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Rome, via Calabria, début des années 50

Entretien de Giovanni Merloni avec Isabelle Tournoud (août 2010)

ISABELLE – Voici un an que je n’étais pas venue dans l’atelier de Giovanni Merloni J’avoue que j’avais oublié beaucoup de choses que je trouve aujourd’hui, comme ces deux mains en bois ou cette collection de disques 33 tours. La première fois j’avais eu l’ impression d’un grand espace vide.

MERLONI – C’était en juin, il faisait beau. C’était plein soleil. Tandis qu’aujourd’hui, à deux jours de la mi-aout, le ciel est typiquement parisien.

ISABELLE – Depuis combien de temps habitez-vous ici ?

MERLONI – Cela fait juste quatre ans.

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Isabelle Tournoud

ISABELLE – C’est déjà quelque chose. Vous en avez terminé avec l’installation, je crois. (Elle interrompt de parler pour filmer le petit espace, enregistrant un petit commentaire sonore) : — C’est un joli coin. Nous sommes pas loin du canal Saint Martin, on voit d’ici le pont à côté de l’écluse, une lumière presque aveuglante après la pluie. C’est très différent de vos paysages italiens, n’est-ce pas ?

MERLONI – Oui, c’est une scène nordique qui me fait penser aux Flandres, à Amsterdam, Copenhague plutôt qu’à Paris. Du moins au Paris que je connaissais avant de m’y installer.

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Carol Caracciolo, 1961

1961-1971

ISABELLE – C’est curieux le rapport entre votre peinture et les paysages… Rarement on y reconnaît des lieux, des maisons. Et vous ne faites jamais de portraits…

MERLONI – Si, j’essayais de faire des portraits. Mais surtout de petits coins de mon horrible quartier petit-bourgeois de Rome. Pendant une des premières visites à Paris avec mes parents, je faisais de dessins selon la manière d’Utrillo…

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Nonno col cappello (Grand-père au chapeau), 1964

ISABELLE – Vous ne m’avez rien montré de vos premiers dessins…

MERLONI – J’ai presque tout détruit, de mes premières ébauches. En fait la découverte de la peinture marqua pour moi le passage de l’adolescence à l’âge de raison.

ISABELLE – Vous écriviez aussi des contes, des poèmes…

MERLONI – Je garde le manuscrit de mon « Journal intime »… mais je ne sais pas ce que ça vaut.

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Volti al buio (Des gueule dans le noir), 1961

ISABELLE – Dans tout ce que vous m’avez montré de cette période, on a l’impression d’une souffrance souterraine, sinon d’une véritable angoisse. Surtout dans les nombreux « visages » au pastel et à la cire…

MERLONI – En 1964, revenant d’un deuxième voyage à Paris et en Belgique, j’ai pris ma décision. Je ne me sentais pas à la hauteur de devenir un homme de lettres et je n’avais pas le courage de prendre tout de suite la route de l’artiste. Mes parents m’auraient de toute façon empêché de le faire. J’ai opté finalement pour les cours d’architecture, probablement pour me punir, sans imaginer que ce choix m’amenerait dans une démarche humaniste et altruiste. L’architecture a été aussi pour moi une grande source d’inspiration.

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Periferia (Banlieue), 1963

ISABELLE – Vos dessins et vos tableaux sont un hommage continu à cette architecture… Mais vous l’avez exercé, après, ce métier d’architecte ?

MERLONI – Je me suis occupé surtout d’urbanisme, d’environnement et de problèmes du territoire. On n’arrive presque jamais à dessiner exactement des lieux ou des espaces pour y vivre… mais on peut essayer de les rendre plus beaux. En plus, il y a un côté avocat et engagement politique qui est incorporé dans l’urbanisme qui me plait. J’ai hérité ça de mon père.

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Teatrino (Théâtre des marionnettes) 1963

ISABELLE – Vous êtes né au lendemain de la libération, en 1945…

MERLONI – Oui, mon père, socialiste, et mon oncle de part de ma mère, communiste, avaient été partisans. Tous les deux ont consacré leur vie à la politique, sans pourtant renoncer à une primordiale idée de liberté, même s’ils étaient des militants de la gauche.

