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jeanne moreauH

À la mer

Quand explose l’été, ils se croient déjà nus
mais ils sont habillés. Leurs chemins sont frayés
par l’ardeur de leurs pas sous les ombres des pins.

Tu effleurais le matin par tes feuilles légères
caressant ton élan d’une tunique crêpée.
En voyage, le vent s’engouffrant par la vitre
recouvrait bien de bruits. Tu parlais de chansons.

Quand explose l’amour, il ressemble à l’été,
et pourtant le soleil ne défait pas ses nœuds.

Descendant bien de marches on était malheureux.
Toi, nerveuse, badine, tu chantais que des mots.

Qu’il est sombre l’amour s’il explose dans un corps
surgissant à la vie ! À la vie qui s’envole
insouciante et légère comme une chanson.

Nous étions à la plage. Contre un ciel ennemi
des tordus parasols déguisaient nos corps nus.
Des amas d’algues mortes s’engouffraient à nos pieds
des journaux voletaient vers le fond vert de l’eau.
Au lointain, arborant des lunettes assez drôles
triste et belle, tu glissais dans les ondes
déjouant brusquement mes envies furibondes.

Qu’il est sombre et bizarre revenir, au couchant
aux cloisons désolées d’une cité malicieuse
parfumée de sagesse, tellement loin de la mer ! (1)

Giovanni Merloni

(1) Une journée à la mer sur la côte Adriatique en 1975. La ville est Bologne.

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

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