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Giovanni Merloni, La danseuse géométrique, gouache 2016

La valse sans temps

Une lampe en papier huilé
déferle ses rayons hésitants
sur les aquarelles ouatées.

Une caresse transparente
avance, habillée de parchemin
défaisant ta coiffure indolente.

Dans la nuit froide des bibelots
combien de fois m’as-tu fait cadeau
de la chaleur de ton corps libéré ?

Telle une porte ouverte au vent
tu t’es laissée traîner dans la boue
par ton chevalier servant.

Telle une tente ensanglantée
tu t’es laissée bercer sans bouger
par ses rudes mains gelées.

Ce ne fut qu’hier, dans ce froid sidéral
que je n’ai pas reconnu ton corps nu
ni mes baisers éphémères et crus.

Mais déjà, tu reviens, papillon opiniâtre,
t’enlisant dans mes gestes de plâtre
te hissant sur mon île saumâtre.

Une joie déchirante m’envahit
lorsqu’avec toi je roule au bout du lit
lorsqu’avec moi tu glisses dans la rue.

Parmi les chats blessés sans honneurs
et les icônes parsemées de jolies fleurs
nous roulons sans vacarmes, sans odeurs.

Au petit jour se réchauffe ton nez,
grimpent haut les rez-de-chaussée
vers la coupole de carton satiné.

Voilà, nous nous sommes réveillés
épuisés, endoloris, émerveillés
d’être tombés ici, sous le ciel de Paris.

Où étions-nous, au juste
quand tu disais que je m’incrustais,
et que la valse infinie se terminait ?

Paris se moque de nous
ne cessant pas de nous accorder
ce qu’il nous est désormais arrivé.

Giovanni Merloni

paris_chamontin Photo d’Élizabeth Chamontin (@Souris_Verte) que j’ai empruntée
sur Facebook avec son accord.