ISABELLE – Je me demande ce qu’ils ont dit le jour de l’invasion de la Hongrie.

MERLONI – Ils ont violemment discuté entre eux. Mon père était dur et intransigeant, mon oncle défendait le choix des Russes. Moi j’écoutais, plein d’angoisse, leur voix dans un couloir sombre. J’avais onze ans. Après je crois que mon oncle a beaucoup réfléchi, jusqu’à prendre par la suite des positions très proches de celles de mon père.

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Coppia rossa e nera (Couple rouge et noir), aquarelle
sur papier 70 x 40, 1970

ISABELLE — Vous avez grandi pendant la guerre froide. Vous avez donc respiré cette confrontation idéale continue entre deux visions opposées de la vie et de l’histoire…

MERLONI — Je pense que chaque artiste ne doit pas oublier certains passages dont il a été témoin. En 1963, avec Jean XXIII, le pape ouvert à la gauche et le premier gouvernement de centre gauche, il y eut en Italie un moment d’espoir. Ce fut aussi l’année où l’on a risqué la troisième guerre mondiale à cause de Cuba, et aussi l’année où j’essayai de m’engager politiquement, en signant mon adhésion à la Jeunesse communiste. Mais j’étais encore très timide et j’avais une forte empreinte libertaire. Je pensais avec ma tête et je ne supportais pas ce climat un peu lugubre qu’on respirait dans les séances de la section.

ISABELLE – Nous sommes arrivés en 1964, l’année de votre retour de France et de vos choix de vie : l’université d’abord mais aussi l’art et votre engagement politique.

MERLONI – Juste en rentrant en Italie, nous sûmes que Togliatti, l’ancien chef du parti communiste, venait de mourir. J’eus la chance d’être présent aux gigantesques funérailles .Renato Guttuso les a d’ailleurs peintes de façon admirable. C’était le jour du « mémoire d’Yalta ». Je sympathisais avec cette idée du « socialisme au visage humain » qui faisait rêver.

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Arlecchino e sua moglie (Arlequin et sa femme), aquarelle
sur papier 70 x 50, 1970

ISABELLE – Vous êtes un artiste, un homme libre, très prudent face aux exagérations des autres, mais vous pouvez devenir parfois très engagé ou rebelle.
Mais revenons à la peinture. À dix-neuf ans, vous aviez déjà appris beaucoup de choses. Vous aviez suivi des cours de peinture ?

MERLONI – Jamais. On peut dire que je suis autodidacte, surtout pour ce qui concerne les techniques et les couleurs. C’est vrai que pendant ma formation d’architecte je préférais le dessin à main levée plutôt que le dessin à la machine… Peut-être ai–je appris beaucoup de choses utiles pour la peinture en devenant architecte, même si mes études n’ont pas été très approfondies… Ce furent quand même cinq ans très engageants, pendant lesquels j’ai écrit des rapports, des textes politiques, des thèses mais j’ai peu dessiné ou peint des sujets à moi.

ISABELLE – Vous avez tout jeté ?

MERLONI – Non… mais la période entre ’64 et ’69 a été compliquée pour moi. La mort de mon père a été très douloureuse à vivre. Ensuite il a fallu que je m’adapte à ce monde faux, flou et « terroriste » des architectes — professeurs, assistants et camarades plus vieux que moi. Enfin affectivement je me cherchais.

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Coniugi rosa (Epoux en rose) aquarelle sur papier 70 x 50, 1970

ISABELLE – Entre le 1964 et le 1969 il faut se souvenir de 1968, si je ne me trompe pas… Est-ce que cette année terrible et même trop célébrée a eu un rôle important aussi pour vous ?

MERLONI – Oui. Le premier mars 1968, j’étais à la fameuse « bataille » de Valle Giulia, avec mon frère, étudiant de droit. Nous étions surtout des spectateurs, même si nous étions mêlés parmi la foule qui pour la première fois osait se révolter contre la police…

ISABELLE – Donc, après cette journée, votre parcours artistique aussi a subi des déviations…

MERLONI – Je ne sais pas. Je vous ai dit qu’alors je ne peignais pas. Ma vie était entre parenthèses. Mon père était mort et je devais conclure mes études, d’une façon ou de l’autre. C’est vrai qu’après la révolte et tout ce qui s’est passé en Italie, en France et en Europe, tous mes critères et repères ont changé. J’ai dû abandonner mon apprentissage individuel et partager les chances et les risques d’un apprentissage collectif, par groupes.

