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Bénard Michel 1

La toile de l’amour

Je reprends, après quelques mois, la série du « Portrait du dimanche » avec un hôte tout à fait exceptionnel, Michel Bénard. Un artiste-peintre ainsi qu’un poète lauréat de l’Académie de France qui n’aime pas s’imposer à la première rencontre. Il vous laisse le temps de le découvrir, de l’apprécier et finalement de l’aimer.
D’emblée, lisant ce recueil de vers « érotiques », véritable hymne à l’amour et savourant, en même temps, le plaisir de ses peintures joyeuses et dramatiques à la fois, vous aurez l’impression que Michel Bénard traduit la vie — sa propre vie et celle de nous tous —, apparemment sans transitions, dans l’œuvre picturale ou dans le poème avec une certaine « facilité » et « désinvolture ».
En vous plongeant dans la ballade-épopée illustrée qui suit, vous serez pourtant d’accord sur cet adverbe « apparemment » que je viens d’utiliser, pour arriver à dire exactement le contraire. S’il n’y a aucune « facilité » ni « désinvolture » dans le procès créatif de cet auteur, il y a quand même, dans ses oeuvres, une force qui s’impose immédiatement. Cela explique la tendance de Michel Bénard à se dérober vis-à-vis de toute sorte d’exhibition de soi : il nous demande d’aller au-delà de cette impression de maîtrise innée — d’élégance à la Raphaël ou de virtuosité à la Choderlos de Laclos — pour découvrir au fur et à mesure la dimension et l’épaisseur de son immense travail, jaillissant d’une vie entièrement consacrée à l’art et à la poésie, où l’amour assume toujours un rôle central.
C’est d’abord l’amour naturel et culturel pour la femme, mais c’est aussi l’amour pour la nature et pour l’art.
Je tracerais un triangle reliant les trois pôles de l’expression humaine et créatrice de Michel Bénard :
— la peinture, ayant un côté physique et révélant souvent une lutte entre la main et les matériaux à l’origine indomptables comme des chevaux sauvages ;
— la poésie, très sensitive et sensuelle, qui se sert d’une prodigieuse capacité de description et d’analyse psychologique (de l’âme ainsi que du corps) pour atteindre des réflexions profondes, des visions universelles ;
— l’amour, avec son attitude pendulaire, ses défis cruels et ses joies aussi violentes que provisoires, est le compagnon de voyage de nous tous. L’intelligence — et le courage — de Michel Bénard consiste justement dans l’acceptation de cette vérité qui devient une force dans ses mains de peintre et dans sa voix de poète. Une force créatrice : on crée dans l’amour et grâce à l’amour, on crée en songeant à l’amour et l’on crée aussi au nom de l’amour.
Dans le recueil suivant (extrait des textes de Michel Bénard pour les Œuvres Érotiques d’Alain Bonnefoit), notre ami regarde l’amour dans les yeux, dans la gueule, dans les plis les plus intimes du corps aimé ainsi que dans la fusion invisible et non racontable de deux corps isolés dans l’amour et protégés par le sacre de l’amour même.
Un des dimanches prochains, je reviendrai à l’œuvre de Michel Bénard pour une réflexion plus approfondie. Je veux seulement ajouter ici l’intérêt spécifique de cette « toile de l’amour », où le poète et le peintre mêlent leurs voix et leurs outils pour s’adresser à la femme aimée ainsi qu’à l’amour même. « Aimer l’amour », c’est-à-dire aimer la vie, garder des espaces pour les autres, se rendre disponibles à l’engagement, à l’aide, au partage de moments de joie collective : c’est là le noyau dur de la personnalité riche complexe de Michel Bénard dont je voudrais être capable d’achever le portrait, un jour.

G.M.

001_Michel Bénard portrait

Michel Bénard
L’érotique beauté du trait

Par l’écume d’encre
Doucement je révélerai tes fourrures,
Glisserai sur l’écrin de tes dentelles,
Lisserai le marbre de tes hanches
Et sertirai de la paume des mains
Le dôme de tes seins,
Pour en récolter le miel
Au seuil de ton sexe solaire.

Par les couleurs sacrées du sang,
Je laisserai couler mes lèvres
Sur le marbre poli
De votre fauve intimité,
Pour y fixer les nuances d’un rêve.

Simplement déposer mon front
Sur la marmoréenne blancheur
De votre corps en offrande.

C’est une ouverture sur le monde
Un hymne à la vie,
Tout en courbes, tout en signes,
C’est le delta de l’étonnement
Aux rives laiteuses de l’intime.

Bénard Michel 2

Partageons nos chairs, l’esprit et l’amour,
Pour y mêler nos transparences.

A l’ombre de la ligne d’un sein
Vos lèvres saupoudrent des paillettes d’amour,
Et l’ongle s’accroche à vos chaudes étoffes.

Partager toutes les consonances
Des alphabets de ton corps de femme,
Et sous le pinceau créateur
Composer le poème éternel.

Par votre nudité d’envoûtante vestale,
Votre ventre se décline en de soyeuses douceurs
Semblables à celles des marbres antiques.

