le portrait inconscient

~ portraits de gens et paysages du monde

le portrait inconscient

Archives de Tag: Roman théâtral

Une dame élégante, que j’imaginais assise sur une chaise de fortune – Une femme-écran/3 (Roman théâtral n. 6)

26 jeudi Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 3 Commentaires

Étiquettes

Roman théâtral

Une dame élégante, que j’imaginais assise sur une chaise de fortune

— Vous avez eu besoin de vous exiler à Paris, pour comprendre que Vera n’était pas la femme de votre vie… Ou alors, vous avez tout quitté avec le seul but de vous séparer d’elle ! Si vous me permettez de le dire, cela demande de la force et du courage, mais relève aussi d’une certaine faiblesse…
— Oui, je ne suis jamais capable de couper net ! Si je quittais Vera sans abandonner Naples, il n’y aurait pas eu de rue ni de vitrine ou de voix dans la rue qui ne me la rappelait pas, qui ne me renvoyait pas nos conversations à la fois acharnées et délicates… Pourtant, elle n’était qu’une compagne de route, une réplique, comme je lui ai dit… par la voie télépathique !
— Et l’original ?
Dès que je prononçai ce mot — « original » —, j’eus un violent frisson. Sans doute, la température dans notre salle commune avait baissé, comme il arrive souvent dans cette ville où même le climat a des allures abruptes et frénétiques. Je courus fermer la porte-fenêtre, me demandant au passage pourquoi j’avais autorisé Michele Calenda, mon colocataire, jusque-là très respectueux, à s’aventurer dans un sujet si pénible pour moi. Avec cet homme qui pouvait être mon père, que pouvais-je connaître des femmes de sa génération dont je n’avais rencontré que des exemplaires figés et distants ? Que pouvais-je m’attendre, moi, du récit des circonstances où son bonheur avait été interrompu ? N’avais-je pas souffert assez, moi-même, pour un état de grâce qui s’était brisé à jamais ?
— Elle était une femme qu’on ne rencontre pas tous les jours ! continua-t-il, s’accompagnant par des gestes vagues. On s’est perdu de vue, et je ne sais pas où elle est… Pourtant il n’y a que deux endroits où elle pourrait décider de s’installer : Bologne ou Paris, Paris ou Bologne !
— A-t-elle un prénom ?
— Oui, elle s’appelle Rose. Chaque fois que je prononce ce mot velouté, elle s’épanouit immédiatement dans mon cœur et serpente dans mes veines jusqu’à devenir tout mon sang, tout mon esprit, tous mes rêves… Mais il arrive aussi qu’un souvenir affreux s’affiche à l’horizon, chaque fois qu’elle me vient à l’esprit. Une espèce de bourrasque, ayant la fonction de tout interrompre, tel le robinet de l’Écluse Saint-Martin. Vous connaissez le canal, n’est-ce pas ? J’y vais souvent et je me réjouis avec une petite multitude de camarades retraités quand je vois le formidable mécanisme à l’œuvre. La péniche amenant quelques touristes du bassin de la Villette à l’Arsenal attend patiemment que le niveau de l’eau en aval soit le même qu’en amont… et finalement les deux battants de l’écluse s’ouvrent en octroyant la liberté intrigante d’un autre segment de canal à parcourir. Ensuite, on attendra qu’à la prochaine écluse s’applique à nouveau le principe des vases communicants ! Il s’agit bien sûr d’une drôle de liberté, assaisonnée de vertu et de respect des règles d’un progrès à mesure d’homme et de péniche… mais on était bien loin de ça, lors de mon histoire bolonaise. Là, il n’y avait pas de robinets libératoires ! Tout au contraire, hélas, mon souvenir des circonstances de notre dernière rencontre n’a même pas le temps de démarrer ni de s’acheminer… puisqu’il cogne soudainement contre un mur de brouillard. Un sortilège s’est installé là-dessus, m’empêchant chaque fois de reconstruire ce qui s’est vraiment passé entre Rose et moi au moment de notre séparation… Ou alors, j’ai affaire à un odieux trou de mémoire !
Michele s’était arrêté, comme le ferait une mule au bord d’un gouffre. Je ne savais pas quoi dire. Pourtant, cette femme insaisissable m’intéressait. Je ressentais sa présence comme une ombre s’agitant au-delà de la vitre, sur le balcon. Une dame élégante, que j’imaginais assise sur une chaise de fortune… Elle aurait pu profiter de la nuit pour frapper de l’extérieur contre la porte-fenêtre, susurrant avec énergie : « ouvrez ! Ouvrez ! »
— Où l’aviez-vous connue ?
— À Bologne. J’y habitais depuis six années, dans une espèce de camaraderie masculine où l’amour était banni… Le jour même où j’eus enfin un petit appartement pour moi seul, je rencontrai Rose Bertrand ! Ce fut en octobre 1978… dans le hall du cinéma Roma, via Fondazza ! À l’affiche, il y avait « Il vizietto » avec Ugo Tognazzi et Michel Serrault…
— C’est « La cage aux folles », pour les Français ! murmurai-je, en me souvenant de mon ami Olivier et de ses expressions enthousiastes au sujet de cette œuvre extraordinaire, si bien transportée du théâtre au cinéma…
