poursuivent les ombres de nos corps lointains. Le chemin est une algue gisant au fond de la mer, une gare sans trains. En faisant les cent pas, on apprend
le jardin. Pourtant son odeur nous échappe. C’est une drôle de saison où encore l’hiver se cache. Même le soleil est gelé. La ville, loin de nous, nous attend, silencieuse. Un silence aveuglant a tué nos paroles par sa voix sombre et froide. Et pourtant  nous côtoient (jolies, bien allègres) les voix brusques du groupe en chandail, bientôt disparu. Elle sautille sur le gravier, ma femme tenace, essayant de me calmer et m’apprendre la vie. Elle aussi ne chante pas, ni ne se vêt pas de choses. Nous traînons dans le pré. C’est ici qu’on s’aimait juste hier. La colline était le soleil, notre corps un geste large et précis que le sourire inondait. La ville se faufile dans la colline, par le noir des feux. Sur son corps angoissé, la nuit s’est adossée. Dans un souffle de nouveaux bruits, le jardin est l’adieu. Qu’il est calme le couple désuni et confus ! Demain, la ville ravira ma seule femme, son visage bronzé.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

1 RÉFLEXION À PROPOS DE “ 013_PROMENADE ”

  1. On se promène aussi dans votre tableau avec plaisir.