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Giovanni Merloni, « Je suis comme je suis », août 2014

Un regard ambitieux au-delà

I
Un regard ambitieux
renvoyé d’une vitrine,
où se reflète, capricieux
mon chapeau.

Une longue promenade
ou sinon une balade
nous amène, sans gêne
dans le cœur de la ville.

Et pourtant le trottoir
n’arrête pas d’afficher
les gueules du quartier,
les gens sans métier
sans art ni part.

Et pourtant
tout le monde
passe à côté
des désespérés.

Et pourtant le métro
n’arrête pas de crisser,
de vomir de foules effarées,
d’engloutir des hommes
tant bien que mal
habillés,
d’exhiber des femmes
tant bien que mal
réveillées.

Et pourtant on avance
s’accrochant à la chance
aux petites diversités
aux énormes différences :
on accepte, finalement
la bagarre quotidienne.

Oui, ce cœur immense
qui n’arrête pas de pulser,
c’est la ville, en elle-même,
l’invisible gardienne
de notre vie
intense.

II
Que dois-je faire
pour que tu deviennes
ma ville à moi,
mon court ou long
large ou étroit
trottoir
pour arriver au-delà ?

Comment pourrais-je
te rassurer, afin que tu sois
vraiment convaincue
de m’offrir une chaise,
de m’écouter, même
distraite, tout en rangeant
tes affaires ?

Combien de blessures,
combien d’hospitalisations,
combien de taches,
de la peau ou de l’âme,
dois-je ressusciter
pour que tu acceptes
ce corps retardataire
échappé de justesse
à une fâcheuse défaite,
ce cerveau sautillant
qui ne saurait plus,
désormais,
où qu’il ait refoulé
ses encombrants trophées ?

Que dois-je exhiber,
fouillant dans le passé
de mes fautes ou vertus
privées, pour que tu invites
(dans tes salles aux lustres
dans tes jardins pétillants)
ce naufragé de la terre
ferme ?

Quels accents, quels tics, quels
gestes, quelles pensées,
quels rêves inavoués
puis-je garder
pour que tu acceptes
de m’adresser la parole,
quitte à marcher
sur le trottoir d’en face
au-delà de la rue ?

Giovanni Merloni

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN

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