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L’hiver est ta bouche

L’hiver est un bouquet de mimosas
sur tes lèvres violettes.

L’hiver est une porte fermée
emprisonnant nos corps qui s’ouvrent.

L’hiver est une flûte ultrasonique
qui fait fondre les cloisons du silence.

L’hiver est un champ de chrysanthèmes
d’où les yeux d’Anne Frank nous guettent.

L’hiver est le ventre de beurre et de bière
d’un camionneur allemand
l’œil de verre d’un tireur mercenaire
le chemin durement contrarié par le vent
de nos arcades familières.

L’hiver est le fil costaud
octroyant un demain sans peines
un dimanche de soleil et de chaud
où tu me livres ta force sereine.

L’hiver est un rempart lézardé
que brise mon désir effronté
d’y dénicher le jasmin.

L’hiver est une couche épaisse de peur
s’imprégnant dans les paupières
des vieux, des souffrants, des misérables,
ou alors la béate assurance
d’apprentis sorciers
tant bien que mal équipés
qu’aimantent les gouffres minables
de sombres montagnes enneigées.

L’hiver est le verglas qui va te casser la figure.

L’hiver est une poêle à kérosène
un voile de feuilles vidées de saveur
ensevelissant les hurlements extrêmes
de la nature qui meurt.

L’hiver est un élan vif de solidarité
une veillée bruyante de rires et de chansons.

L’hiver est le désespoir qui pousse à lutter
le courage confiant de nous savoir nombreux
le refus orgueilleux du compromis honteux.

L’hiver est mon cri qui tout brise
barrant la fuite à ta beauté insoumise.

L’hiver est ma grève de paroles,
ton sourire hagard
nos quiproquos si drôles
nos gestes si bavards.

L’hiver est un dictionnaire des synonymes
et des contraires, une voix désenchantée
qui franchit toute frontière, un défilé
de vêtements anonymes
sur des passerelles ouatées.

L’hiver est le souffle froid d’un soleil limpide
surplombant une ville d’hommes et de souris.

L’hiver est le cafard des poètes
salutaire contrepoint d’une gloire enfin ratée.

L’hiver est une entrevue spasmodique
sous le rideau indifférent de la nuit.

L’hiver est notre amour vertical
se promenant sans moyens
sur les allées sévères.

L’hiver est tes piquantes fourrures
tes foulards extravagants
tes chandails, ton haleine gelée.

L’hiver est l’escalade de ton lit
le café irlandais qui brûle
au cœur d’un dimanche qui s’écoule
silencieuse, sans autre esprit
que celui de t’aimer.

L’hiver est un dimanche maudit
où je lâche à mes mains,
à elles seules, la tâche de te parler
tandis que toi aussi, de tes mains,
tu me parles.

L’hiver n’est pas la mort, pas encore.

L’hiver est le jour opiniâtre
où nous venons de naître
et jetons déjà nos envies
dans les méandres d’un sillon bleu
où se promènent, incertaines
les joues en feu
et la bouche pas vilaine
d’une hardie demoiselle
qui n’a pas les clés de chez elle.

L’hiver est ta bouche.

Giovanni Merloni

inverno per blog rogné

L’hiver est ta bouche (version précédente)

L’hiver est une grappe de mimosas sur tes lèvres violettes. L’hiver la porte se ferme et notre corps s’ouvre.
L’hiver est une flûte ultrasonique qui fait fondre les murs de glace.
L’hiver est un champ de chrysanthèmes et les yeux d’Anne Frank.
L’hiver est le ventre de bière d’un camionneur allemand, l’œil de verre d’un tireur d’élite, la rue d’en bas que le vent a changée.
L’hiver est le fil ténu pour arriver à demain, à dimanche, à toi. L’hiver est un rempart à peine lézardé, la ténacité et la chance de reconnaître le jasmin.
En hiver les vieux, les pauvres, les souffrants ont sur leurs paupières une épaisse gélatine de peur (pourtant tout le monde va se casser la figure en glissant sur le verglas).
Dans l’hiver à kérosène, la nature meurt sur les palmes sèches de feuilles vidées de saveur.
L’hiver est un dictionnaire des synonymes et des contraires, une voix ouatée, un défilé masqué de vêtements démodés.
L’hiver est un souffle froid, un soleil limpide, une ville d’hommes et de souris, c’est le cafard des poètes froissé, d’occasion. L’hiver est l’amour sous la tente-couverture, c’est la nuit.
L’hiver est l’amour vertical, les allées sévères, les petites fourrures, les foulards, les chandails, les haleines gelées.
L’hiver c’est l’escalade des lits de plumes, le cappuccino qui brûle au cœur d’un dimanche que j’exploite en te regardant parlant, touchant, attendant que toi aussi tu me touches.
L’hiver n’est pas encore la mort, est le courage de lutter, le désespoir et la confiance d’être en vie en plusieurs, c’est la résistance à l’aplatissement, c’est mon hurlement, c’est ta fuite, ma grève devant ton sourire hagard.
L’hiver nous sommes à peine nés et déjà nous soufflons vers les joues en feu et la bouche incertaine d’une jeune fille qui n’a pas les clés de chez elle.
L’hiver est ta bouche.

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

Cette poésie est protégée par le ©Copyright, tout comme les autres documents (textes et images) publiés sur ce blog.