La femme devient soudain,
Un rayon de vie en embellie
Que dessine amoureusement
Le peintre sur la toile.

Sous la caresse d’encre
De la soie du pinceau,
Ton corps exhale
De délicats parfums,
Et tend vers la perfection
De la ligne calligraphique.

Bénard Michel 3

Il ne me reste au cœur
Que cette ligne jalousement roulée
Dans le voile de lumière
Dorée de votre chevelure.

En dévoilant ta beauté
Jai soudain ressenti en ma chair
Toutes les caresses du ciel.

Ébaucher le satin
De ton corps galactique,
Tracer d’un pinceau ébloui
Tes lignes embrasées,
Et par les encres mêlées
Retrouver l’origine de la vie.

Bénard Michel 4

Peindre les yeux d’une femme
Pour y recevoir
Les couleurs de son âme.

Ce sont les couleurs de la pensée
Qu’il faudrait peindre et graver
Sur le papier de l’éternité,
Tout comme les secrets de l’amour
Qu’il faudrait traduire à la femme
Par le silence de la voix intérieure.

Par le simple jeu de la ligne
Traduire le corps
Attirant comme une terre promise,
Surprenant comme l’amour naissant
Au creux du ventre de la femme.

Sur sa couche de lin
Le corps apparait
D’une bouleversante beauté,
D’une étonnante clarté,
Portant toutes les promesses d’une terre en jachère.

Bénard Michel 5

Par la seule maîtrise d’une ligne
Tous les mystères de l’intime delta
De la femme se dévoilent.
Où le flux du sang
Se mêle au bleu d’une veine
Esquissée à fleur de peau.

Juste le temps d’une renaissance,
Juste l’instant d’une offrande,
Le visage filtre la lumière
Des jeux d’une encre irisée,
Le corps se livre
Comme une charnelle prière.

Bénard Michel 6

Je voudrais composer une palette
A tes couleurs de femmes,
A tes transparences d’âme,
A tes reflets de cœur,
Afin de mieux pouvoir peindre
La toile de l’amour.

Bénard Michel 7

Sous le miracle du pinceau
Le satin du corps
Se fait calligraphie de rêve
Et les yeux dessinent
Les déliés de l’amour.

L’encre ira jusqu’au mystère
De la fascination d’un souffle de vie,
Du sang de la femme,
De l’harmonieuse ligne d’un sein,
Qui coulera d’un éclat de lumière.
L’encre ira jusqu’à la révélation
Du sacre de la femme,
D’un point de silence
Qui donnera mesure de sa beauté.

Bénard Michel 8

La lumière soudain modèle
Les lignes d’un corps éphémère,
Restitue le volume d’un sein,
La courbe de la hanche
Se déroulant sur le délié
D’une calligraphie sensuelle.

Sous la couleur de l’encre,
Sous la douceur de la soie,
Le trait éveille la beauté
De la femme nouvelle.

La ligne de lumière
Glisse comme l’éclair
Au fil de la chair,
Sa courbe nous trouble
Comme la note vibrante
De la caresse du spectre solaire.

Bénard Michel 9

Le désir aux bouts des doigts
La chair patiemment se patine,
S’imprègne d’un silence essentiel.
Par la semence fertile
De chaque langue d’argile
Voici la renaissance de la femme.

C’est le charme étrange
D’une lente coulée d’encre,
De l’insolite révélation
D’un corps en rêve de violon.

Sous la touche d’un ciel bleu,
Sur la touche d’une source
Surgit du miracle des eaux,
C’est une musique aussi belle
Qu’une femme qui compose la vie.

Bénard Michel 10

La ligne suggère le verbe
Qui filtre du bord des lèvres,
Et dispense la couleur irisée
De la création de la femme.

Belle en ta nudité
Tu éveilles les brumes d’aube,
La perle de rosée sur ton sein
Décline toutes les nuances
De la voie lactée.

Effilement de la soie,
Douceur charnelle,
Le charme se grave au grain de la peau,
À la nacre mammaire,
À l’humide échancrure,
C’est le souffle du désir
L’appel à la caresse
La source secrète de l’intime.

Bénard Michel 11

Femme noire, femme blanche,
Femme comme une source
Sous l’écume soyeuse d’une touche bleue,
Femme dansant au cœur du désert
Pour célébrer la vie,
Femme où es-tu ?
Femme que fais-tu ?
Femme où vas-tu ?
J’ai vu le ciel s’éclaircir et ton visage s’incliner,
Tout en dispensant l’amour et la paix.
Femme te voici aussi belle
Qu’une terre en jachère,
Qui redevient champ de lin.
Femme je te dessine ces mots,
Ceux qui naissent sur le bout des lèvres,
Je te rêve légère comme l’arpège.
Femme tu es la déferlante,
Le fruit pour deux âmes qui embarquent
Vers l’inconnu sur le galion d’amour.
Femme blanche, femme noire,
Femme source,
Ensemble partons à la rencontre des prophéties.

Le souple délié du trait donne à l’œuvre cette beauté
D’une femme au ventre généreux
Enceinte des couleurs d’un arc en ciel.

Michel Bénard

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 9 mars 2014

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