— Elle m’avait toujours caché quelque chose, une seule chose peut-être, reprit Michele, haletant. Le jour de notre adieu… on voyait bien qu’elle avait envie de vider le sac. Pauvre Rose ! Elle était tellement bouleversée à cause de mon départ soudain ! Maintenant, je me souviens qu’elle avait les larmes aux yeux et qu’elle débitait son récit très lentement, tandis que le train courait déjà… J’aurai dû reporter d’une heure ou deux mon déplacement au chevet de ma mère… Patience si j’allais voyager debout ! Mais je crois qu’il arriva quelques accidents entre nous. Elle avait peut-être dit quelque chose qui m’avait contrarié… et je ne lui donnai pas le temps de tout avouer. Le train partait déjà et le bruit des roues sur les rails m’empêchait d’entendre sa voix !
— Par contre, vous vous souvenez très bien de cet adieu ! Ce fut bien dramatique !
— Oui, peut-être les choses se sont-elles passées comme ça… Mais il est bien possible que je me trompe… parce que c’est à vous que je raconte tout cela… et que vous n’êtes pas indifférente à ce que je suis en train de dire, peut-être… D’ailleurs, vous ressemblez tellement à Rose Bertrand, du moins au point de vue physique… car elle était exagérément timide, parfois mystérieuse, tandis que vous êtes un livre ouvert, du moins pour moi !
— Ne me mêlez pas à vos souvenirs ! protestai-je.
— Non, non, ne vous inquiétez pas ! Il arrive seulement, en discutant avec vous, que mes souvenirs se transforment un peu, car je m’autorise à y ajouter de petites circonstances tout à fait inventées… Au contraire, tout ce qui concerne Rose est désormais emprisonné sous une couche épaisse de glace, telle une Blanche Neige de Disney dans le cercueil vitré !
— Vous vous êtes passé du baiser qui l’aurait ressuscitée ! D’ailleurs, je ne vous vois pas bien dans les draps du Prince charmant !
— Oui, je me suis dérobé au geste que peut-être elle attendait ! Mais après, si vous saviez combien j’ai regretté tout cela ! Cet adieu à tout coupé entre nous. Dès que je suis descendu à Naples, j’ai essayé de la rejoindre, par la poste, par téléphone. Rien. Elle avait disparu sans même me donner le temps de saluer ma mère souffrante et de redescendre dans la rue pour chercher une cabine…
— Pour vous, ça marche beaucoup mieux avec les conversations télépathiques, n’est-ce pas ?
Indifférent à ma provocation, il avait besoin, apparemment, de se rassurer par d’autres sortilèges :
— Bien que baptisé, je ne suis pas croyant. Mais, puisque j’habitais à  nouveau à Naples, je me disais, surtout dans les mauvaises impasses, que rien ne m’interdisait de m’adresser à San Gennaro pour Rose ! J’étais devenu un habitué de cette église avec mes petits dons et agenouillements auprès de l’autel du saint patron. Donc, j’étais convaincu que Rose, toujours protégée par ma bienveillante cloche de verre, ne courrait aucun danger !
— Vous l’aimiez sincèrement, jusqu’au bout ?
— Oui, je l’adorais même avec son indomptable esprit de contradiction, même si elle se dérobait à mes propositions de tout fusionner, de tout mêler…
— Rose Bertrand était-elle vraiment française ?
— Oui, une Française originaire de Besançon.
— Est-ce qu’elle était engagée avec quelqu’un d’autre ?
— Non, il n’y avait aucun en-dehors de moi, ça c’est sûr !
— Avait-elle alors une raison plus forte que l’existence d’un mari… pour ne pas courir vers vous ?
— Maintenant, c’est vous qui vous adonnez à la télépathie pour découvrir des choses que je ne sais pas.
— Vous n’avez rien imaginé ni su, pendant tout ce temps qui s’est déroulé ?
— Surtout, je n’ai rien remarqué quand j’étais auprès d’elle… J’étais assez naïf, à cette époque-là ! J’étais toujours transporté envers cette femme et concentré dans la recherche d’escamotages et stratagèmes pour rester seul avec elle. Pour moi, il n’y avait que l’attente de cet instant libératoire où la joie subite efface tout… cet instant où la fougue de l’étreinte s’échoue dans le petit délire d’une conversation dépossédée, où les mots voltigent partout et nulle part, sans besoin de syntaxe…
« Mon Dieu, j’ai besoin que vous existiez ! Soyez magnanime, accueillez pour une fois la prière maladroite d’une athée convaincue ! Faites de façon que Rose Bertrand ne soit pas Madame Lamy, la Française en deuil perpétuel soi-disant originaire de Saint-Malo qui m’attendait à la sortie de l’école ! Je vous en prie, laissez-moi croire qu’à Bologne il y a eu en même temps deux Françaises blondes aux yeux bleus ! »
J’étais en train de sortir de mon vœu quand Michele, visiblement épuisé, coupa court son récit :
— Du jour au lendemain, je quittai Bologne et mon espoir de voir enfin l’amour triompher.
— Vous rougissez, maintenant, comme si elle était encore là… !
— Oui, elle est là, au-delà du magnolia ! dit-il sortant dans le balcon. Là… Là, ajouta-t-il, pointant le doigt en plusieurs directions. D’ailleurs, avant de partir, j’avais fait une longue visite à San Gennaro, qui m’avait rassuré : « Elle est bien vivante ! avait-il murmuré. Un beau jour vous vous rencontrerez comme ça, par hasard ! »
— Au marché du dimanche près du boulevard Richard Lenoir, par exemple ! m’exclamai-je. Je me la figure splendide, habillée en noir… Sinon, vous ne m’avez rien dit de ses cheveux !
— Elle avait alors des cheveux châtains très longs dans le cou, fins et légers !
Heureusement, je me souvenais que Mme Lamy, dont je n’avais jamais su le prénom, était blonde avec les cheveux noués en chignon et portait les lunettes solaires Ray Ban…
— Vous l’aimez encore ? lui demanda-je, intimement rassurée.