ISABELLE – Qu’auriez-vous voulu faire ?

MERLONI – Je prêchais une action d’arrière-garde, qui devait s’occuper de la substance de nos études et de notre travail futur. Mais j’ai été emporté par la même vague que tous les autres…

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Ciclista (Cycliste) aquarelle sur papier 50 x 35, 1970

ISABELLE – Et voilà l’année 1970, une période très prolifique pour votre peinture. Que s’est-il passé cette année là ?

MERLONI – Je me suis marié, je suis devenu père, j’en ai fini avec l’université et j’ai commencé à travailler comme professeur de dessin et histoire de l’art dans un lycée de Rome.

ISABELLE – Étiez-vous heureux ? Ces aquarelles donnent une impression d’angoisse et de peur. Tous ces couples aux yeux fixés dans le vide, ces hommes avec le Borsalino sur le nez, ces femmes affligées…

MERLONI – En réalité, même si mes devoirs précoces m’oppressaient, j’avais trouvé – ou retrouvé – dans la peinture une façon de donner de la liberté à mes cauchemars.

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Folla con palloncini (Foule et ballons) aquarelle sur papier 50 x 70, 1971

ISABELLE – Ce fut une surprise pour votre entourage ? Quelle fut la réaction à tout cela ?

MERLONI – Les amis appréciaient et aussi ma famille me soutenait. Mais c’était évident que je ne pouvais pas élever un enfant et devenir peintre. Ma mère m’emmena voir quelques galeristes. Une marchande de tableaux [Adele Amaduzzi] vendit à Paris trois ou quatre de mes aquarelles… mais était-ce suffisant pour prétendre à une carrière d’artiste ?

ISABELLE – Je trouve dans votre travail de cette période un peu tout le mouvement de l’art figuratif des années ’40 et ’50…

MERLONI – On disait que j’avais quelque chose de Sironi. Mais, à cette époque, j’étais très ignorant. A part Le Corbusier, Mondrian, les grands du passé et les peintres que j’avais vus quelque part à Rome : Ennio Calabria, Maccari, Vespignani, Guttuso je ne connaissais que peu l’histoire de l’art du XXe siècle.

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Operaio (Ouvrier) aquarelle sur papier 70 x 35, 1970

ISABELLE – Vous étiez, je crois, en quête d’une issue : d’un côté il y avait la recherche d’un travail, les responsabilités familiales et de l’autre une sorte de lyrisme primitif, une ironie naïve…

MERLONI – Ce fut une période encore plus difficile que celle que j’avais vécue pendant mes études à l’université. Les occasions de travail à Rome étaient très modestes pour moi. J’avais été chassé de l’enseignement à cause de mon indulgence envers les étudiants en révolte. J’ai quand même trouvé un petit boulot chez un architecte. Fasciné et convaincu par la figure exemplaire d’Enrico Berlinguer, qui était vraiment « un socialiste au visage humain », j’ai adhéré au parti communiste de mon quartier. Cela m’a donné l’occasion de faire mes premières affiches et de réaliser un documentaire-pamphlet contre la spéculation immobilière à Rome. Un film malheureusement perdu qui avait été apprécié pour sa façon originale de traiter ce sujet compliqué.

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Sogno con albero e palloncini (Rêve avec un arbre et des ballons)
aquarelle sur papier 50 x 70, 1973

1972-1982

ISABELLE – C’est en mai 1972 que vous avez laissé Rome pour Bologne.

MERLONI – S’il n’y avait pas eu le trait d’union de la peinture, je dirais maintenant qu’en mai 1972 ma vie adulte a commencé avec une véritable rupture avec le passé. C’est vrai que j’ai gardé un certain nombre d’amis à Rome et que je n’ai jamais coupé mes liens avec mes frères et cousins, auxquels je suis resté toujours dévoué. Mais Bologne c’était le travail choisi et surtout la ville d’élection.

