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Adieu, addio, ciao, arrivederci

Adieu, addio, ciao, arrivederci
je voudrais mourir
être déjà mort
arrêter de penser.

Je voudrais que ma mort
fût notifiée aux lieux
de nos rendez-vous
silencieux.

Adieu,
ce n’était pas logique
de s’aimer
sans l’intrusion des autres
leurs chantages
leurs chevaux de Troie
à la bouche fermée.

C’était naïf cet enthousiasme
d’esquiver par milliers
les otages de l’embarras.

Adieu,
l’histoire de cet amour
ce fut deux corps
risquant s’écraser
contre un soleil de pierre,
ce fut l’étalage
de souvenirs glorieux
pendant le temps révolu
de conversations infinies.

Adieu, mon héroïne
je ne pouvais pas me passer
de toi, de ta façon
de manipuler les objets
de leur prêter ton nom.

Tu avais la tête,
tu n’avais pas les jambes
de la petite Rosa Luxembourg
que j’aurais suivie
partout.

Adieu, salut
aux certitudes partagées
de nos feux de joie solitaires.
Seul, je ne saurai plus les nourrir.

On avancera séparés
dans la routine de nos épreuves
opiniâtres, épuisés
par les tabous inébranlables
du sud, du nord,
de la femme, de l’homme.

Adieu, à jamais
je creuserai dans le sable
le gouffre d’une élégante vérité,
et y retrouverai les spasmes
de ton corps blanc, les larmes
de tes yeux rouges, le silence
de ta bouche rose, l’ombre
de tes cheveux bleus.

Adieu, ma chérie,
pendant longtemps,
lorsque j’aurai le calme pour briser,
avec circonspection et amour,
cette cage de stupeur
et d’angoisse, quand je saurai
me frayer un chemin douloureux
dans les prés jaunes du monde
je ressentirai le remords
et la peine
de t’avoir trompée.

Adieu.

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Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN 

PREMIÈRE VERSION EN FRANÇAIS, publiée le 10 janvier 2013

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog. 

Adieu (première version)

Adieu, adieu, adieu, ciao/au revoir/je voudrais mourir/être déjà mort/ne pas penser,/je voudrais que ma mort/soit notifiée aux lieux/qu’on a vu ensemble.

Adieu/ce n’était pas logique/de s’aimer/sans l’intrusion des autres/les chantages,/les cadeaux/et les mille otages de l’embarras.

Adieu/l’histoire de cet amour/ce fut deux corps/risquant s’écraser/contre le soleil de pierre./Ce fut l’étalage/de souvenirs joyeux./Ce fut un temps révolu/empêché de parler.

Adieu, héroïne/je ne pouvais pas me passer/de toi, de ta manière/de manipuler les objets/en leur donnant ton nom.

Adieu, tu avais la tête,/pas les jambes/de la petite Rosa Luxembourg/que j’espérais.

Adieu aux certitudes partagées./Seul, je ne sais plus les nourrir.

Adieu,/on avancera séparés/dans le train train/dans nos épreuves opiniâtres/épuisés par les tabous/inébranlables du sud,/du nord, de l’homme.

Adieu,/pendant longtemps/même si j’atteindrai le calme/ouvrant en moi le gouffre/d’une élégante vérité,
même si je saurai/vaincre cette cage de stupeur/et d’angoisse/pour entrer avec circonspection/et amour
dans les prés du monde,/il me semblera te tromper.

Adieu.

Giovanni Merloni

De « Il treno della mente » (« Le train de l’esprit »), Edizioni dell’Oleandro, Rome 2000 —  ISBN 88-86600-77-1