— Je ne sais pas. Sans doute, pendant ces vingt années qui se sont écoulées, mon corps vivait à Naples tandis que mon esprit vivait à Bologne ! Certes, un mécanisme d’autodéfense s’est déclenché en moi, m’amenant à me convaincre que mes regrets se bornaient à la ville de Bologne, à ses beautés uniques, à sa culture solidaire. Oui, on peut bien aimer une ville sans qu’il y ait forcément une liaison d’amour ou de passion éphémère qui fait tout déclencher… Mais ce ne fut pas le cas de Bologne, pour moi ! Et je vous mentirais si je disais que j’aime Bologne en dehors de ce que j’y ai découvert et aimé avec Rose, de ce que j’y ai pu voir avec ses yeux… des yeux bleus où se niche l’océan, comme les vôtres, Anna !

Giovanni Merloni

Cette différence entre homme et femme qui empêche l’amitié sans équivoques – Une femme-écran/2 (Roman théâtral n. 5)

24 mardi Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Roman théâtral

Cette différence entre homme et femme qui empêche l’amitié sans équivoques

Je m’assis sur une chaise imaginant qu’il s’agissait d’un strapontin du métro et je commençai à mimer les gestes suspendus de cette charmante dessinatrice, faisant semblant de gribouiller moi aussi des notes qu’au fur et à mesure je laissais glisser à terre comme les feuilles du calendrier. Pourtant ce jeu dangereux m’inquiétait, car je ressemblerais de façon impressionnante, selon ce que Michele a plusieurs fois affirmé, à la femme dont cette inconnue serait à son tour la photocopie.
— Elle gardait la main très ferme, même quand la rame virait brusquement, reprit Michele d’une voix hésitante.
— C’est à cause de son assurance d’artiste expérimentée que vous vous êtes souvenu de la couche de poussière qui s’est désormais installée sur vos peintures ! observai-je.
— Je pourrais recommencer, maintenant ! Ce chevalet-ci n’attend que ça !
— Vous ne manquez pas d’inspiration, ça, c’est sûr !
— Il me manque le courage nécessaire pour rassembler mon identité en pièces, mais cela ne m’empêcherait pas des œuvres dignes !
Je fis un tour de la pièce, l’imaginant remplie de tableaux en agréable désordre…
— Est-ce que je peux vous dire une chose ? lui proposai-je. À mon avis, vous avez juste le souci de rentrer dans un contexte, de vous découvrir utile à quelqu’un et à la société. Cela est tout à fait compréhensible et humain.
— Vous avez raison. J’hésite à m’installer définitivement à Paris et, de temps en temps, je me sens inutile !
— Mais, ici, vous pourriez être utile… à moi !
— À vous ? 
Son regard subit me fit peur. Alors, je me rétractai :
— Je plaisantais ! Vous en avez déjà assez avec vos ancêtres !
Si ma boutade avait eu le pouvoir de le calmer, j’avais dû pourtant renoncer au propos que j’avais échafaudé pendant son récit. Sa façon de s’exprimer — craintive ou téméraire, en fonction de l’inspiration de l’instant —, son être tout compte fait pathétique… cela avait en fait déclenché en moi un sentiment de protection et de confiance à la fois : si je pouvais sans doute l’aider à se passer des pièges qu’il s’était lui-même fabriqués… il aurait pu m’aider, peut-être, à sortir des miens.
Mais il y avait encore entre nous cette différence entre homme et femme qui empêche presque toujours de bâtir une amitié sans équivoque.
Voilà pourquoi, ayant mis de côté toute fuite en avant au sujet de l’amitié, j’avais décidé de le taquiner un peu, contente même de lui troubler la sérénité :
— Vous ne pensez qu’à l’amour n’est-ce pas ?
— Oui, peut-être, répondit-il, avec un sourire reconnaissant : ma provocation lui convenait mieux qu’un compliment.
— Dans votre quête incessante de l’âme sœur, ajoutai-je alors, vous cherchiez toujours la même femme ?
— J’ai toujours poursuivi le modèle de ma mère. Je sais que ce n’est pas bien, mais c’est comme ça ! Ma dernière compagne était une collègue de Naples : ma mère venait juste de mourir quand j’ai commencé à me promener avec elle…
— Qui s’appelle Vera, n’est-ce pas ?
— Oui ! Comment le savez-vous ?
— Vous avez dit plusieurs fois son prénom dans le sommeil, la nuit dernière !
— Ah ! La nuit dernière ! J’en ai des souvenirs incroyablement exacts, mais je ne sais pas si j’ai rêvé ou si je me suis vraiment rendu, comme un somnambule, à la cabine en face du bureau de Poste, boulevard Bonne Nouvelle… Là-bas, entre chien et loup, je me souviens parfaitement d’avoir appelé Vera au téléphone !
Tout en demeurant incrédule, je le laissai continuer. Je savais bien que la nuit dernière il n’avait pas quitté la maison, mais comment croire qu’elle s’était déroulée dans un rêve, cette pénible conversation dont j’avais entendu quelques échos ressemblant à des sanglots ?
— Je voulais trouver une façon neutre de lui interdire de monter à Paris, s’exclama-t-il, mais de ma bouche ne sont sortis que des mots déplacés : « Je suis désolé, mais je vais tourner la page… Toi, tu resteras cloîtrée dans les chapitres précédents, ma chérie ! »
— Et vous l’avez appelée pour lui dire ça ? protestai-je, contrariée. N’aurait-il pas été préférable que vous en restiez là, la laissant tranquille ?
— C’est exactement ce qu’elle m’a dit !
Étonnée pour la tournure très ou trop intime de notre échange, j’aurais voulu rejoindre les cafards au-dessous des lames du parquet, me dérobant ainsi à la suite de ses confessions embarrassées :
— Au lieu de la rassurer, s’exclama Michele, j’ai renchéri en lui disant : « Tu n’étais pour moi que la réplique d’une autre ! »
— Heureusement, ce n’était pas une conversation réelle ! m’écriai-je, tout en saisissant la poignée de la porte-fenêtre pour me sauver dans le balcon… Mais il avait deviné mes intentions, trouvant tout de suite, par des gestes et des mots appropriés, la façon de rattraper ma curiosité ainsi que ma bienveillance… Le ton inspiré d’un véritable jongleur de mots, il reprit :
— Quand j’appelle quelqu’un très loin à l’étranger, j’ai le sentiment, à chaque numéro, d’avancer avec des bottes de géant… Un premier ZÉRO, et déjà hors de Paris je respire le brouillard du périphérique à la hauteur de Porte d’Orléans. Un autre ZÉRO, et je tombe dans les labyrinthes de la banlieue de Lyon. TROIS, je glisse à Chambéry où l’on est déjà bousculés par le vent froid des Alpes… NEUF, je suis sous la marquise de la petite gare de Modane, en deçà du dernier tunnel menant à l’Italie. Un nouveau ZÉRO et, brûlant tous les records de l’histoire, j’atteins la paisible Bardonecchia, joliment entourée de montagnes familières. C’est là ce point-là que j’hésite entre le UN, qui me catapulterait à Turin, le CINQ ouvrant un œil d’aigle sur Parme, Bologne ou Florence et le SIX aboutissant placidement à Rome… Enfin, je choisis le numéro qui plus m’appartient (évoquant toute une vie de petits déplacements, de longues attentes, d’amitiés bruyantes et d’amours jamais aboutis, le numéro marquant le passage d’une ville à l’autre, d’une gare à l’autre, d’une maison à l’autre) : HUIT ! Et voilà que j’échoue devant une grande porte fermée. Je suis à la fameuse et fabuleuse Cuma, juste en amont de Naples, mais j’hésite à m’agenouiller devant la Sibylle, parce que de toute évidence elle n’est pas là pour m’aider à trancher… C’est à moi de décider si je veux arriver jusqu’au bout ou alors si je raccroche, en revenant en arrière ! Bon, je rassemble toutes mes forces et ne raccroche pas ! Mécaniquement, je reconnais sans faille le numéro qui manque : UN ! Voilà qu’en 7 touches seulement — 0 0 3 9 0 8 1 — je pose mon pied à Naples, dans le vacarme de la gare Vittorio Emanuele II, aussi frénétique que n’importe quel quartier de Paris au fond noir de la nuit… Je m’arrête juste une seconde pour constater combien ces deux villes, Naples et Paris, se ressemblent… Cela me donne même l’impression que je ne suis pas parti… Pourtant, aux tréfonds de mon attention spasmodique, j’entends une rengaine assez mélancolique qu’on n’entendrait jamais à Paris, même dans les rames du métro…

Sul mare luccica, l’astro d’argento
Placida è l’onda, prospero è il vento
Venite all’agile barchetta mia
Santa Lucia, Santa Lucia… (1)

Je m’aperçois finalement que je suis à l’autre bout du monde, tout près du terminus de mon voyage sur le fil gris. Je ne peux plus revenir en arrière et je l’assume ! Dorénavant, je vais de plus en plus m’enfoncer dans le corps de pierre et de mer de ma ville natale… TROIS, QUATRE… Me voici dans mon quartier ! UN, vicolo de la Neve ! SIX… je frôle les fenêtres de mon atelier solitaire… UN. Je suis dans l’escalier, je hume à fond l’odeur de la sauce napolitaine montant de la loge au rez-de-chaussée… HUIT… Je suis là, la tête collée au combiné. J’entends à peine mes mots affolés et les étincelantes réponses d’elle… La musique du jukebox du bar recouvre les nuances, les soupirs, les sanglots…
C’était moi, bien sûr, qui parlais, évidemment, depuis un endroit qui n’était pas le même de mes appels éveillés. J’étais à côté des toilettes, dans la cabine abîmée d’un bar du boulevard Bonne Nouvelle… D’abord, j’étais debout, puis j’avais glissé à genoux sur le parterre de l’habitacle. Avec cette musique à plein tube, s’il y avait eu quelqu’un près du comptoir, il n’aurait rien compris de notre colloque télépathique. Certes, j’étais plongé au beau milieu d’un rêve fort agité, mais je suis sûr et certain qu’il n’y avait personne !

Giovanni Merloni

(1) Enrico Caruso – Sul mare luccica (Santa Lucia). Enregistré 20 mars 1916. Victor Orchestra.

