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Un soleil très adapté aux exigences d’un cinéma qui n’admettait pas de deuxièmes essais

« Lors d’années plus euphoriques, pendant l’étrange veille de 1968, où les enfants de la petite bourgeoisie touchant les vingt ans étaient encore ou de gauche ou de droite, nous avions réalisé un petit film, en super 8, qu’on avait voulu désengagé, qui sait pourquoi. La scène plus belle se déroulait dans une élégante maison de campagne à côté de Tivoli ayant une belle terrasse accoudée sur un ravin bercé par un soleil très adapté aux exigences d’un cinéma qui n’admettait pas de deuxièmes essais. Nos “ragazze” semblaient de véritables dames, on avait emprunté pour elles pas mal de chapeaux qui en embellissaient les regards et les épaules lumineuses. Nous n’eûmes pas le temps de réaliser la piste sonore, même s’il y avait bien sûr un scénario. Ce manque épargna toute précision de phrases peut-être vulgaires alternées à des défaillances sublimes. Les spectateurs conviés dans cette même terrasse n’entendirent que nos voix hésitantes et donc des explications déplacées. La trace qu’on avait suivie était banale, presque télévisée. Moi, encore sans barbe, pourvu pour l’occasion de feintes moustaches et d’une feinte mèche blanche à la Aldo Moro, je paraissais jeune, grassouillet, gai. Mon léger double menton s’agitait dans la mimique de quintes de rires impromptues et violentes.

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Ma génération demeurait cachée quelque part, toujours en train de s’interroger. Tout est passé sans qu’il reste une trace, toujours avec ce besoin supérieur d’être utiles, un besoin auquel la fantaisie devait venir au secours dans les habits d’une servante aveuglement fidèle ou d’une compagne distraite, forcément décalée dans son rôle gaspilleur de solutions aussi drôles qu’incohérentes. Les romans que nous écrivions dans le téléphone, nos poésies de jet, nos gouaches qui catapultaient nos vicissitudes sur les murs de la Faculté, ce n’étaient pas des choses destinées à s’imposer en elles-mêmes.
Nos fragiles petits films étaient eux aussi une occasion pour dilapider nos forces inépuisables. Rire et se laisser détourner, ricaner jusqu’aux larmes sachant bien qu’ainsi l’on se ferme à jamais à notre véritable jeunesse. »

Giovanni Merloni