ISABELLE – Vous aviez finalement trouvé un bon travail…

MERLONI – Dès les premiers jours, je me suis trouvé à Bologne dans un contexte idéal. La région Émilie-Romagne, qui venait d’être constituée depuis deux ans, représentait le point plus avancé dans le nouveau système des autonomies. On attendait qu’elle montre la voix d’un changement économique, social et culturel pour toute l’Italie. Bologne c’était le phare à la hauteur de ces espoirs. Un grand nombre d’intellectuels et de professionnels reconnus étaient là, tout engagés vers le même but. Moi aussi j’étais là : un jeune encore inexpert en urbanisme et aménagement du territoire, mais désireux de faire de mon mieux.

ISABELLE – Cela vous a donc distrait de vos aspirations artistiques…

MERLONI – Oui, évidemment. Je me suis plongé dans cette fascinante matière qu’est l’urbanisme sans avoir de temps pour pouvoir peindre. Mais je dessinais toujours, même dans les réunions les plus sérieuses, et je profitais de toute pause pour reprendre mes pinceaux.

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L’aquilone (Le cerf-volant) aquarelle sur papier 50 x 70, 1973

ISABELLE – Et voilà votre première exposition, à Forlì, en avril 1973.

MERLONI – Suivie par une exposition collective à Cesena et une deuxième personnelle à Castrocaro. Je n’ai pas encore mentionné, après le travail et la peinture, un troisième aspect aussi important sinon décisif de cette période inoubliable. Loin de Rome, j’étais plus tranquille grâce à la certitude du travail fixe. Ma crise conjugale, jusque-là cachée, explosa. À cette époque, j’étais devenu un personnage peu recommandable qui tombait facilement amoureux. Je retrouvais une jeunesse sacrifiée. Un curieux équilibre se réalisait entre les diverses pulsions qui me traversaient.

ISABELLE – Cependant, les tableaux de cette période sont encore tristes et angoissés…

MERLONI – Oui, mais après l’exposition de Forlì, Cesena et Castrocaro quelque chose de nouveau arriva. J’ai commencé à être reconnu. J’ai aussi rencontré le peintre Alieto Ragazzini qui m’a donné de précieux conseils. Ma petite renommée m’offrit aussi des occasions dans le milieu de travail. On me chargea de la réalisation de plusieurs affiches, ce qui me donna une nouvelle confiance dans la technique du collage.

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Orlando furioso I (Roland furieux), encre de chine sur papier 70 x 50, 1974

ISABELLE – Je trouve très intéressant ce travail à l’encre de Chine, en noir et blanc…

MERLONI – Ce sont de grands dessins que j’ai faits entre ’73 et ’74 et que j’ai exposés après à Ferrare, près du Centre des Activités visuelles du « Palazzo dei Diamanti ». J’y ai illustré des chants et des personnages du « Roland furieux » de l’Arioste.

ISABELLE – Comment cela est-il arrivé ?

MERLONI – Un ami à moi [Franco Cazzola] suivait avec indulgence mes exploits de peintre. Un jour, il m’emmena chez le maître Franco Farina. C’était un homme extraordinaire, qui dirigeait de façon très intelligente et ouverte la Galérie d’Art moderne de Ferrare, un centre d’exposition de première importance. Je fis voir mes aquarelles que Farina examina très attentivement avec une grosse loupe… « Vous êtes très sensible aux vicissitudes humaines », me dit-il. Ensuite, il me proposa d’illustrer tous les chants et tous les personnages du « Roland furieux ». En sortant de son bureau, j’étais déçu. Mon ami me fit comprendre que Farina ne s’était pas moqué de moi… Six mois plus tard, juste après la naissance de mon deuxième fils, je lui avais livré mon travail. Fin juin il m’appela. Pendant trois mois – du 30 juin au 30 septembre —, j’ai eu la chance d’exposer à côté du Palazzo des Diamanti, dans une grande salle à l’étage. Au rez-de-chaussée, il y avait une importante exposition de Fabrizio Clerici.

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Orlando furioso II (Roland furieux), encre de chine sur papier 70 x 50, 1974

ISABELLE – Vous avez dû profiter de cette occasion unique !