C’est un peu tordu de s’empêcher de petites joies innocentes sous le prétexte de plus graves responsabilités… – Une femme-écran/1 (Roman théâtral n. 4)

22 dimanche Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 2 Commentaires

Étiquettes

Roman théâtral

C’est un peu tordu de s’empêcher de petites joies innocentes sous le prétexte de plus graves responsabilités…

Excusez-moi si dans ma reconstruction de ces jours désormais révolus d’avril 2008 je ne vais pas ôter l’hypothèse que m’avait alors suggérée la clairvoyance inébranlable de Dante à propos de la femme-écran (1).
En fait, à la fin d’une journée à bout de souffle, toujours à l’écoute de ce malade mental imaginaire qui ne possédait pas la proverbiale imperturbabilité de son archange homonyme, lasse de cet inextricable enchevêtrement de souvenirs bons et mauvais faisant jaillir des fantômes charmants ou méchants, j’avais eu besoin de tout arrêter pour ne pas devenir folle.
Renfermée dans ma chambre, j’avais alors étalé contre la glace de ma cheminée de marbre rouge les questions plus difficiles… Jusqu’à quelle limite aurais-je pu jouir de mes ressources d’allégresse et de patience avant de succomber ? Voilà la première inquiétude. Deuxièmement, je m’étais demandé pourquoi cet homme m’intéressait qui m’avait offert une chambre en échange d’innocentes conversations. Enfin, qu’avaient-elles à partager avec moi ces femmes-de-sa-vie que j’avais vu défiler en guise de spectres dans la salle commune ?
Je m’étais alors accrochée à la longue soutane rouge de Dante, résignée à devenir l’une de ces femmes-écrans qui se promènent sous les feux de la rampe, prenant sur elles les applaudissements et les sifflements… Tels des miroirs pour les alouettes, celles-ci attirent l’attention des gens indiscrets juste pour les détourner de la seule femme que l’homme jalousé et traqué aime vraiment. Mais comment deviner, entre les deux rivales, laquelle quittera la scène en première ? Jusqu’ici, les comptes-rendus de mon colocataire, constellés d’exagérations et de lacunes, ne m’avaient servi à rien !
Je survole sur l’effet boomerang que toutes ces fouilles ont risqué de faire rebondir sur moi… C’est tellement étranger à ma sensibilité, tout cela ! Car je n’ai jamais envisagé de me cacher à mon tour derrière un homme-écran, ni de profiter de mes amis empressés pour attirer dans mon filet à papillons des hommes-de-ma-vie ! D’ailleurs, je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui me conviendra, qui sera prêt quant à lui à mêler ses pas aux miens…
D’un coup, dans mon for intérieur, je me suis dit que ce n’était pas le cas de prendre trop au pied de la lettre ce que Michele Calenda était en train de me flanquer par ses confessions hallucinées. Je me suis alors armée d’une carapace adaptée à la besogne… cela m’a permis de demeurer imperturbable vis-à-vis de son côté théâtral et de sa façon paradoxale d’aborder les choses de la vie. En fait, dans son avalanche de suggestions apocalyptiques, il n’y avait qu’un but, celui de relativiser aussi bien ses fautes que ses responsabilités !
Même en dehors de ses histoires sentimentales, Michele se sert assez souvent de cet escamotage de l’écran. Par exemple, voyageant sur la ligne 9, entre TROCADÉRO et LA MUETTE, il n’avait pas su m’expliquer s’il avait croisé deux sujets distincts ou bien un seul homme ayant l’habitude de se dédoubler par à-coups, avant de reprendre sa propre physionomie. Toujours est-il que l’un et l’autre l’avaient longuement dévisagé avec une expression incrédule, avec la même surprise qui accompagnerait la découverte d’une aiguille dans une meule de paille, je suppose. Vraie ou hypothétique qu’elle fût, cette rencontre l’avait plongé dans un double cauchemar : d’un côté la peur morale d’une vague de reproches de la part du patriarche pour avoir quitté Naples et ses responsabilités ; de l’autre côté, la peur physique d’avoir été détecté par son ennemi juré, venu exprès pour l’empêcher de se faire une nouvelle vie à Paris…
Pauvre Michele ! Quels délits avait-il commis ? Avait-il essayé de se soustraire aux règles du jeu ? Il est bien possible. Mais de quel jeu s’agissait-il ? Et comment ce double cauchemar symétrique pouvait-il cohabiter avec l’image idyllique d’une liseuse de Renoir ou d’une danseuse de Degas en train de tisser dans le vide accordé par les bras et les jambes des autres voyageurs une toile colorée d’émotions et de mystères ?
Pourquoi la silhouette légère de cette jeune voyageuse à la queue de cheval a-t-elle dû lutter, le bloc-notes serré contre la poitrine, pour rester accrochée à ce souvenir menacé par les déferlantes de ses lourdes pensées ?
C’est un peu tordu de s’empêcher de petites joies innocentes sous le prétexte de plus graves responsabilités, mais il avait bien le droit de le faire. Cependant, Michele exagérait, car son récit asthmatique ne se bornait pas à l’évocation de la double rencontre de la gueule charismatique d’un socialiste persécuté, son grand-père Gaetano, et de la jeune fille aux mains souillées de fusain. Ce jour-là, au tournant critique de son installation en France — resterait-il ou ferait-il demi-tour ? — toutes les cartes en jeu dans le sort de Michele Calenda se rencontraient sur le même redoutable tapis vert.
Rentrée dans la salle commune, notre conversation avait repris comme si de rien n’était. Après un premier moment d’angoisse effrénée, que mon colocataire n’avait pas su maîtriser, je n’avais eu aucune difficulté à l’attirer sur une question qui me tenait à cœur, lui donnant l’illusion de s’aventurer dans des digressions innocentes.

Certes, je ne me souviens pas si je lui ai hurlé que je ne voulais pas écouter davantage le récit du braquage qu’il avait subi dans les rues de Naples… Je ne suis pas sûre non plus si je lui avais dit, à propos de son grand-père, qu’il pouvait encore attendre un peu, ayant déjà patienté soixante-deux ans sous la pierre lisse, tandis que moi, une femme, je ne pouvais pas… Mais je me souviens bien du point précis où notre conversation a commencé à devenir bouleversante pour moi :
— Cette femme à la queue de cheval, avais-je demandé, vous l’avez rencontrée pour de bon ?

— Dans le voyage de retour… À TROCADÉRO elle est entrée, en courant ! m’avait-il vite répondu.
— Maintenant, vous souriez.
— Non, je ne souris pas, répondit Michele, hochant la tête.
— Si, vous avez l’air rêveur !

Giovanni Merloni

Dans le métro en course folle se déroulait pour lui le jugement dernier – Le métro/3 (Roman théâtral n. 3)

19 jeudi Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 2 Commentaires

Étiquettes

Roman théâtral

Avec ce troisième épisode de ce « Roman théâtral » je poursuis une nouvelle édition, profondément revue et corrigée, de l’ancien récit d’Anna Buonvino, que j’avais publié ici il y a juste trois ans, avec le titre « Clair et calme avec balcon », que je viens de retirer.

Dans le métro en course folle se déroulait pour lui le jugement dernier…

Je m’étais donc résignée à l’écoute de ce récit sans queue ni tête, dévoilant au fur et à mesure l’étrange personnalité d’un homme qui aspirait sans doute aux plaisirs simples de la vie, mais se laissait facilement subjuguer par des pensées lourdes et inextricables. Je me demandais quand, en quel précis instant une telle angoisse s’était emparée de lui… Son changement d’humeur et d’esprit, remontait-il au moment où il avait claqué la porte de notre appartement avant de franchir le seuil de notre immeuble et s’aventurer dans la rue de la Lune ? J’aurais voulu interrompre son délire pour lui poser une question abrupte qui l’aurait sans doute aidé à s’en sortir. Mais cette phrase assez simple — « où étiez-vous en train de vous rendre, ce matin ? » — ne trouvait pas le bon moment pour s’imposer. J’étais vivement fascinée par le film rétro qu’il me débitait, où notre glorieuse ligne 9 assumait une apparence obsolète et décrépite… Un véritable psychodrame, que j’essayais de peupler d’apparitions silencieuses de mon goût — Buster Keaton ou Jacques Tati, par exemple, deux immortels au milieu d’une foule de morts vivants ; ou alors je songeais à la petite Zazie, heureuse finalement de découvrir le formidable fracas de la rame se déplaçant en long et en large dans cet immense Paris souterrain — tandis que pour mon vis-à-vis, dans le métro en course folle ne se déroulaient que d’infinies variations d’un thème qui n’appartenait qu’à lui, celui du jugement dernier…
Là-dedans, tandis que l’improbable voyou sans moelle — monté exprès de Naples, selon Michele, pour le tuer — s’éclipsait dans la foule, paraissait à nouveau devant lui, presque sans transition, l’homme âgé jaillissant des années 30 du siècle dernier avec le même air de conspirateur que Gaetano Calenda, un personnage encore plus sinistre, à mon sentiment, en raison de son indiscutable autorité morale…
— Vous ne voyez que des répliques de gens morts ou disparus ! m’exclamai-je, en me dérobant à son regard.
— Gaetano avait un air de reproche, insista Michele. De sa poche pointait un journal… le même que je garde dans cette étagère ! Attendez, je vous la montre… Il s’agit d’une feuille clandestine circulant au temps de la guerre civile d’Espagne !
Ce fut à ce point-ci qu’une provisoire normalité reprit le dessus. Sur le parquet, il n’y avait pas de trace de mégots ni de journaux tombés à terre. Sinon, je n’entendis plus aucun bruit, aucun écho du passage de la ligne 9 en dehors des petits tremblements du plancher arrivant de la cuisine tout les deux minutes.
— Mais où est-il ce tract fichu ? répéta Michele, au comble de l’agitation. Et les pince-nez, où les ai-je fourrés ?
— Quoi ? répondis-je, surprise par ce mot tout à fait exotique.
— Les lunettes de Gaetano… Elles étaient ici, à côté du vocabulaire… Tu vois ? dit-il en enfonçant un vieux chapeau sur sa tête. C’est le Borsalino de grand-père !
Je m’aperçus alors qu’il tremblait…

— Voulez-vous que je vous fasse un café ? dis-je, interloquée.
— Oui, je prendrai volontiers un café… plus tard !
— Vos réactions aux fantômes du métro me paraissent disproportionnées, Michele ! Qu’est-ce qu’il y avait dans ce métro pour vous effrayer ainsi ?

— Je ne sais pas quoi répondre… Toujours est-il que j’étais dans un état pénible quand je suis arrivé à notre Consulat…
— À LA MUETTE !
Il ouvrit grand les bras :
— J’ai beaucoup insisté… Rien à faire ! Je ne peux pas voter, ici à Paris ! C’est raté, parce que je ne figure pas encore dans la liste des Italiens demeurant à l’étranger…

— Je vous avais dit que c’était trop tard !

— Je devrais partir pour voter là-bas, dit-il sans conviction. Il n’y a que ça à faire…
 Fort agacée par cette évidente contradiction entre les lunettes sacrées et son impardonnable fatalisme, je le provoquai :
— Vous n’avez pas trop d’envie de partir en Italie, n’est-ce pas ?
J’aurais voulu ajouter que j’avais horreur de son incertitude vis-à-vis d’un engagement dû et je ne comprenais pas du tout son comportement : s’il était ainsi… indifférent aux sorts de l’Italie, d’où venait-elle sa vénération envers les lunettes ébréchées et les feuilles clandestines de son grand-père, un homme qui, au contraire, avait consacré tout son être à la liberté de voter dans notre pays ? J’aurais voulu me laisser emporter aussi par ma rage ancestrale de jeune militante… mais, ce n’était pas si facile de trancher avec un personnage comme celui-là. Donc, je me forçais à aller à sa rencontre :
— Un aller-retour avec le seul but de voter ce n’est pas formidable, dis-je d’un ton qui n’était pas le mien. Je crois que vous, Michele, avez perdu l’habitude de vous déplacer ! Pourtant, ajoutai-je, les élections approchent ! Est-ce que vous cherchez, avec ces fouilles dans les papiers de famille, une raison quelconque ?…
— Pour ne pas partir ? Non, pas du tout !

— Heureusement ! Notre pays risque de glisser dans une situation dangereuse et il faut faire le possible pour l’éviter. Ou, du moins, laisser une trace ! Certes, l’Italie ne va pas perdre son statut de démocratie républicaine par le seul vote de dimanche ! Cependant, vous êtes le premier à avoir peur que cela arrive. Donc, à plus forte raison, vous ne devriez pas manquer à ce rendez-vous !
— Oui, le vote est très important… et cette fois-ci va être décisive ! répondit Michele. Son ton grave n’était pas là pour me rassurer.

— En tout cas, ajouta-t-il, je demeure dans un état d’âme craintif, me voyant harcelé, menacé.
— Ne me dites pas que vous avez peur de votre grand-père Gaetano !

— Non, je serais ravi de lui parler ! D’une rencontre avec lui, je ne m’attends que des émotions positives… Tandis que cet énergumène en noir me fait vraiment peur…
— Si vous me permettez de le dire, vos appréhensions me semblent tout à fait exagérées. Viendrait-il de Naples jusqu’à Paris avec le seul but de vous faire peur, ce type-là ? lui dis-je, affichant des airs incrédules.
— Il m’attendait hors de l’enceinte du lycée et me suivait pendant des heures. Deux fois, il m’a ouvertement intimidé… jusqu’à la veille de mon départ à Paris, il y a moins que deux ans !

— Mais qu’aviez-vous fait pour provoquer un acharnement semblable ?

— J’avais dit en classe qu’en Italie la reconstitution du parti fasciste est interdite par notre loi primordiale, la Constitution. Un collègue idiot a raconté cela à tout le monde, et…
— Réellement, vous avez fait ça ? lui dis-je, émerveillée.
— Je suis surtout trop confiant dans les autres… dit-il en hochant les épaules.

Déçue par cette expression renonciataire, j’aurais voulu lâcher prise et me sauver dans ma chambre. Je restai pourtant là où j’étais, assise sur mon tabouret fort instable, le menton appuyé sur la paume de ma main :

— Mais, ce collègue idiot ? Que devient-il ?

— Mario ? Il était pour moi un ami fraternel, même si je me suis toujours méfié de son nom de famille : Trentavizi ! (1)

— Beuh, chez moi, un ami n’aurait pas fait la bêtise de vous attirer des ennemis. Ou alors, il devait y avoir une raison !

Une hypothèse souterraine dut s’insinuer dans le cerveau bien poreux de mon interlocuteur, parce qu’il bondit furieusement de son fauteuil entamant les cent pas parmi les encombrements de notre petit salon, avant de s’accouder au balcon, où il fit longuement semblant de regarder la rue.
— C’est une affaire compliquée, n’est-ce pas ? lui dis-je, d’un air bienveillant.