MERLONI – En réalité, je me trouvais dans une situation tout à fait particulière. L’ année ’74 marqua un moment unique dans l’histoire de L’Italie. Ce pays fortement catholique dit NON au référendum qui voulait abolir le divorce.

ISABELLE – Vous avez dû travailler sur ce projet professionnel, mais avez-vous pu vous rendre à votre exposition à Ferrare ?

MERLONI – Pendant trois mois, je ne me suis rendu que trois fois dans les locaux de l’exposition. Peut-être avais-je peur d’un succès que je n’avais pas envisagé ? Je ne sais pas… ou peut être pas le temps !

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Orlando furioso III (Roland furieux), encre de chine sur papier 50 x 35, 1974

ISABELLE – Pour en revenir à votre travail vous avez trouvé une façon originale de raconter l’œuvre d’Arioste, cette « histoire de geste » tout à fait labyrinthique et très difficile à placer dans l’espace. Comment cela a-t-il été possible ? Je vois un style nouveau qui se détache beaucoup vis-à-vis des aquarelles exposées en Romagne l’année précédente.

MERLONI – Jusqu’à cette exposition, on peut dire que je dessinais en cachette, à côté du travail de peinture. J’avais pris cette habitude de dessiner à l’encre de chine des visages, des personnages dans un paysage architectural très vague et approximatif. Je pense que mon acquis d’architecte se montrait encore timidement, à la recherche d’un rôle spécifique. J’utilisais aussi beaucoup ma plume et l’encre de Chine pour travailler les tableaux mais le résultat n’était, à mon avis, pas concluant.

ISABELLE – Il y a un sentiment de culpabilité dans votre récit. On a l’impression d’une expérimentation qui n’est pas totalement consciente de sa valeur et de sa force.

MERLONI – Je crois que chaque artiste est toujours en lutte avec soi-même. Moi j’étais très exigeant et peut-être exagérément inquiet de mes limites techniques. Et je ne savais pas jouer la provocation. Du moins pas jusqu’au bout.

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Gulliver, encre de chine sur papier 35 x 50, 1976

ISABELLE – Vous aviez réussi un grand exploit avec le « Roland furieux », mais les aquarelles des années précédentes n’étaient pas moins bien.

MERLONI – Voilà un point sur lequel je n’avais pas réfléchi. C’est vrai qu’en cette période j’écrivais des phrases, des vers venant de mes poésies. C’était vraiment une nouvelle façon de m’exprimer, je faisais en même temps de la peinture et de la poésie.

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La primavera è la tua mano (Le printemps est ta main) technique mixte
sur papier 50 x 70, 1976

ISABELLE — Pendant le reste des années soixante-dix, jusqu’au 1983, on observe une sorte d’hésitation… tandis que les tableaux exposés à Bologne en ’76 étaient formidables.

MERLONI – Certaines critiques que j’ai reçues pendant cette exposition sur mes derniers travaux m’ont conduit à beaucoup douter. Après, j’ai pensé que je ne devais plus faire de dessins en noir et blanc sur le modèle du « Roland furieux » et surtout que je ne devais plus « écrire » quoi que ce soit sur les tableaux.

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Tierra prometida, technique mixte sur papier 50 x 70, 1977

ISABELLE – C’est dommage, parce que c’était votre façon spécifique de vous exprimer, je crois. J’ai l’impression que certains de vos poèmes pourraient s’inscrire merveilleusement dans vos dessins.

MERLONI – Je vous remercie pour cette reconnaissance. En fait, pendant des années je ne me suis pas seulement obligé à renoncer à l’intégration poétique. J’ai tenu le dessin d’un côté et la peinture de l’autre. Je me disais que mon dessin était ironique sinon caustique et que ma peinture était lyrique sinon dramatique.

ISABELLE – Donc, vous avez choisi un parcours plus traditionnel, du moins au point de vue technique. C’est ça ?

MERLONI – Oui, de quelques façons. J’avais besoin de toucher un niveau technique plus solide. J’ai dû attendre de conditions favorables pour rapprocher entre eux le dessin et la peinture. Il suffit de regarder les premiers tableaux que j’ai faits en 1983, quand finalement j’ai eu l’espace pour peindre en liberté.

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Giovanni Merloni au travail, 1973

(continue ci-dessous dans un nouvel article)

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