Mais Michele ne répondait pas.

— Franchement, lui dis-je alors, je ne pense pas que vous aurez peur, lors de votre descente en Italie, d’un petit voyou ni d’un fantôme suranné ! Vous avez le sentiment d’y rencontrer quelqu’un, ou plutôt quelqu’une qui pourrait vous bousculer, n’est-ce pas ?
Devant son silence obstiné, je m’acheminai vers ma chambre, tout en changeant de ton :
— Faites ce que vous voulez ! Je n’arriverai jamais à vous comprendre !

— Attendez, attendez, c’est vrai, vous avez raison ! réagit-il. Je ne me décide jamais ! En tout cas, ce qui m’arrive n’est pas totalement de ma faute : il ne s’agit pas d’un seul fantôme qui m’attend au passage, en Italie et à Naples notamment ! C’est un mélange d’amour et de haine, d’envie et de jalousie que partagent ceux qui me reprochent d’avoir tout quitté du jour au lendemain. Face à ce redoutable miroir à plusieurs facettes, j’essaie de me défendre par la superstition et l’ironie… D’ailleurs, mon ironie, toujours un peu pathétique et autodestructrice, vous pouvez bien le comprendre, est une façon typiquement italienne de se dérober aux désastres qu’on voit arriver continûment !

Giovanni Merloni

(1) Trente-vices.

« Avais-je hébergé dans mon rêve le rêve d’un autre ? » – Le métro/2 (Roman théâtral n. 2)

17 mardi Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 3 Commentaires

Étiquettes

Roman théâtral

Avec ce deuxième épisode de mon « Roman théâtral » je poursuis une nouvelle édition, profondément revue et corrigée, de l’ancien récit d’Anna Buonvino, que j’avais publié ici il y a juste trois ans, avec le titre « Clair et calme avec balcon », que je viens de retirer.

« Avais-je hébergé dans mon rêve le rêve d’un autre ? »

Ce mercredi paresseux d’avril 2008, je m’étais assise devant l’ordinateur où j’avais tapé la phrase suivante : « Hier soir, avant de se retirer dans sa chambre, mon colocataire m’a susurré : Si vous êtes une réfugiée, je suis un naufragé ! »
Juste ce matin-là, Michele avait sorti de la cave un tableau plein de poussière qu’il avait apporté d’Italie : « Le Naufrage contre l’arbre généalogique ! » avait-il exclamé s’accompagnant de gestes frénétiques. Mon colocataire a sans doute des problèmes avec son passé familial ! Il ne parle que de barques coulant à pic et de radeaux à la dérive, mais c’est une façon à lui de se dérober aux responsabilités ! J’aurais vraiment envie de lui dire combien il se trompe, car ici, entre nous deux, c’est moi la rescapée d’un naufrage, tandis que lui, sans le savoir, est bel et bien un réfugié ! »
Ce même mercredi, j’avais installé sur l’écran de mon ordinateur une photo assez floue de cet étrange tableau, où l’arbre gigantesque ressemblait au platane séculaire du parc Monceau, tandis que la barque en pièces avait la même allure décadente du banc public d’en bas. Au-dessus, j’y avais ajouté une didascalie : « Regardez attentivement ! Je suis Anna Buonvino, cet amas de feuilles au pied de l’arbre sur le côté gauche ! Mais ne vous inquiétez pas, je ne fais pas partie de la famille ! Je ne vais nulle part, et préfère me cacher derrière une branche sèche ! »
Tout de suite après, il y eut l’Apocalypse. Le métro avait envahi notre unique espace de vie par l’éclat d’un bruit sourd. Un vacarme tout à fait incohérent avec ce quartier Bonne Nouvelle à l’esprit en retrait. Fut-elle une sorte d’illusion sonore ? Fut-il un phénomène d’hallucination produite par une série d’images, de bruits et de scènes de la vie réelle que j’avais accumulés pendant des jours et des jours ? Ou alors, avais-je rêvé tout cela ? Ou enfin, plus probablement, avais-je hébergé dans mon rêve le rêve d’un autre ? Je ne sais pas quoi me répondre. Et pourtant, je suis sûre et certaine que la belle journée — dont je m’étais réjouie en me plongeant plusieurs fois en dehors du balcon pour atteindre les toits rouges de ma Bologne chérie — avait brusquement viré au noir.
Il est difficile à le croire, même pour une personne raisonnable comme je m’efforce de l’être ! Néanmoins, ce mercredi-là ce fut un jour décisif pour Michele Calenda et moi, ainsi que pour l’appartement clair et calme avec balcon au numéro 9 de la rue de la Lune.
D’un coup, la « salle des fêtes », comme l’appelait mon Pygmalion, avait plongé dans l’obscurité d’un nuage passager. Bruyamment, par des éclairs violents, les rames de la ligne 9 avaient glissé à mon côté avec le va-et-vient typique de l’arrivée et du départ du métro. Abasourdie par cette intrusion de voyageurs en train de faire attention à la marche… je risquais de m’évanouir, quand Michele franchit la porte, que le vent du métro avait ouverte.
— Je l’ai vu ! hurla-t-il, une main appuyée sur son front.
Il croyait avoir rencontré sur le métro son grand-père Gaetano. Celui-ci avait sur le nez les mêmes lunettes ébréchées que j’ai vues ici, sur l’étagère en haut.
Lui apportant tout de suite un verre d’eau, j’essayai de le calmer :
— Ah, oui, ils s’enfoncent tous là-dedans ! Moi j’y ai retrouvé tous mes camarades du lycée Galvani ainsi que mon professeur de français…
Jaune comme un mort, Michele ne voulait pas se séparer de son cauchemar :
— J’étais convaincu que Gaetano traînait dans la tombe… depuis soixante-douze ans, désormais. Au contraire, dans le métro, il était en pleine forme ! Les pince-nez à sa place, il avait le rabat de la chemise renversé en haut, selon la mode de ses trente ans…
 Le bruit du train, n’ayant pas du tout quitté nos oreilles, coulait maintenant comme un fleuve tranquille juste au-delà de la porte-fenêtre.
— Asseyez-vous ! dis-je en lui serrant le bras.
Michele s’écroula dans le fauteuil comme un sac… et je dus me résigner à écouter la suite de son récit :
— J’étais encore en train de fixer mon regard effrayé dans les paupières lasses de cet homme qui aurait pu être le père de mon père, dit-il à voix haute, quand, à l’arrêt de GRANDS BOULEVARDS, un type au cuir noir est entré dans la rame. Depuis son strapontin à côté de la porte, il m’a dévisagé tout le temps de façon malveillante. Un individu pareil me poursuivait avec des propos méchants dans les couloirs et les alentours du lycée Caccioppoli, à Naples… Est-ce que ce nom Caccioppoli, un fameux mathématicien mystérieusement disparu, vous dit quelque chose ? Heureusement, à CHAUSSÉE D’ANTIN-LAFAYETTE, ce sale type est descendu….
— Moi aussi je vais descendre ! hurlai-je, essayant de me dérober à la suite du psychodrame. Mais le regard désemparé de mon colocataire me fit changer d’avis, me donnant tout d’un coup la sensation de vivre l’un de rares moments où l’égarement et le sentiment de précarité se mêlent à une sorte d’héroïsme sans nom. En fait, ce qu’il lui arrivait, je ne savais pas pourquoi, me concernait personnellement !
Les ondes sonores qui frôlaient notre salon transformé en quai évoquaient la solennité de l’adieu, des rencontres uniques. En fin de compte, tout passe. Et quand nous nous réveillons dans notre banalité sans rythme, nous regrettons vivement les gueules redoutables qui nous ont quand même donné l’illusion d’être au centre de quelques mystérieux enjeux dont nous serions aussi bien les victimes que les petits soldats de la grande armée des vengeurs !

Giovanni Merloni

Cette effroyable distance que les Alpes augmentent et la mer amoindrit – Le métro/1 (Roman théâtral n. 1)

15 dimanche Oct 2017

Posted by biscarrosse2012 in mon travail d'écrivain

≈ 4 Commentaires

Étiquettes

Roman théâtral

J’entame aujourd’hui, sous le titre de « Roman théâtral », une nouvelle édition, profondément revue et corrigée, de l’ancien récit d’Anna Buonvino, que j’avais publié ici il y a juste trois ans, avec le titre « Clair et calme avec balcon », que je viens de retirer.

Cette effroyable distance que les Alpes augmentent et la mer amoindrit


Tout a commencé mercredi 9 avril 2008, à Paris, au début d’un après-midi tranquille et ensoleillé. On ne parlait que de l’Italie, qu’on voyait naviguer dans l’incertitude quatre jours avant les élections politiques. Il s’agissait d’une preuve assez dure, qui me tenait à cœur, en dépit de cette effroyable distance que les Alpes augmentent et la mer amoindrit.
Mercredi donc, je m’étais approchée de la petite écritoire pour allumer l’ordinateur que j’y avais installé, puis, assise, j’avais essayé de regarder les messages. Mais je m’étais aussitôt levée, sous l’impulsion de tourner en rond dans la pièce. Sans doute, j’avais besoin d’une pause, brève ou longue, avant de me plonger dans mes obligations.
Au-delà de la vitre, la rue de la Lune s’étirait tel un serpent dans sa mansuétude caractéristique : on entendait l’infime bruit de rares voitures glissant vers la porte Saint-Denis, tandis que les humains, en marche accélérée pour attraper le métro, se dérobaient à ma vue.

Ce calme extérieur, plus apparent que réel, ne suffisait pas à apaiser mes pulsions pendulaires laissant que l’une de mes patries — celle d’origine ou celle d’élection — prenne le dessus sur l’autre. Même si je me consacrais volontiers au travail, à la moindre provocation — un rayon de soleil, un bruissement de feuilles du magnolia d’en face, une voix familière montant de la rue —, je filais au balcon, traînée par une force irrésistible…
Chaque fois que je m’y accoudais, je pensais inévitablement au pays éloigné de ma naissance, qui des fois me semblait très malheureux et d’autres, au contraire, le berceau et le lit de tout le bien-être possible et imaginable… Dans un tel état, il me semblait que l’Italie flottait au-delà d’une frontière invisible se hissant devant mes yeux. Oui, pourquoi pas ? On aurait pu confondre Rue de la Lune avec une rue de Gênes, ou de Bologne, ou de Naples ! Ce coin de Paris était tellement caractéristique et anonyme à la fois… Il suffisait que je me penche dehors et j’étende mon bras pour que je brise cette fine pellicule d’air et de vent, touchant à l’instant l’atmosphère unique de ma ville natale. Ce n’est qu’en retirant la main, au risque de prendre un élan exagéré et de tomber à terre, que je me retrouvais à nouveau ici, à Paris, l’endroit que j’ai choisi pour y vivre ma vie ! Oui, il suffit d’un seul déclic pour franchir la terrible séparation entre mes deux mondes, et chaque fois que j’abandonne l’un de deux pays pour me plonger dans l’autre, celui-ci s’éclipse dignement dans un repli sombre de mon esprit.
Ce mercredi-là — un jour mitoyen, insignifiant comme une cloison en plaques de plâtre —, je regardais avec attention renouvelée un échantillon de journal glissé par terre. « Trois pièces, clair et calme, avec balcon » c’était l’incipit de l’annonce que mon colocataire avait conçu, faisant tout démarrer… (1)

Avant, je partageais ma chambre à Maison Alfort avec Irina, une employée de la Poste très occupée avec sa liste de prétendants de toute sorte, qui m’obligeait souvent à sortir, à traîner dans le quartier avec mon ordinateur sur le dos et, dans la tête, mon doctorat à moitié. Ici, dans cet appartement clair et calme, outre à la ressource du balcon panoramique, auquel je peux confier mes hurlements secrets, je dispose d’une chambre rien que pour moi et d’une petite cuisine en partage. Ici, le téléphone et internet ne me coûtent rien, grâce à la générosité de mon colocataire, qui profite à son tour de la magnanimité de ce Robin Hood qu’on appelle Free… Sans doute, je suis bien gâtée, cependant, au moment d’emménager, je ne voyais aucun empêchement ni piège au-dessous du tapis…
Le jour où j’ai fait le grand pas venant ici, ce monsieur au prénom d’ange gardien, Michele, avait tout de suite essayé de me rassurer, avec ses airs clairs et calmes ! Figurez-vous ! Lui calme ! Lui… clair ! Disons qu’il aurait beaucoup aimé de l’être, calme et clair, s’il n’était pas, au contraire, un volcan prétendument éteint, tandis que j’étais convaincue, dès le premier instant, qu’il était tranquille comme un lac de montagne entouré de forêts et de nuages ! Bien sûr, je ne me suis jamais brûlée à cause de lui, car il a été toujours respectueux et correct. Néanmoins, j’ai dû soigneusement éviter de m’allonger au bord de ce lac, même pour un déjeuner sans herbe.

Cette annonce, elle, était un piège, une véritable bombe à retardement. D’ailleurs, comment aurait-il dû l’écrire ? En français, évidemment. Et comment aurait-il pu prévoir que la première à répondre, à se convaincre en trois secondes de la bonté de l’affaire, ce serait moi, une compatriote ? Non, il n’a pas été de sa faute. Michele, professeur d’histoire de l’art à la retraite, n’arrivait pas à payer le loyer tous les mois. Mais il ne voulait pas renoncer à cette fenêtre au quatrième étage sur la rue de la Lune. Et c’est tout !

Il avait donc mis l’annonce, j’en suis sûre et certaine, avec l’idée ferme et pourtant innocente de ne pas admettre que des femmes dans ces murs… De toute façon, ce qui compte pour lui c’est le premier regard ! Et je l’avais tout de suite conquis, car j’étais selon lui la copie, un calque presque d’une femme dont les yeux, la silhouette, la taille, les cheveux, et le reste… s’étaient gravés à jamais dans son cœur de chevalier errant… Non, pour l’amour de Dieu, Michele était sans doute un gentilhomme qui essayait juste de tirer son épingle du jeu… Cependant, les premiers temps de mon installation ici, cela m’étonnait beaucoup d’apprendre que ce vrai Napolitain avait passé une partie importante de sa vie à Bologne ! De cette ville qui fut la mienne, il connaissait les endroits les plus reculés et ne se retenait pas de m’en parler à toutes les occasions, car il avait tout de suite deviné qu’il s’agissait d’un sujet où je n’aurais pas eu le courage de l’interrompre. Il aimait d’ailleurs répéter à haute voix la même rengaine : « les arcades, piazza Maggiore, la rue du Pratello, la porte Saragozza, San Luca, le parfum des crescentine… (2) »

Giovanni Merloni

(1)
Comme la plupart des histoires réelles ou imaginaires jaillissantes de la vie ou des rêves des êtres humains, celle-ci, racontée par la Bolonaise Anna Buonvino, se déroule dans la salle principale d’un appartement parisien de trois pièces. Au commencement, cette salle est vue comme un plateau de théâtre, où les parois et l’unique fenêtre seraient des décors plus ou moins contraignants. Au centre de cette « scène », juste au bout d’un plateau imaginaire, on perçoit donc le balcon au quatrième étage sur la rue de la Lune, auquel on accède par une marche. Sur la gauche, on voit un chevalet avec un tableau enveloppé dans un carton ainsi qu’un tabouret avec un ordinateur portable éteint. Sur la droite, il y a une table à tréteaux où l’on entrevoit des pinceaux et des couleurs en ordre parfait, révélant que personne ne s’en sert pas depuis longtemps. Partout sur les murs ou dans les étagères on a accroché ou faufilé de vieilles photos de famille. La porte de la chambre d’Anna B. est sur le mur de gauche. La porte de la chambre de Michele Calenda est sur le mur de droite. Avec un peu d’imagination, on peut reconnaître deux écrans presque invisibles accrochés au plafond : le premier traverse la scène de droite à gauche, à moitié du plateau en profondeur ; le deuxième écran correspond à la porte-fenêtre du balcon.

(2)
Les « crescentine » de Bologne sont des fougasses légères s’accompagnant de préférence avec du jambon et du parmesan.

Articles Plus Récents →

Copyright France

ACCÈS AUX PUBLICATIONS

Pour un plus efficace accès aux publications, vous pouvez d'abord consulter les catégories ci-dessous, où sont groupés les principaux thèmes suivis.
Dans chaque catégorie vous pouvez ensuite consulter les mots-clés plus récurrents (ayant le rôle de sub-catégories). Vous pouvez trouver ces Mots-Clés :
- dans les listes au-dessous des catégories
- directement dans le nuage en bas sur le côté gauche

Catégories

  • écrits et dessins de et sur claudia patuzzi
  • commentaires et débats
  • les échanges
  • les portraits
  • les unes du portrait inconscient
  • mes contes et récits
  • mes poèmes
  • mon travail d'écrivain
  • mon travail de peintre
  • poésies de claudia patuzzi
  • textes libres

Pages

  • À propos
  • Book tableaux et dessins 2018
  • Il quarto lato, liste
  • Liste des poèmes de Giovanni Merloni, groupés par Mots-Clés
  • Liste des publications du Portrait Inconscient groupés par mots-clés

Articles récents

  • Le livre-cathédrale de Germaine Raccah 20 juin 2025
  • Pasolini, un poète civil révolté 16 juin 2025
  • Rien que deux ans 14 juin 2025
  • Petit vocabulaire de poche 12 juin 2025
  • Un ange pour Francis Royo 11 juin 2025
  • Le cri de la nature (Dessins et caricatures n. 44) 10 juin 2025
  • Barnabé Laye : le rire sous le chapeau 6 juin 2025
  • Valère Staraselski, “LES PASSAGERS DE LA CATHÉDRALE” 23 Mai 2025
  • Ce libre va-et-vient de vélos me redonne un peu d’espoir 24 juin 2024
  • Promenade dans les photos d’Anne-Sophie Barreau 24 avril 2024
  • Italo Calvino, un intellectuel entre poésie et engagement 16 mars 2024
  • Je t’accompagne à ton dernier abri 21 février 2024

Archives

Album d'une petite et grande famille Aldo Palazzeschi alphabet renversé de l'été Ambra Anna Jouy Artistes de tout le monde Atelier de réécriture poétique Atelier de vacances Avant l'amour Barnabé Laye Bologne en vers Caramella Cesare Pavese Claire Dutrey Claudia Patuzzi d'Écrivains et d'Artistes Dante Alighieri Dessins et caricatures Dissémination webasso-auteurs Débris de l'été 2014 Décalages et métamorphoses Entre-temps Francis Royo François Bonneau Françoise Gérard Ghani Alani Giacomo Leopardi Giorgio Bassani Giorgio Muratore Giovanni Pascoli il quarto lato Isabelle Tournoud Italo Calvino Jacqueline Risset Jeanine Dumlas-Cambon Journal de débord La. pointe de l'iceberg La cloison et l'infini la ronde Lectrices Le Strapontin Lido dei Gigli Luna L`île Mario Quattrucci Noëlle Rollet Nuvola Ossidiana Pierangelo Summa Pier Paolo Pasolini portrait d'une table Portrait d'un tableau Portraits d'ami.e.s disparu.e.s Portraits de Poètes Portraits de Poètes, d'Écrivains et d'Artistes Poètes et Artistes Français Poètes sans frontières Primo Levi Roman théâtral Rome ce n'est pas une ville de mer Solidea Stella Testament immoral Théâtre et cinéma Ugo Foscolo Une mère française Valère Staraselski Valérie Travers vases communicants Vital Heurtebize X Y Z W Zazie À Rome Écrivains et Poètes de tout le monde Écrivains français

liens sélectionnés

  • #blog di giovanni merloni
  • #il ritratto incosciente
  • #mon travail de peintre
  • #vasescommunicants
  • analogos
  • anna jouy
  • anthropia blog
  • archiwatch
  • blog o'tobo
  • bords des mondes
  • Brigetoun
  • Cecile Arenes
  • chemin tournant
  • christine jeanney
  • Christophe Grossi
  • Claude Meunier
  • colorsandpastels
  • contrepoint
  • décalages et metamorphoses
  • Dominique Autrou
  • effacements
  • era da dire
  • fenêtre open space
  • floz blog
  • fons bandusiae nouveau
  • fonsbandusiae
  • fremissements
  • Gadins et bouts de ficelles
  • glossolalies
  • j'ai un accent
  • Jacques-François Dussottier
  • Jan Doets
  • Julien Boutonnier
  • l'atelier de paolo
  • l'emplume et l'écrié
  • l'escargot fait du trapèze
  • l'irregulier
  • la faute à diderot
  • le quatrain quotidien
  • le vent qui souffle
  • le vent qui souffle wordpress
  • Les confins
  • les cosaques des frontières
  • les nuits échouées
  • liminaire
  • Louise imagine
  • marie christine grimard blog
  • marie christine grimard blog wordpress
  • métronomiques
  • memoire silence
  • nuovo blog di anna jouy
  • opinionista per caso
  • paris-ci-la culture
  • passages
  • passages aléatoires
  • Paumée
  • pendant le week end
  • rencontres improbables
  • revue d'ici là
  • scarti e metamorfosi
  • SILO
  • simultanées hélène verdier
  • Tiers Livre

Méta

  • Créer un compte
  • Connexion
  • Flux des publications
  • Flux des commentaires
  • WordPress.com
Follow le portrait inconscient on WordPress.com

Propulsé par WordPress.com.

  • S'abonner Abonné
    • le portrait inconscient
    • Rejoignez 237 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • le portrait inconscient
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…